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22/11/2012

Une crise de l'UMP bienvenue pour le gouvernement

François Bayrou a estimé que « la justice a la possibilité d'intervenir dans le fonctionnent interne des associations pour dire la réalité et le droit ». Voilà ce que j’ai lu ce matin sur le site web du Monde à propos du résultat des élections à l’UMP, et c’est effectivement une réflexion pleine de bon sens, qui permettrait de mettre (provisoirement) un terme à cette pantalonnade, qui ridiculise à la fois l’UMP…et la France. Il ne faudrait quand même pas oublier que l’UMP est le principal parti d’opposition dans notre pays, et que cette formation politique a exercé le pouvoir ces dix dernières années. C’est quand même ahurissant, et sans doute sans précédent, de voir un parti se déchirer à ce point, à travers quelques personnes appartenant chacune au camp d’un des deux protagonistes de cette affaire. Décidément N. Sarkozy aura tout raté dans sa présidence, à la fois pour lui, et pour son parti !

Certains, j’en suis sûr, vont m’écrire que je suis vraiment impitoyable envers l’ancien président, et que cela tourne à l’anti-sarkozysme primaire. A ceux-là, je réponds par avance que je réfute ce terme, parce qu’il a une connotation trop péjorative. Je ne connais N. Sarkozy qu’à travers son action politique, mais cela est largement suffisant pour devenir un opposant, ce qui signifie que je ne juge l’ancien président que sur ses résultats. Et force est de constater qu’ils sont aussi désastreux pour la France que pour son parti, l’UMP.  Manifestement, il n’a songé au cours de ses cinq années de présidence, qu’à valoriser son image personnelle au détriment de tout le reste. C’est cela le vrai bilan de N. Sarkozy, et tout le reste ce ne sont que billevesées.

Les problèmes du pays, nous les connaissons, et on peut les résumer par une baisse très forte de notre compétitivité, laquelle se traduit par un déficit commercial considérable, et par une grave détérioration des finances publiques, sans parler évidemment des clivages sociaux exacerbés, résultante de phrases malheureuses envers les corps sociaux ou certaines catégories de Français. Dit autrement, pendant cinq ans, on a eu l’impression qu’on opposait les Français les uns aux autres, en s’imaginant qu’on allait au devant des attentes d’une majorité de citoyens. Cela s’est avéré faux, dans la mesure où la première préoccupation des habitants de notre pays est le chômage. Et les mouvements d’humeur de certains Français, par exemple vis-à-vis des immigrés, sont le plus souvent dus à l’augmentation du chômage plus qu’à toute autre considération. Voilà pour la France !

Passons maintenant à l’UMP qui, je dois l’avouer, m’importe peu, même si je pense qu’il n’est pas sain dans un pays démocratique de n’avoir pas un solide parti d’opposition. Mais la France est un pays assez particulier sur ce plan, parce que des oppositions il y en a partout et sous toutes les formes. Il suffit de voir ce qui se passe à gauche, où un parti ayant deux de ses membres dans le gouvernement, se permet d’empoisonner la vie du gouvernement et de mobiliser des milliers de manifestants, à un moment où le gouvernement est contraint de prendre des mesures difficiles et très impopulaires. Et les écologistes, puisque c’est d’eux dont il s’agit, ne sont pas seuls dans leurs luttes, puisque le Front de Gauche essaie lui aussi d’exister, hors du gouvernement, en proposant des solutions pour sortir de la crise datant des années 60 ou 70, un peu comme si le monde n’avait pas changé depuis cette époque.

Fermons cette longue parenthèse, pour dire d’abord que l’UMP n’est pas un parti ayant la culture démocratique des élections pour désigner son président. J’allais dire son chef, parce que jusqu’à présent ce parti issu du gaullisme, même s’il n’a plus rien à voir avec le général de Gaulle, avait le culte du chef. Autrefois, il y avait le général de Gaulle, puis Georges Pompidou, Jacques Chirac et enfin N. Sarkozy. J.F. Copé se voyait bien revêtir cet habit…si les élections n’avaient pas été le passage obligé pour s’emparer de l’UMP. Il aurait aussi pu le revêtir s’il avait gagné de deux ou trois mille voix ces élections. Ce n’est certes pas beaucoup sur plus de 170.000 votants, mais c’est suffisant pour remporter une victoire qui ne soit pas contestable. Mais gagner de 98 voix, après s’être autoproclamé vainqueur la veille avec mille voix d’avance, c’est trop limite pour ne pas susciter de confusion.

Il y a aussi la personnalité de J.F. Copé, qui fonce sur tout ce qui bouge et qui, comme N. Sarkozy, est fatalement clivant y compris parmi les adhérents de sa famille politique. Et il l’a été d’autant plus qu’il avait en face de lui un adversaire certes déterminé, mais valant surtout par la combattivité de ses plus ardents supporters (Valérie, Pécresse, Eric Ciotti, Christian Estrosi, Laurent Wauquiez…). D’ailleurs, dans un premier temps, l’ancien Premier ministre a paru s'avouer vaincu assez facilement, avant le retour de flamme hier de ses lieutenants, infiniment plus déterminés. Cette attitude de F. Fillon est d’ailleurs tout à fait dans sa nature, sinon il n’aurait jamais accepté d’être un Premier ministre « consort » pendant cinq ans.

Le plus curieux aussi dans ce combat des chefs, est que chacun dans son camp a marié la carpe et le lapin. F. Fillon, considéré par certains comme un modéré, avait dans ses rangs des soutiens aussi dissemblables qu’Eric Ciotti et François Baroin. Et cela a beaucoup nui à son image, beaucoup plus qu’à celle de J.F. Copé qui, comme N. Sarkozy, passe pour un attrape-tout. La preuve, personne n’a jamais souligné pendant la campagne pour la présidence de l’UMP, le mélange hétéroclite représenté par une association de gens comme J.P. Raffarin ou Luc Chatel et des gens venus ou proches des idées du Front National. Sur ce plan, J.F. Copé ressemble à N. Sarkozy, lequel ne s’embarrassait de ce genre de considérations.

Un dernier mot enfin, car je ne veux pas jouer les commentateurs politiques, d’autant que depuis hier on ne parle que de cette guerre à l’UMP. Simplement je veux souligner que pendant ce temps notre pays reste confronté à tous ses problèmes, et j’en arrive à me dire que cette bataille sauvage arrive finalement au bon moment. En effet, c’est peut-être l’occasion pour F. Hollande de mettre avec un minimum de tranquillité la dernière main aux mesures de redressement du pays, notamment sur l’évolution du marché du travail, et sur une vision  plus réaliste vis-à-vis de l’exploration de notre sous-sol. Rien que pour cela je ne suis pas du tout malheureux de ce qui se passe à l’UMP. Après tout, si César avait beaucoup réfléchi, jamais il n’aurait franchi le Rubicon. A contrario, si Hannibal avait foncé sur Rome après Cannes en Apulie, il s’en serait emparé sans grande difficulté. Voilà deux exemples qui montrent qu’il faut battre le fer tant qu’il est chaud ! Bonne journée à tous.

Michel Escatafal

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