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14/11/2012

Une conférence de presse de bonne facture

François Hollande « a été à la hauteur de la fonction, il a été précis, maîtrisé dans son expression et montrant sa connaissance des sujets qu'il abordait et donc au bout du compte convaincant ». Qui a dit cela ? Un ministre, un membre du Parti socialiste ? Non, François Bayrou. Pour ma part je suis satisfait de cette réaction du leader du MoDem, beaucoup plus en tout cas que quand il compare les qualités respectives de J.F. Copé et F. Fillon, tous deux candidats à la présidence de l’UMP. Pour ma part je pense que les deux hommes ont des idées quasiment identiques, et je ne saurais les différencier. Ils sont tous deux dans l’opposition, alors qu’ils y restent le plus longtemps possible, après avoir occupé les premiers rôles du pouvoir pour les résultats que l’on connaît! D’ailleurs, F. Hollande a bien fait de le rappeler hier soir dans sa conférence de presse, même s’il n’en a pas rajouté…ce qui tranchait avec les attitudes de son prédécesseur, jamais avare de petites phrases à destination de ses adversaires ou contradicteurs.

Tout cela pour dire que j’ai trouvé cette conférence de presse de bonne facture, avec un président de la République, à la fois réaliste sur les difficultés de l’heure, héritées de dix ans de pouvoir UMP, et confiant sur l’avenir en raison des mesures courageuses prises ou annoncées. Plus intéressant encore, F. Hollande s’est inscrit dans une ligne résolument social-démocrate, certes un peu éloignée de certaines promesses faites pendant la campagne électorale, mais qui ne peuvent que conforter la confiance des prêteurs vis-à-vis de notre pays (ce matin le taux à 10 ans est de 1.82%, et celui à 3 ans est de 0.13%, tout près de celui de l’Allemagne redevenu négatif). Et chacun sait que cela est important, même si cela ne fait pas les gros titres de la presse, car un ou deux points de plus en ce qui concerne les taux auxquels nous sommes obligés d’emprunter, représentent un certain nombre de milliards supplémentaires à trouver dans le budget…sauf évidemment à laisser filer les déficits. Mais de cela F. Hollande ne veut pas entendre parler, et je crois que cette volonté affichée de remettre de l’ordre dans les finances publiques est pour beaucoup dans cette confiance que nous accordent les marchés…en rappelant que ceux-ci sont incontournables tant que nous aurons des déficits, ce que certains font semblant de ne pas comprendre.

Parmi ceux-là, il y a la gauche de la gauche, mais il faut bien que J.L. Mélenchon et ses amis essaient d’exister après leurs déconvenues électorales! Mais plus encore, il y a les principaux responsables de l’UMP, de plus en plus ridicules dans leur opposition systématique à toute proposition du président de la République. En effet, entre les commentaires de J.F. Copé, ceux de F. Fillon ou de ceux de J.L. Borloo, le vassal UDI, c’est à qui sera le plus déraisonnable. A qui donner la palme ? A F. Fillon qui affirme que « plus le temps passe, plus la crise s’aggrave » et « qu’il n’y a plus personne pour éteindre l’incendie de la crise »…ce qui ne veut rien dire ? A l’ennemi préféré de l’ancien Premier ministre de N. Sarkozy, J.F. Copé, qui a seulement retenu, semble-t-il, que F. Hollande persistait dans « le mensonge », alors que justement il s’est efforcé de ne pas nier la réalité ? Reste l’ineffable J.L. Borloo, qui a été frappé de voir F. Hollande annoncer que « le chômage va encore augmenter pendant un an ».

Mais d’abord si la situation est ce qu’elle est, c’est la faute à qui ? A F. Hollande au pouvoir depuis quatre mois et demi (après en fait les élections législatives de juin) ? Certainement pas. Donc à F. Fillon, Premier ministre pendant cinq ans, mais aussi à celui qui a tout fait pour le remplacer et qui a été numéro deux du gouvernement pendant quatre ans, je veux parler de J.L. Borloo, sans oublier J.F. Copé, à la fois ministre et patron de l’UMP entre 2002 et 2012 ? Oui, c’est eux qui ont mené ou laisser mener le pays dans les difficultés financières et économiques qu’il est en train de vivre. C’est eux qui font la leçon aujourd’hui, mais qui malgré le démantèlement accéléré des services publics, avec des réductions considérables d’effectifs ont fait passer le poids de la dépense publique de 52% à 57% de la richesse nationale en France. Mais au fait, pourquoi F. Hollande devrait-il mentir aux Français en leur racontant que le chômage va baisser dès la fin de l’année, ce qui est tout à fait impossible ? Je pense même que l’on pourrait au contraire reprocher au président de la République de ne pas l’avoir affirmé clairement un peu plus tôt. En tout cas, ceux qui me lisent comprennent pourquoi je ne peux pas supporter l’idée d’une alliance, ni même d’une approche du MoDem avec l’UMP et la fantomatique UDI de J.L. Borloo.

Heureusement pour lui, le président de la République a été jugé beaucoup plus sérieusement par des personnalités comme Laurence Parisot, la patronne du Medef, qui a approuvé le fait que F. Hollande ait souligné « que la situation était grave », après avoir accueilli favorablement le Pacte sur la compétitivité. J’ai même entendu hier soir, sur une chaîne télé, l’ancien ministre F. Lefebvre avoir une attitude infiniment plus mesurée que celle de ses collègues UMP à propos de la conférence de presse du chef de l’Etat, preuve que quand on est candidat à rien il est plus facile d'être objectif. Bref, les responsables de l’UMP feraient mieux d’être un peu plus modestes dans les circonstances actuelles, et d’attendre d’avoir « mangé un peu d’opposition » pour de nouveau faire entendre leur voix, comme par exemple l’ont fait les socialistes espagnols après avoir été battu aux élections. C’est une attitude autrement plus responsable qu’accuser de tous les maux un pouvoir qui ne l’exerce réellement que depuis moins de cinq mois !

Un dernier mot enfin, pour souligner la manière dont le président de la République a « calmé le jeu », suite à la déclaration tonitruante de Manuel Valls à l'Assemblée, peu avant la conférence de presse, le ministre de l’Intérieur n'ayant manifestement pas résisté à la pression exercée par les députés UMP. En tout cas, et je n’en ai jamais fait partie, ceux qui le voyaient déjà à Matignon en sont pour leurs frais, et cela n’a pu que conforter J.M. Ayrault dans ses fonctions. D’ailleurs, dans l’état où se trouve le pays, il vaut mieux une présidence apaisée, avec un Premier ministre encaissant les coups sans broncher, surtout avec l’agitation entretenue par la présidence Sarkozy, et par le comportement d’une opposition qui n’a pas encore compris que c’est F. Hollande qui a gagné l’élection présidentielle, et que l’Assemblée nationale est majoritairement socialiste. Cela dit, même si les députés UMP ont eu raison de s’indigner des propos de Manuel Valls sur le « retour du terrorisme », j’ai quand même trouvé incongrues les menaces physiques de certains députés, ce qui montre à quel point leur campagne pour la présidence de l’UMP a pris le pas sur toute autre considération. Heureusement, dimanche prochain cet épisode interminable, auquel les Français sont presque totalement indifférents, sera terminé. Ouf !

Michel Escatafal

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