Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

16/01/2013

Ça ne va pas bien, mais ça pourrait être pire !

Décidément on ne sait plus quoi trouver pour faire des sondages. La preuve, le dernier sorti, indiquant que deux tiers des français jugent que l’intervention de la France au Mali augmente la menace terroriste dans notre pays. Ce n’est sans doute pas faux, mais un tel sondage est-il bien utile ? Si je dis cela c’est parce que notre pays est en guerre, oui en guerre, pour libérer un pays qui appartient à sa zone d’influence, et qui était menacé d’invasion. Certes, je n’ai jamais aimé les interventions militaires de notre pays au cours des dernières années, qu’il s’agisse de l’Afghanistan et de la Lybie, mais cette fois il semble que nombre des intérêts vitaux pour l’Afrique soient en jeu, sans parler de la violation du territoire d’un pays qui a toujours entretenu des liens particuliers avec la France depuis son indépendance, il y a un peu plus de soixante ans. La preuve, on y parle et on y enseigne toujours en français.

Si j’ai fait la comparaison avec l’Afghanistan, c’est parce que nous n’avions vraiment rien à faire dans ce pays, et j’aurais tendance à dire la même chose en Lybie, d’autant qu’après avoir largement contribué à faire tomber le régime de Kadhafi, la France a aussi permis à nombre d’organisations islamistes de s’armer jusqu’aux dents, si j’en crois ce que disent les chroniqueurs militaires. Et si la chute de Kadhafi n’a pas fait de peine à grand monde, en revanche la dispersion de son stock d’armes, certaines d’ailleurs très modernes, ne pouvait qu’inquiéter les Etats africains du Sahel, d’où la nécessité d’une intervention de la France au Mali. Une intervention au demeurant approuvée un peu partout dans les capitales du monde, d’autant qu’avec tous les problèmes de politique intérieure rencontrés par ce pays ces derniers mois, celui-ci semblait une proie facile pour ses assaillants islamistes. Elle l’était d’autant plus que la géographie du Mali, grand comme deux fois et demie la France mais aux 2/3 désertique, issue de la colonisation rappelons-le, l’expose plus que tout autre à des invasions.

En outre le Mali recèle dans son sous-sol une richesse importante, l’or, même si la production n’est plus aussi forte qu’au début de la décennie 2000. En tout cas, l’or représente les ¾ des richesses d’exportation du pays, ce qui évidemment suscite des convoitises. Malgré tout, et en dépit d’investissements importants en provenance de l’étranger, le Mali demeure un des pays les moins développés dans le monde, ce qui explique largement la faiblesse de son armée. En termes de PNB par habitant, le Mali se situe au 208è rang dans le monde sur 230 pays, avec un indicateur de développement humain encore très faible.

Combien de temps cette guerre va-t-elle durer ? Difficile à dire, d’autant que les Français sont très seuls pour affronter, sur un terrain qui n’a rien de favorable pour eux, des ennemis très déterminés et même surarmés comme je l’évoquais précédemment. Il y a donc risque d’enlisement de nos troupes, si celles-ci ne sont pas rejointes rapidement par des renforts en provenance d’autres pays, certains étant toutefois attendus d’ici quelques jours. Il n’empêche, ce sont nos soldats qui sont en première ligne…avec le danger afférent à ce type de situation. Si j’ajoute cette précision, c’est parce que notre pays n’acceptera pas longtemps de voir des cercueils rentrer de cette expédition, ce qui de facto affaiblirait la position de la France, malgré le soutien affirmé des autres pays, notamment des voisins africains, lesquels n’ont évidemment pas intérêt à voir à leur frontières des ennemis aussi encombrants que les islamistes.

En tout cas le président Hollande a bel et bien démontré que ce n’était pas un « capitaine de pédalo », ce qui semble d’ailleurs quelque peu déranger celui qui l’a traité ainsi, J.L. Mélenchon. Il a aussi démontré son savoir-faire avec les négociateurs sur le droit du travail, puisque l’accord patronat-syndicats (3 sur 5 ce qui est suffisant pour signer un accord) est quand même un succès significatif pour lui, au point que même la droite n’a pas osé trop en parler…faute d’en avoir fait autant au cours des dix dernières années.  Enfin, sur le mariage pour tous, il ne déviera pas de son objectif malgré une manifestation hostile au projet ayant connu un certain succès. Bref, François Hollande commence à se sentir tout à fait bien dans ses habits de président, d’autant qu’il a aussi reçu le satisfecit du patronat pour le « pacte de compétitivité ». Certes celui-ci ne créera pas des emplois comme par miracle, mais cette fois le patronat n’aura pas vraiment d’excuses si les entreprises françaises ne retrouvent pas le chemin de l’exportation, un chemin que nous avons perdu ces dix dernières années.

Certains vont sans doute trouver que j’ai l’air de dire que tout va bien, et que le redressement de notre pays est en marche. Je n’irais évidemment pas jusque-là, parce que ce serait trop facile. Il ne faut pas oublier que la croissance est en panne dans la zone euro, la crise financière ayant laissé des traces plus importantes que prévu, jusques et y compris en Allemagne. Cela veut dire que ladite zone va dépasser les 20 millions de chômeurs d’ici la fin de l’année, comme nous allons dépasser les 3 millions dans notre pays. Cela veut dire aussi que la France ne fera pas mieux que 0.1 ou 0.2% de croissance sauf retournement improbable de la conjoncture, ce qui implique que si l’on veut se rapprocher des 3% de déficit/PIB, il faudra trouver des économies supplémentaires dans le budget de l’Etat, étant entendu qu’on ne peut guère faire plus sur le plan fiscal. Et tout cela sous l’œil des marchés, même si nombre de Français et même d’Européens pensent que les marchés ont trop d’importance. Problème, comme je le dis très souvent, les marchés ce sont les prêteurs, et la prime de risque est une donnée difficilement contournable, n’en déplaise à ceux qui refusent de voir la réalité.

Voilà ce que je ressens au début de cette année qui sera très difficile pour notre pays. Si je dis cela, c’est parce que nous n’avons aucune marge de manœuvre financière faute d’avoir préparé l’avenir ces dix dernières années. J’insiste la dessus, car à l’instar de l’Italie, grande victime des années Berlusconi, les réformes doivent être faites dans un contexte d’autant plus délicat que l’on n’a pas profité des années de croissance à 2% et plus, pour assainir nos finances publiques. Résultat, quand la crise fut venue il a fallu recourir à un endettement massif pour assurer nos fins de mois…ce qui finit toujours par se payer un jour ou l’autre. Puisse les Français s’en rappeler, au lieu de vociférer à la moindre annonce destinée à diminuer les dépenses de l’Etat. De toute façon, si nous ne faisons pas cet effort, celui-ci nous sera imposé de l’extérieur…ce qui n’est quand même pas le plus souhaitable. Au fait, je viens de m’apercevoir que je n’ai pas parlé du traité franco-allemand qui vient tout juste d’avoir cinquante ans. Merci au général de Gaulle et à Konrad Adenauer d’avoir signé ce traité, qui est à la base de toutes les avancées de l’Union Européenne, celle-ci ne pouvant aboutir politiquement que grâce à ces deux pays.

Michel Escatafal

 

Les commentaires sont fermés.