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21/01/2013

F. Hollande met l'UMP en souffrance

Demain ce sera le cinquantième anniversaire du traité de l’Elysée. J’étais très jeune à l’époque, mais je me souviens encore des commentaires de mon père et de mon grand-père (ancien de Verdun), et ils attendaient beaucoup de cette réconciliation franco-allemande. Avaient-ils raison ? Oui, bien sûr, parce que la guerre ils connaissaient pour l’avoir vécu dans les tranchées pour l’un, et pour les deux en participant à des actes de résistance contre l’occupant allemand lors de la guerre suivante. Et dans le cas de mon père plus que dans celui de mon grand-père, c’était un authentique gaulliste. Bref, pour de nombreux Français à l’époque, ce traité était une excellente chose, les plus anciens regrettant qu’on n’ait pas suffisamment soutenu Aristide Briand quand ce dernier cherchait à rapprocher la France et l’Allemagne (traité de Locarno en 1925). Rappelons au passage que Briand était de ceux qui pensaient qu’il ne fallait pas non plus étrangler l’Allemagne, afin qu’elle puisse se reconstruire sur le plan économique. On a vu combien il avait raison, un pays potentiellement puissant finissant toujours par le redevenir (cas de l’Allemagne), au besoin en se livrant pieds et poings liés à un dictateur fou.

Que reste-t-il de ce traité du 22 janvier 1962 ? Beaucoup et peu à la fois. Peu, parce que la France et l’Allemagne n’ont guère gommé leurs différences par rapport à cette époque, tant sur le plan politique (institutionnel) qu’économique. Peu aussi, parce que dans chacun des pays, et plus encore en France qu’en Allemagne, la langue allemande ou française n’est pas systématiquement apprise au lycée comme on aurait pu l’espérer. Au contraire, dans notre pays, l’apprentissage de l’allemand ne vient qu’en troisième position derrière l’anglais et l’espagnol. C’est d’ailleurs quelque chose qui me gêne personnellement, parce que c’est une mesure qu’il aurait été facile de mettre en place sans que cela ne coûte trop cher. Après tout, même si l’anglais est devenu la langue universelle sur le plan économique et touristique, même si l’espagnol progresse énormément dans le pays qui a imposé l’anglais au monde entier, avoir une bonne connaissance de la langue allemande ou française des deux côtés du Rhin, par la quasi-totalité de la population des moins de 40 ans, aurait été un symbole fort non seulement pour faire vivre ce traité, mais aussi pour la construction européenne. N’avoir même pas réussi à mettre en place cette disposition, facile d’application, est la marque cruelle d’un échec !

Cela étant, certains considèrent que ce traité a permis nombre d’avancées en matière de construction européenne, ne serait-ce qu’avec la création de l’euro. Par ailleurs, le couple franco-allemand existe même s’il s’agit d’un mariage de raison. C’est souvent « je t’aime moi non plus » dans cette union, mais elle a le mérite d’exister, au point que plus personne ne souligne le nombre de rencontres au sommet entre les chefs d’Etat ou de gouvernement. L’UMP, qui n’est pas à une contradiction près, n’hésite jamais à souligner la distance qu’il y a entre les positions d’Angela Merkel et François Hollande, soulignant à l’envie les différents entre eux, mais elle oublie de dire que depuis le 15 mai, les deux dirigeants se rencontrent aussi souvent qu’à l’époque où leurs prédécesseurs étaient au pouvoir. Ça c’est un acquis, et il est considérable, pour le plus grand bien de l’Europe. Il est d’autant plus considérable que toute politique politicienne est noyée dans les intérêts supérieurs qu’offre la survivance du traité. Il n’y a que les naïfs UMP pour croire que F. Hollande puisse provoquer un divorce avec la chancelière, alors que l’un et l’autre sont quasiment sûrs d’avoir à composer pendant encore quatre ans. En outre, ce n’est pas parce que F. Hollande a l’étiquette socialiste que la chancelière va s’éloigner de lui, d’autant qu’elle bénéficie pleinement des réformes (de droite) initiés par le social-démocrate G. Schroeder, réformes dont s’inspire à sa façon F. Hollande pour permettre aux entreprises françaises de retrouver de la compétitivité…ce que l’UMP n’a jamais su faire. A moins que ladite UMP ne regrette que le rêve européen ait engendré une Europe des marchands, beaucoup plus qu’une Europe des peuples ou qu’une Europe sociale, où le mot solidarité serait au centre des préoccupations politiques. J’en doute, tellement le principal parti de droite était inféodé au patronat et aux plus riches !

Pauvre UMP, qui ne sait plus quoi trouver pour se remettre d’avoir perdu le pouvoir, au point de voir Laurent Wauquiez, un des fondateurs de la droite dite « sociale » (défense de rire !), farouche partisan de la lutte contre le mariage pour tous, l’homme qui qualifiait  de « cancer » et « d'assistanat »  les aides sociales, évoquer le manque de « stratégie claire » de F. Hollande  à propos de la guerre au Mali. Et ce, alors que tout le monde reconnaît dans les chancelleries que sans une intervention rapide, le Mali serait aujourd’hui totalement envahi par ses agresseurs. Il est vrai que l’UMP, comme d’autres aussi y compris à gauche, a tellement reproché à F. Hollande d’être « mou », de ne pas savoir trancher dès que surgit un problème, que le voir prendre ses responsabilités de chef d’Etat ne peut que susciter la colère de ses adversaires politiques, d’autant que contrairement à son prédécesseur, quand il prend ses décisions, cela n’a pas été préparé par de multiples interventions spectaculaires à destination des médias. Pour le Mali, comme pour le « pacte de croissance », comme pour le mariage pour tous, il a fait ou il fait ! Espérons simplement que les Français s’en souviendront le moment venu, comme ils doivent se souvenir de l’état dans lequel l’UMP et l’UDI ont laissé le pays, après dix ans de pouvoir. Un simple chiffre pour rappel : le montant de la dette publique était de 912 milliards d’euros fin 2002, de 1211 milliards fin 2007 et d’environ 1800 milliards fin 2012. Tout est dit dans ces chiffres, même si la crise financière (depuis 2008) n'a pas arrangé les choses !

Michel Escatafal 

 

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