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02/02/2013

Le MoDem toujours assis entre deux chaises

«  Tranchez ! Assumez l'urgence politique qui s'impose à la Mendès ou à la Schröder. Il n'est plus temps de ruser », a déclaré F. Bayrou ces derniers jours dans le journal Les Echos. Très bien, sauf que ce n’est sans doute pas si facile à faire, même si c’est nécessaire. Cependant, en y regardant d’un peu près, on s’aperçoit que les choses commencent à bouger, malgré le terrible défi à relever dans un contexte économique international déprimé, où même la Chine enregistrera une croissance nettement moins forte que l’an passé. D'ailleurs sur ce plan il y aurait beaucoup à dire, puisque la croissance chinoise dépend à la fois des exportations vers les autres pays, notamment les plus riches, mais aussi des investissements que le pays réalise. Cela étant, là où je n'arrive pas à suivre F. Bayrou, c’est quand il affirme que si ces changements ne se font pas assez vite, il y aura « un découragement politique des Français ». Comme si ce n'était pas déjà le cas! 

En effet, le découragement est bien présent chez une partie d’entre eux, et comment pourrait-il en être autrement sur fond de chômage croissant, malgré le ralentissement enregistré le mois précédent…qui demande confirmation. Un chômage qu’il est encore difficile d’attribuer en totalité à l’action de F. Hollande, car de nombreux plans sociaux étaient en gestation. Pour autant, le chômage reste à un très haut niveau, et cela va durer encore un certain temps. Toutes les mesures prises ne peuvent donner leur effet que sur le long terme, ce qui est ennuyeux pour le pouvoir dans la mesure où les médias se contentent de rapporter les chiffres, sans oser les agrémenter d'explications…parce que les gens aiment bien les informations concises. Au fait, combien sommes-nous à écouter dans le pays les infos sur France-Culture ? Très peu, et c’est bien dommage. A ce propos, je ne saurais trop recommander à mes lecteurs d’écouter le journal de 12h30 sur cette chaîne de radio, parce qu’on y apprend l’essentiel en un quart d’heure, sans perte de temps avec les résultats de football. Et c’est un amateur de sport qui écrit cela !

Le problème du MoDem, comme je l’ai souvent souligné, c’est qu’il n’a pas une armée de parlementaires, et en plus il est partagé en son sein entre les MoDems de droite et les MoDems de gauche, sans doute les plus nombreux, mais pas suffisamment pour que le MoDem soit une composante de la majorité présidentielle. En outre, ce n’est pas en envisageant des alliances « avec la majorité présidentielle comme avec la droite modérée », pour parler comme Benhamias, que les électeurs auront une ligne suffisamment claire pour être de nouveau crédible. Résultat, lors des prochaines élections municipales, le MoDem se retrouvera encore avec quelques élus par-ci par-là…qui évidemment auront une influence très limitée dans les conseils municipaux où ils siègeront.

Voilà pourquoi je n’ai cessé de dire que la stratégie présidentielle de F. Bayrou n’était pas la bonne, parce qu’on ne peut pas soutenir à la fois l’UMP de Copé, Fillon ou Sarkozy et le Parti Socialiste. Il fallait faire un choix clair de second tour, ce qui aurait préservé l’avenir, et permis de mettre en place plus facilement les nombreuses réformes que l’UMP n’a pas faites ces dix dernières années. La preuve, cela fait déjà deux fois que le patronat salue l'action de François Hollande et son gouvernement, parce qu'ils sont allés aussi loin que possible sur le « pacte de compétitivité » et sur la flexibilité dans le droit du travail...ce qui ne veut pas dire que F. Bayrou n'ait pas raison quand il dit qu’il faut faire encore plus et plus vite.

Cela dit, F. Hollande et son gouvernement doivent faire face à la droite (FN et UMP), à l’extrême-gauche et aux écologistes. Cela fait beaucoup de monde, sans parler de la CGT et de ses revendications d’avant-congrès, qui ne peuvent qu’ajouter de la confusion dans l’esprit de ceux qui sont en difficulté dans leur travail ou leur vie tout court. Et que peut faire le MoDem pour aider à prendre les mesures courageuses que réclame F. Bayrou ? Rien, parce qu’il n’a aucune « division » à offrir au président de la République et au gouvernement. En revanche, si le MoDem avait seulement un petit groupe parlementaire, il pourrait aider le gouvernement face à la multitude de ses opposants, lesquels ne pensent qu’à défendre leur pré-carré électoral, par exemple les écologistes qui en rajoutent toujours une couche, que ce soit sur le mariage pour tous, sur l’intervention au Mali ou sur l’extraction des gaz de schiste.

Un dernier mot pour terminer, en soulignant que la France fait quand même bonne figure à l’international, notamment avec cette opération au Mali…que les Américains commencent à approuver, et qui le font savoir en mettant à disposition de l’armée française du matériel très sophistiqué, et ce gratuitement. Oui gratuitement, contrairement à ce qui était envisagé auparavant.  Là aussi, F. Hollande a su certainement utiliser les mots qu’il fallait pour convaincre l’exécutif américain, ce qui a amené la Grande-Bretagne à faire de même. Finalement, même si notre armée est partie seule au combat, elle se retrouve quelques jours plus tard beaucoup moins isolée que l’UMP ne le faisait remarquer bruyamment. Une UMP qui n’a toujours pas compris comment elle avait pu perdre le pouvoir, alors que depuis dix ans elle a multiplié les échecs sur tous les plans (économie et finances, Europe, affaires étrangères…). Comment des militants du MoDem peuvent-ils envisager de s’allier, ne serait-ce qu’au niveau municipal, avec les représentants d’un parti qui a mené la France là où elle est ? C’est quelque chose que je ne comprends pas.  « Errare humanum est, sed perseverare diabolicum » !

Michel Escatafal

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