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04/02/2013

Oui, c'est vrai, F. Hollande ressemble à G. Pompidou

Pour le sept centième article écrit sur ce blog, je vais aujourd'hui évoquer Georges Pompidou, suite à la question qui m'a été posée par quelqu'un que j'ai croisé dans la rue, me demandant à quel président de la République ressemble François Hollande. Je lui ai immédiatement répondu : « à Georges Pompidou ! ». Evidemment mon interlocuteur, qui vote à droite, a été surpris par ma réponse dans la mesure où il s’attendait à ce que je dise plutôt « à François Mitterrand ». Il est vrai que dans les intonations de sa voix, comme le discours qu’il a fait avant-hier au Mali, on retrouve chez François Hollande de forts accents mitterrandiens, y compris dans la posture. Certains oseraient même employer le mot mimétisme. Mais quand je parle de ressemblance, je veux évidemment parler de politique et de tout le reste. Et dans tout le reste, il y a beaucoup d’éléments qui font qu’assimiler François Hollande à Georges Pompidou n’a rien d’extravagant.

Tout d’abord personne n’imaginait, pendant la plus grande partie de leur carrière politique, que l’un comme l’autre deviendrait président de la République. Georges Pompidou parce qu’il a vécu dans les pas du général de Gaulle entre 1962 et 1968, sans réellement peser sur les évènements, sauf en de rares occasions, par exemple en 1962 sur la peine à infliger au général Jouhaud, un des putschistes de 1961 à Alger que le général de Gaulle voulait faire exécuter, exécution à laquelle G. Pompidou s’opposa. En fait, il fallut attendre les évènements de mai 1968 pour qu’il s’affirme comme un grand homme d’Etat, et montrer au peuple de France qu’il pourrait faire un bon candidat à la succession du général.

François Hollande parce que, à part quelques proches, nombre de ses amis n’étaient pas convaincus qu’il avait l’envergure suffisante pour seulement envisager de se présenter à l’élection présidentielle. Rappelons-nous de certaines phrases assassines, telle celle de l’actuel ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius : « Vous imaginez François Hollande président ? On rêve » ! Peut-être qu’il rêvait, mais c’est F. Hollande qui est président, une fonction que jamais Fabius n’occupera, ce dernier reconnaissant qu’il l’avait sous-estimé…comme tant d’autres.

Parmi ces autres il y eut aussi N. Sarkozy, qui se sentait assuré d’être  réélu l'an passé, tellement il sous-estimait lui aussi F. Hollande, au point de lui proposer trois débats entre les deux tours, convaincu qu’il était de laminer le candidat socialiste. On a vu le résultat à l’issue du seul débat ayant  eu lieu, avec un N. Sarkozy battu à plate couture par son rival. Evidemment, on pourrait aussi parler des qualificatifs (capitaine de pédalo) dont l’affubla J.L. Mélenchon pendant la campagne présidentielle, ce dernier étant convaincu qu’avec l’aide de l’UMP il finirait par éteindre le candidat du P.S., au point même de le devancer à l’issue du premier tour. Là aussi on connaît le résultat, avec F. Hollande largement en tête du premier tour de la présidentielle, et J.L. Mélenchon terminant loin de Marine Le Pen, son autre meilleure ennemie. Et comme si cela ne suffisait pas, J.L. Mélenchon fut aussi devancé  par le candidat socialiste au premier tour de l’élection législative dans la circonscription autour d’Hénin-Beaumont. Pauvre Mélenchon, qui n’existe que grâce au Parti communiste, lequel n’existe que grâce au Parti socialiste !

Cela dit,  nombreux étaient aussi ceux qui à l’UDR (nom du parti gaulliste à l’époque) ne misaient pas un franc sur Georges Pompidou en juillet 1968, quand il fut remplacé comme Premier ministre par M. Couve de Murville, et même ensuite quand le général de Gaulle démissionna (avril 1969) après son référendum perdu. Pour mémoire il faut se rappeler que Georges Pompidou avait commis un crime de lèse-majesté en s’écriant à Rome (janvier 1969), juste avant la tenue du référendum du 27 avril 1969 sur la rénovation du Sénat :  « Ce n'est un mystère pour personne que je serai candidat à une élection à la présidence de la République quand il y en aura une, mais je ne suis pas du tout pressé ». 

Là aussi, on peut faire le rapprochement avec F. Hollande, lequel fut le premier à s’engager dans la course à l’élection présidentielle de 2012, alors que tout le monde à gauche et à droite attendait que D. Strauss-Kahn se déclare. Qui aurait parié un euro sur ses chances de succès face à l’ultra-favori des sondages, sauf à être téméraire ou inconscient ? Certes l’épisode du Sofitel de New-York (mai 2011) l’a bien aidé, éliminant de fait DSK, mais beaucoup doutaient de sa réussite même après cet évènement, celui-ci semblant redonner toutes ses chances  à N. Sarkozy. Un peu comme ceux qui voyaient Valéry Giscard d’Estaing s’imposer comme le leader de la droite, après  le départ du général, surtout après l’horrible complot organisé contre G. Pompidou à la fin de l’année 1968, où le nom de son épouse fut cité dans une affaire de voyous qui est devenue une affaire politique…dans le seul but de discréditer l’ancien Premier ministre.

Voilà pour les rapprochements que l’on peut faire avant l’élection présidentielle. Mais une fois élu, les deux hommes ont entrepris, un peu de la même manière, leur mandat en le basant sur le renouveau de l’industrie dans le pays. Georges Pompidou en effet avait fait de la modernisation de la France, notamment sur le plan industriel, son grand objectif. C’était d’autant plus nécessaire que notre pays allait être confronté à partir de 1973 au premier choc pétrolier, et, dans ce cas, seuls les pays forts et modernes pouvaient surmonter ces difficultés sans trop affaiblir leur système social. Un objectif qui sera repris à sa manière par F. Hollande, lequel a été confronté dès sa prise de fonction à une situation économique très détériorée, à la fois par la crise…et les mauvais choix de N. Sarkozy et l’UMP.  Beaucoup de similitudes, comme nous pouvons le constater, dans la situation dont ces deux premiers de la classe ont hérité au moment de leur investiture.

Si j’ai employé le terme de « premiers de la classe », c’est aussi parce que ces deux amoureux de la vie ont l’un et l’autre été de brillants étudiants, ce que peu de monde salue ou a salué… parce qu’on n’en parlait que rarement. On les percevait surtout comme des hommes « normaux ». C’est curieux d’ailleurs comme ce terme de « normal » peut faire couler beaucoup d’encre ! Et pourtant être normal c’est quoi quand on est président ? Réponse, c’est tout simplement avoir l’apparence de quelqu’un qui vit sa vie, tout en restant naturel. Georges Pompidou aimait la cigarette et les voitures rapides, goût qu’il partageait sur ce dernier point avec son épouse, répondant aux opposants à son projet de voies rapides dans Paris : « Cessez d'emmerder les Français, les Français aiment la bagnole ».

Et oui, à force de restrictions de toutes sortes, certains en arrivent à s’imaginer qu’il est interdit de profiter de la vie, oubliant qu’il est nocif de fumer, à plus forte raison un grand nombre de cigarettes chaque jour, que la limitation de vitesse ou la lutte contre l’alcool au volant a du bon, surtout quand on pense au nombre de morts sur les routes il y a vingt ans comparé à celui d’aujourd’hui. En fait, je crois simplement que ceux qui légifèrent sur tous ces sujets ne savent pas expliquer leurs décisions. Ce que G. Pompidou disait à propos des voitures de sport (il avait une Porsche 356 B1 coupé), avait d’abord le mérite d’être clair, et sans arrière-pensées politiciennes. Certes à cette époque il n’y avait pas la toute puissance d’internet et des divers outils de communication, mais, en ce temps-là, quand un homme politique s’exprimait on savait ce qu’il voulait dire, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.

Un dernier mot enfin pour souligner que G. Pompidou était un fin connaisseur de la nature humaine. Par exemple à propos du jugement qu’il portait sur F. Mitterrand au début des années 70, plus particulièrement sur sa capacité à gouverner le pays, ce qui nous ramène à F. Hollande : « Si le destin voulait qu'il (F. Mitterrand) atteigne le but et dirige la France, que ferait-il, prisonnier de partis qui veulent tous réduire le Président à un rôle de figurant? Vis-à-vis de l'étranger, renierait-il les absurdités du programme commun pour défendre les intérêts fondamentaux de la France »?  Mais ce qu’on pourrait prendre pour un doute sur les aptitudes à diriger le pays de  F. Mitterrand, est corrigé par une autre phrase, pleine de sous-entendus : « Ce qui m'étonne c'est la voie choisie, je veux dire la voie socialiste alors qu'il suffit de le voir pour se rendre compte qu'il n'est pas socialiste ». Georges Pompidou avait tout compris.

En revanche, les contempteurs de F. Hollande, moins fins évidemment que le successeur du général de Gaulle, n’ont pas cette justesse de jugement, ce qui leur fait dire tout et n’importe quoi sur l’actuel président de la République, qui est justement très différent de ce qu’on a pu écrire ou entendre sur lui. Il a montré son habileté à contourner ses promesses électorales, en les ajustant ou en les abandonnant, il a fait preuve de détermination sur la politique européenne et étrangère, et il est en train de faire des réformes que l’on aurait dû mettre en place depuis bien longtemps. Espérons que tout cela connaîtra la même réussite globale que l’œuvre de G. Pompidou, dont je rappellerais qu’elle est toujours présente à travers des réalisations comme Airbus ou le TGV, sans oublier l’établissement polyculturel situé dans le quartier de Beaubourg qui porte son nom.

Michel Escatafal

 

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