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08/01/2013

La dette semble n'émouvoir que le PS et le MoDem

Je ne suis pas contre les chaînes d’info en continu, mais je suis triste de penser que leur importance est finalement très grande dans la perception que les Français ont de la politique. En fait, ces chaînes font sans le vouloir le lit de toutes les oppositions au pouvoir, quel qu’il soit, par leur recherche continuelle du sensationnel. En ce moment c’est  Depardieu qui fait la une de tous ces médias, alors qu’il ne représente que lui-même. C’est un grand acteur soit, mais c’est tout. Et qu’il obtienne un passeport russe, on s’en contrefiche, même si l’on peut trouver curieux qu’il fasse l’apologie de la démocratie à la manière russe. Qu’il parte en Belgique ou ailleurs pour des raisons fiscales, c’est son affaire. Simplement, je pense qu’il n’était pas utile en ce moment de commenter toutes les actions de Depardieu, comme si les commentaires sur la collecte des impôts devaient se résumer aux 75% de prélèvement pour les contribuables gagnant plus d’un million d’euros, mesure d’ailleurs toute symbolique puisqu’elle rapporterait à peine 200 ou 300 millions d’euros. Et en plus elle vient d’être retoquée par le Conseil Constitutionnel, ce qui signifie qu’elle sera modifiée dans le sens que l’on imagine…à supposer qu’elle voit réellement le jour.

Autre information qu’on essaie de nous vendre comme du sensationnel, la rémunération du Livret A, qui va diminuer en février pour tomber sans doute à 2%. Cela n’a rien d’un scoop dans la mesure où les taux en général sont très bas, ce qui en fait quand même un placement intéressant dans ce contexte, vu qu’il est exempté d’impôt. En outre le logement social est une priorité pour le gouvernement, et les sommes récoltées dans les Livrets A sont justement destinées à favoriser la construction de logements sociaux. Est-ce une raison pour dire ou écrire que le gouvernement  est incohérent, en augmentant le plafond du Livret A (aujourd’hui de 19125 euros) et en baissant la rémunération ? Certainement pas, puisque les deux choses ne sont pas liées. Pourquoi ne pas expliquer les choses simplement, sauf à vouloir à tout prix trouver des incohérences là où il n’y en a pas?

Evoquons à présent le débat télévisé d'hier soir sur France 2 entre le ministre du Budget, J. Cahuzac, et celui qui se croit un des principaux personnages de l’opposition, J.L. Mélenchon. Cela nous a surtout permis de constater que de plus en plus il y a un clivage dans la politique française, mais un clivage que personne ne mentionne bien qu’il soit tout à fait réel. D’un côté il y a ceux qui veulent à tout prix réduire la dette, les socialistes et les centristes du MoDem, et de l’autre ceux qui n’en font pas, voire même n’en font pas du tout une priorité, à savoir tous les autres. Quand je dis tous les autres, cela va du Front National au Front de Gauche, en passant par l’UMP et sa filiale UDI, qui ont multiplié par deux ladite dette en dix ans de pouvoir, ce qui explique leur embarras sur le sujet. En tout cas hier soir sur France 2, nous avons pu constater l’irresponsabilité d’un des principaux tenants de l’idéologie consistant à dire que le remboursement de la dette attendra. Attendra quoi au fait ? Là est toute la question.

Si la France ne rembourse pas ses dettes ou laisse celle-ci atteindre des niveaux de non-retour, que se passera-t-il ? A en croire J.L. Mélenchon, c’est la BCE qui financera nos déficits si les taux d’intérêt explosent. Très bien, sauf que ce n’est pas prévu dans ses statuts et qu’elle jouit de la même indépendance que la Bundesbank autrefois, ou que la Banque de France après 1993, ce qui signifie que la Banque Centrale Européenne ne sera jamais aux ordres du pouvoir politique…surtout si ses interventions devaient servir à exempter un pays d’assainir sa situation financière. Or, n’oublions pas que cette année encore, nous aurons à trouver 180 milliards d’euros pour pouvoir payer nos échéances, et si l’on appliquait la politique de J.L. Mélenchon et d’autres, cela nous coûterait très cher, et augmenterait considérablement la charge de la dette. Bref, tous ceux qui prétendent que la France est riche et qu’elle peut continuer à vivre largement au dessus de ses moyens sont des menteurs. Même N. Sarkozy et l’UMP l’ont découvert en 2011, sans toutefois oser prendre les mesures nécessaires pour enrayer cette spirale de l’endettement public. Et dire que ces gens-là, y compris J.L. Mélenchon, affirment revendiquer le pouvoir ! Cela est effrayant, n’ayons pas peur des mots.

Mais plus inouï encore, il y a pas mal de réactions pour affirmer que ceux-là ont raison et que les autres (socialistes et MoDem) sont des technocrates qui n’ont pas le souci d’apporter du bien-être au peuple. C’est tout simplement désespérant, comme il est désespérant d’entendre dire que N. Sarkozy a empêché que la France devienne une seconde Grèce, oubliant que l’ancien président a hérité d’une situation bien meilleure que ce pays, et que la dette de la France est passée de 64% de la richesse nationale en 2007 à 90% en 2012. Certes il y a eu la crise qui est passée par là, mais celle-ci a bon dos, et est loin de justifier à elle seule une telle progression. La preuve, d’une part cette dette semble sur la voie de la stabilisation, et d’autre part, avant même le déclenchement de la crise financière, la dette publique avait augmenté d’une centaine de milliards d’euros (entre 2007 et 2008).

Il est vrai que si le gouvernement socialiste a chargé la barque en matière d’impôts, ce qui lui est beaucoup reproché, les cadeaux fiscaux aux plus riches de N. Sarkozy ont largement participé aux déficits du début de son règne…comme je l’ai souvent souligné sur ce site. Espérons que les électeurs sauront s’en rappeler le moment venu, et que ceux-ci ne finiront pas par se tourner encore plus nombreux, non seulement vers l’UMP, qui n’a rien de nouveau à leur proposer sauf son impuissance, mais aussi vers les extrêmes de droite et de gauche qui n’ont que des slogans simplistes à offrir aux Français. Et je ne parle pas des prises de position en matière sociétale, où la faiblesse des arguments des opposants aux réformes envisagées (mariage pour tous par exemple) est tout simplement consternante.

Michel Escatafal

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