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09/11/2012

Les leçons à tirer pour F. Hollande de la réélection de Barack Obama

Cette fois c’est fait : Barack Obama est réélu à la présidence des Etats-Unis, ce qui n’est une surprise que pour ceux qui étaient ses détracteurs. Au passage, on pourra voir « la justesse » des observations d’Alain Juppé, soi-disant « le meilleur » des UMP, qui prétendait que si N. Sarkozy avait été battu le 6 mai, c’est parce que tous les dirigeants des pays frappés par la crise étaient victimes de cette crise. Et bien Barack Obama a apporté le plus cinglant démenti à cette théorie, en l’emportant assez largement, du moins en nombre de grands électeurs, seule chose qui compte pour le résultat. Cela dit, même en nombre de voix sur le plan national, le président réélu avait une légère avance. Tout cela pour dire que Barack Obama est « bien » réélu, et non grâce à un vote de la Cour Suprême. Il va maintenant pouvoir s’attaquer à faire, dans les quatre ans à venir, ce qu’il n’a pas pu faire jusque-là, même si la tâche sera rude parce qu’il va devoir tenir compte d’une Chambre des représentants républicaine. Mais je fais confiance au charisme et au savoir-faire du président, et aussi au patriotisme américain, surtout en début de mandat.

Au fait, je lis un peu partout sur les sites web des journaux que si B. Obama a gagné, c’est grâce au vote des minorités, des suffrages des femmes et des jeunes dans leur ensemble. Et alors ? Tous ces gens ont le droit de vote et ils l’expriment, et je comprends que les uns et les autres aient pu être tentés par le vote Obama plutôt que par celui de Romney, dont le moins que l’on puisse dire est qu’il ne pouvait guère faire rêver grand-monde avec ses prises de positions, ou celles de ses amis, sur des sujets tels que l’avortement ou l’immigration, sans parler de la politique étrangère. C’est d’ailleurs un peu ce qui s’est passé en France, où N. Sarkozy et l’UMP ont été battus aux dernières élections parce qu’ils ne pouvaient apporter aucun espoir de renouvellement dans la vie politique et sociétale de notre pays. A ce propos, il suffit  de voir combien l’UMP est vent debout contre le mariage homosexuel pour s’en convaincre, mais ce n’est pas le seul sujet, loin de là (cumul des mandats, proportionnelle aux élections législatives etc.) !

Evidemment, il y en aura toujours pour dire que ces sujets de société sont plus faciles à régler (si l’on veut !), que réussir à assurer le redressement économique du pays dans un contexte extraordinairement délicat, tellement délicat que F. Hollande et ses amis n’avaient sans doute pas pris la pleine mesure de l’état dans lequel se trouve le pays en cette année 2012.  Oh certes, il y avait les chiffres, mais je suis persuadé qu’ils n’imaginaient pas à quel point ce serait difficile. Déjà, il y a la déferlante de plans sociaux depuis quatre ou cinq mois, avec à chaque fois des centaines ou des milliers d’emplois supprimés. Ensuite il y a l’état réel des finances publiques et du déficit commercial, que l’on connaissait certes, mais quand on est confronté au problème, on a l’impression qu’on est vraiment face à un mur, tellement il y a de choses à faire. N’oublions pas que si la France avait réussi à conserver au cours des dix dernières années ses parts de marché à l’exportation, nous aurions  un excédent de notre commerce extérieur et non 70 ou 75 milliards de déficit…ce qui fait une sacrée différence. Et ce que j’écris là n’a rien de polémique, puisque la Direction du Trésor a estimé récemment que la part de la France dans les échanges mondiaux était passée entre 2003 et 2011 de 4.9% à 3.3%, ce qui est tout simplement insupportable. Et après on entendra des gens comme Valérie Pécresse, F. Fillon ou J.F. Copé faire la leçon au gouvernement ! Et le pire est que nous avons payé et payons tout cela en centaines de milliers d’emplois supprimés dans l’industrie, parce qu’on a préféré faire des cadeaux fiscaux (à crédit !) plutôt qu’aider à l’innovation et à la spécialisation de l’industrie française.

Cela dit, à quelque chose malheur est bon, si j’ose dire. Cette fois F. Hollande semble avoir compris qu’il fallait vraiment se mettre au travail pour redresser la situation de la France, ce qui n’a pas été fait au cours des dix dernières années avec l’UMP au pouvoir, et plus encore entre 2007 et 2012. Et j’ai la faiblesse de croire que « le boulot sera fait », en espérant que les Français en sauront gré au président de la République. Oh certes, je ne suis pas un inconditionnel de F. Hollande, mais force est de reconnaître qu’il a pris le défi de la compétitivité à bras-le-corps, ce qui est la meilleure nouvelle qui pouvait arriver à notre pays. Au passage, j’observe que la présidente du Medef, Laurence Parisot, que personne ne soupçonnera d’être parmi les supporters de F. Hollande,  a qualifié les mesures annoncées de "chance pour l’économie", même si elle a avoué qu’il fallait "être prudente" en attendant la prise effective de toutes les décisions annoncées, ce qu’elle a traduit par "un enthousiasme mesuré" après les annonces faites par le Premier ministre sur le « pacte de compétitivité ».

Le plus amusant, ou plutôt le plus triste, est que l’UMP et le Parti communiste sont devenus des alliés objectifs contre la politique initiée par le gouvernement, notamment sur la question de la compétitivité. L’UMP parce qu’elle voit bien que le gouvernement actuel fait ce qu’elle n’a pas eu le courage de faire, et le Parti communiste parce qu’il veut ménager les quelques électeurs qui lui restent, d’autant que J.L. Mélenchon essaie de les récupérer pour lui-même. Voilà la triste opposition politique qui nous est offerte, avec d’un côté des gens qui reprochent à F. Hollande et son gouvernement de ne pas appliquer intégralement les préconisations du rapport Gallois, alors qu’eux ont rangé dans les tiroirs le rapport Attali, qui disait en gros la même chose, et de l’autre côté des gens qui n’ont toujours pas compris que la France n’était pas un îlot isolé au milieu de la planète.

Un dernier mot enfin : j’espère que le gouvernement ira au bout de sa démarche, quitte à y laisser des plumes sur le plan électoral dans les élections intermédiaires, au demeurant trop nombreuses. Après tout, à part les « barons » qui pourraient être privés de leurs fiefs électoraux, F. Hollande et l’Assemblée nationale ont été élus pour cinq ans, et d’ici 2017 il y a possibilité de faire de grandes choses pour redonner à notre pays une véritable place à l’industrie, ce qui voudrait dire, s’il y parvient, que notre pays recommencera à créer des emplois dans les deux ou trois ans qui viennent. Or, c’est à cela que les Français jugeront le président de la République et son Assemblée, comme en témoigne la réélection de Barack Obama, ce dernier ayant dû en partie son élection au fait que les créations d’emplois retrouvaient une vigueur aux Etats-Unis depuis quelques mois. Et s’il y avait besoin d’un autre exemple, il y aurait aussi celui de Gerhardt Schroeder, que tout le monde jugeait écrasé par Angela Merkel aux élections allemandes de 2005…et qui a quasiment eu autant de voix avec son parti, le SPD (34.3%), que la future chancelière avec la Démocratie Chrétienne (35.2%). Pour être réélu, F. Hollande n’aura même pas besoin d’aller aussi loin que G. Schroeder dans ses réformes. C’est même à souhaiter, car la situation de l’Allemagne n’est pas aussi exemplaire que certains veulent bien le dire.

Michel Escatafal   RépondreSignaler ce commentaire

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