30/12/2012

Le Conseil Constitutionnel bienveillant vis-à-vis de F. Hollande

En pleine période de fêtes, il fallait bien une nouvelle, qui n’en est pas vraiment une en y regardant de près, pour réveiller un peu tout le monde sur fond de craintes que la crise ne s’aggrave, même si quelques signes ça et là laissent apparaître que l’année 2013 pourrait se révéler moins « meurtrière » pour l’économie française et européenne qu’on ne pouvait le craindre. J’y reviendrai, mais, en attendant, parlons de ce que la presse (toujours en mal de sensationnel) a appelé pompeusement « énorme camouflet » la décision du Conseil Constitutionnel de ne pas valider la fameuse taxe de 75%. La presse, mais aussi évidemment l’UMP et ses affidés qui, sur ce coup-là, ne se font pas que des amis, dans la mesure où cet impôt exceptionnel avait la faveur de nombre de Français, et pas seulement de ceux qui votent à gauche.

Cela dit, il fallait être naïf ou ne rien connaître à la fiscalité, voire les deux, pour s’imaginer que cet impôt à 75% pour les revenus au dessus d'un million d'euros avait une chance d’être mis en application. J’ajoute d’ailleurs, même si certains vont me trouver cynique, que François Hollande ne s’est jamais attendu à autre chose de la part du Conseil Constitutionnel. J’irais même plus loin, en disant qu’au fond de lui-même ce soi-disant camouflet doit égayer quelque peu ses fêtes de fin d’année, plus particulièrement en voyant certains de ses principaux adversaires politiques de droite et du centre droit  s’agiter frénétiquement depuis hier pour se réjouir de la décision du Conseil Constitutionnel…oubliant, et je le répète, qu’ils ne peuvent en espérer aucun gain en termes de popularité, les « sages » du Conseil Constitutionnel étant considéré comme plutôt bienveillant vis-à-vis des riches.

J’ai écrit certains, parce qu’à l’UMP il y a des voix, par exemple celle de F. Baroin, qui reprochent surtout à François Hollande de faire…ce que la droite dite décomplexée n’a jamais osé entreprendre, à savoir prendre le tournant de la rigueur afin de restaurer les finances publiques du pays. On peut noter à ce propos que F. Baroin n’hésite pas à dire que « c’est un virage dans la bonne direction », et même s’ils ne sont pas légion à droite à proférer pareille affirmation, c’est quand même un signe qui montre que le gouvernement a raison de prendre certaines mesures aussi indispensables qu’elles peuvent être impopulaires.

Elles le seront d’autant plus que l’année 2013 sera « annus horribilis » pour F. Hollande, si l’on en croit le site du Figaro de vendredi dernier. Un titre qui ne fait pas que des mécontents parmi les lecteurs du journal…comme on peut s’en douter. Ces gens-là n’arrivent toujours pas à se consoler de l’arrivée des socialistes au pouvoir. Comme vous l’avez remarqué, je n’ai pas employé le mot « gauche », ce qui est normal puisque ce gouvernement fait délibérément une politique dite libérale sur le plan économique, les seules réformes réellement de gauche étant des réformes sociétales, ce qui permet de montrer sa différence à peu de frais.

En tout cas, on ne peut pas reprocher à notre président d’occulter les difficultés qui s’annoncent, pas plus que de « faire dans l’esbroufe » comme son prédécesseur. Non, au contraire, il fait le dos rond en essayant d’amortir au mieux les chocs que subit « l’entreprise France » depuis six mois, c’est-à-dire depuis son arrivée effective au pouvoir. Cela étant, plus encore que la droite désorganisée qui tient lieu d’opposition, F. Hollande a sur sa gauche des adversaires à la fois hargneux et coriaces, plus particulièrement la CGT et le Front de gauche, du moins ceux qui se réclament de J.L. Mélenchon, les communistes essayant par tous les moyens de préserver leurs représentations locales, vitales pour ce qui reste de leur parti.

Si je parle de la CGT, c’est parce qu’elle n’acceptera jamais de signer avec le MEDEF des accords qui démoliraient en grande partie le droit du travail, la CFDT se montrant sans doute plus conciliante moyennant quelques avantages obtenus, par exemple en termes de formation. Toutefois, il sera très difficile à F. Hollande de parvenir à obtenir un accord global quant au droit du travail…pourtant tellement indispensable pour permettre à notre pays de retrouver le chemin de la compétitivité. Néanmoins cela ne nous empêche pas d’espérer que certaines réformes finiront par se réaliser, parce qu’il n’y a pas d’autres choix, notamment pour ne pas rater le train de la reprise quand il arrivera. Certains l’envisagent pour la toute fin d’année 2013, d’autres la voyant  plus vraisemblablement pour 2014…si tout va bien.

Qu’est-ce que cela veut dire? D’abord il faut que les responsables américains se mettent d’accord à propos du « mur budgétaire », dont les conséquences pourraient être dramatiques pour la croissance américaine…et mondiale, donc européenne et française.  Rappelons au passage que le plafond légal de la dette des Etats-Unis sera atteint demain, d’où la nécessité d’un accord d’ici-là. Fermons la parenthèse en disant que fatalement un accord interviendra, les Républicains ne pouvant se payer le luxe d’être accusés d’avoir enrayé la reprise qui s’amorce par leur irresponsabilité.

Une fois cet obstacle levé, compte tenu des efforts faits ces derniers temps un peu partout en Europe, on peut imaginer facilement que la croissance sera significative dès qu’une vraie reprise s’amorcera sur le plan mondial. Et comme l’a souligné Jacques Attali, l’Europe et donc la France en profiteront d’autant plus si l’euro baisse…ce qui n’est pas gagné d’avance.  Malgré tout, même avec un euro aux environs de 1.30 dollar, la croissance devrait être là, avec les perspectives que l’on imagine pour notre pays en termes d’emplois et de rentrées financières, ce qui ne pourra que contribuer à la réduction de nos déficits et au désendettement du pays. J’en profite au passage pour saluer la baisse de la dette qui est passé de 91% du PIB fin juin à 89,9% fin octobre. Raison de plus pour maintenir le cap malgré des sondages d’opinion défavorables, qui n’ont pas la moindre importance du moment qu’ils ne nuisent pas à la consommation des ménages, ou si l'on préfère qu’ils n’incitent pas les Français à augmenter leurs bas de laine...pour ceux qui en ont un.

En tout cas, si la demande est là nos entreprises doivent pouvoir y répondre, comme l’ont fait les chantiers STX France qui ont enregistré la commande d’un paquebot géant, plus une option pour un autre, preuve entre parenthèses que ce n’est pas une fatalité de voir notre industrie tomber à des niveaux indignes de notre savoir-faire. Preuve aussi qu’il eut été inutile de nationaliser cette entreprise comme certains le réclamaient. Preuve aussi que le gouvernement a eu tout à fait raison de favoriser la recherche et le développement, avec le pacte de compétitivité,  même si dans un premier temps cela représente beaucoup d’argent offert aux entreprises. Et si j’écris cela, c’est parce que ce « pacte de compétitivité » devrait donner des fruits mûrs beaucoup plus rapidement que certains ne l’imaginent.

Pourquoi avoir autant attendu avant de faire cet effort ? Poser la question, c’est y répondre, et cela ne sert à rien de se lamenter a posteriori. Maintenant il faut simplement, même si c’est plus facile à dire qu’à faire, que nos dirigeants actuels fassent preuve de fermeté dans leurs décisions et dans leurs convictions, comme je l’ai évoqué précédemment, et notre pays pourra de nouveau envisager l’avenir avec davantage d’optimisme. Dans cas, comme je ne cesse de le répéter, la France dispose d’atouts suffisants (niveau d’épargne, de formation, expertise de nos ingénieurs etc.) pour redevenir un pays exportateur, ce qui se traduira immédiatement en termes d’emplois. C’est sur ce souhait que je vous souhaite une bonne et heureuse année 2013.

Michel Escatafal

 

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