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05/01/2013

La spécificité française

La France est un pays extrêmement difficile à gouverner parce que les réformes ne sont pas acceptées facilement. Chaque fois qu’un responsable politique a voulu faire de grandes réformes, il avait contre lui l’opinion. Il l’avait d’autant plus que notre pays est prisonnier d’un affrontement gauche-droite inévitable, compte tenu de la manière dont fonctionnent nos institutions depuis l’avènement de la Cinquième République. Certes ce fonctionnement a des aspects positifs, ne serait-ce qu’en raison de la nécessaire cohésion d’une majorité, mais il a aussi comme aspect négatif de rendre illusoire toute tentative d’accord a minima quand la patrie est en danger. C’est d’ailleurs encore aujourd’hui le sens de la démarche de François Bayrou, une démarche que l’on ne pourrait que saluer si celle-ci n’était pas totalement contre-productive sur le plan électoral. Une démarche également qui nécessiterait un extraordinaire courage politique de la part de nos gouvernants, lesquels considèrent qu’on ne peut pas constamment aller à l’encontre des desiderata des citoyens, ceux-ci semblant se complaire dans des affrontements souvent d’un autre âge. C’est là que le bât blesse.

De nos jours les Français sont, et je crains qu’ils continueront à l'être, hostiles à toute évolution du modèle social français. Là où les Allemands, mais aussi les Italiens, ou encore les Espagnols, sont prêts à ne pas trop renâcler quant aux sacrifices qu’on leur impose si c’est pour que le pays aille mieux, en France c’est la négation absolue de toute véritable évolution touchant aux droits acquis. C’est cela qui inquiète certainement le plus le gouvernement, car s’il faut faire adopter des réformes, fussent-elles très impopulaires, il dispose avec le Parti Socialiste d’une majorité à l’Assemblée Nationale, ce qui donne une petite marge de manœuvre. Certes on me fera remarquer que le Parti Socialiste a dans ses rangs des députés trublions qui peuvent dans un moment de colère, ou pour se faire remarquer, voter contre un texte présenté par le gouvernement, mais d’une part cette attitude serait suicidaire, et d’autre part elle obligerait le gouvernement à utiliser l’arme de l’article 49-3. Et si ces trublions persistaient et signaient ils encouraient le risque de provoquer ders élections anticipées qui leur seraient très vraisemblablement défavorables.

Cela dit, même en éliminant cette hypothèse, la tâche du gouvernement pour mettre en place sa politique social-démocrate, ou plutôt social-libérale, demeurera extrêmement ardue, notamment en raison de la faiblesse de sa base électorale. N’oublions pas que François Hollande n’a obtenu au premier tour de l’élection présidentielle que 28,6% des voix, ce qui est suffisant pour gagner une élection, mais insuffisant pour s’appuyer sur cette base, afin de réaliser sans trop de difficultés les indispensables réformes dont a besoin notre pays. Quand je parle d’indispensables réformes, je veux dire réformes économiques et pas seulement réformes sociétales. Je veux aussi parler de la réforme de l’Etat, c’est-à-dire de la fonction publique et territoriale. Je pourrais aussi évoquer l’indispensable réforme des retraites.

Tout cela n’ayant pas été fait par l’ancienne majorité ou simplement esquissé, c’est à François Hollande et son gouvernement de le réaliser, comme Gerhard Schroeder en Allemagne au début des années 2000, ou comme a commencé à le faire Mario Monti en Italie depuis l’an passé. Et je le répète encore une fois, cette tâche est d’autant plus malaisée que les Français ne sont pas les Italiens et les Allemands. D’ailleurs chaque fois qu’un homme politique exerçant les plus hautes fonctions a voulu faire prendre un virage important à notre économie, il l’a payé par une impopularité qui lui a fermé à jamais les portes du pouvoir. En écrivant cela je pense à Pierre Mendes-France ou Raymond Barre. Des hommes qui avaient le tort d’être convaincus de la nécessité d’entreprendre la transformation de l’économie française, en s’écartant quelque peu du modèle social issu de la fin de la deuxième guerre mondiale.

Alors François Hollande ira-t-il au bout de ses intentions ou les attaques sur sa droite comme sur sa gauche auront-elles raison de ses résolutions ? Pour ma part j’espère qu’il ne cèdera pas à la tentation de ne rien faire, ce qui permettra d’assurer en même temps que le désendettement du pays, la nécessaire évolution de notre compétitivité, tout en sachant que celle-ci passe par des dispositifs favorables aux entreprises et défavorables aux salariés en matière de droit du travail. Si j’affirme cela, c’est parce que  je n’arrive pas à douter de la résolution du président de la République, car c’est pour lui la seule chance de pouvoir briguer avec succès un second mandat en cas de non-dissolution de l’Assemblée, mais je reste prudent, d’autant que les médias s’y entendent à merveille pour mettre la pression sur l’opinion.

Du coup les sondages sont extrêmement peu reluisants pour le président et son Premier ministre, malgré les résultats déjà obtenus après six mois de pouvoir (confiance des prêteurs, pacte de croissance sur l’Europe, départ des troupes combattantes françaises en Afghanistan parfaitement négocié avec Barack Obama etc.), mais personne ou presque ne peut en citer un, car on ne parle que des couacs gouvernementaux ou des manifestations syndicales liées aux fermetures d’usines…qu’on impute toutes au pouvoir actuel, lequel ne peut tout de même pas nationaliser tous les sites en difficulté. Au contraire, il faut impérativement poursuivre sur la voie annoncée, quitte à subir encore un peu plus les foudres de la presse et de l’opinion. Après tout, ne rien faire de décisif n’est pas nécessairement productif sur le plan électoral, et ce n’est pas Nicolas Sarkozy qui me démentira, lui qui gouvernait avec l’œil rivé sur les sondages.

Déjà nous aurons une idée plus précise de cette détermination de François Hollande dès la fin des négociations sociales entre le Medef et les syndicats, achevées théoriquement la semaine prochaine, parce que les partenaires sociaux ne se mettront pas d’accord sur la voie à suivre pour de multiples raisons, chacun défendant son pré-carré. Problème, ces réformes il faut les faire, ce qui signifie qu’on ne pourra pas se contenter de faire dans les demi-mesures, quitte à en mécontenter certains plus que d’autres, en sachant toutefois que les demi-mesures mécontentent encore plus que les vraies mesures…et ne font pas avancer les choses. On l’a vu avec la réforme des retraites de N. Sarkozy, laquelle a subi les critiques de tout le monde et n’a en rien réglé le problème. Espérons que F. Hollande saura aussi s’emparer de ce sujet, et fera le nécessaire pour assurer la survie de notre système de répartition. S’il ne le fait pas, le dispositif sera fatalement aménagé vers plus de capitalisation, donc moins de solidarité, par la droite dès que celle-ci sera revenue au pouvoir. Preuve, avec cet exemple, que F. Hollande ne doit pas différer ses réformes, pour la France comme pour lui, même si le travail à accomplir est tout à fait considérable.

Meilleurs voeux pour l'année 2013.

Michel Escatafal

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