Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

11/10/2012

L’Europe est une chance pour les pays de la zone euro

Décidément on n’a jamais autant entendu F. Fillon que depuis qu’il n’est plus Premier ministre. Jusqu’au 6 mai, en effet,  il semblait comme aux abonnés absents. On ne le voyait pas, on ne savait pas exactement ce qu’il faisait, bref ce n’était pas le chef du gouvernement, mais plutôt, comme l’avait dit N. Sarkozy lui-même, « un collaborateur » pour le président. Tout au plus en lisant le Canard Enchaîné, on pouvait apprendre que F. Fillon était parfois exaspéré d’apprendre certaines choses après d’autres « collaborateurs », mais cela ne pouvait être su que de quelques personnes s’intéressant réellement à la politique. En revanche depuis qu’il n’est plus Premier ministre, et qu’il s’est trouvé un point de chute à Paris pour se faire élire député, et surtout depuis qu’il est candidat à la présidence de l’UMP, on le voit partout et il ne cesse de parler. Quelle métamorphose !

Problème, F. Fillon fera peut-être oublier  son passé de Premier ministre transparent, qui s’est toutefois beaucoup battu pour le rester, notamment contre J.L. Borloo le centriste avec qui voudraient travailler certains au MoDem, mais il ne pourra pas occulter le bilan calamiteux de l’équipe qu’il était censé diriger. Alors c’est vrai que le voir traiter F. Hollande de « monument d’amateurisme, d’irresponsabilité et de mauvaise foi » relève plutôt de la galéjade, surtout venant de quelqu’un qui a déclaré qu’il « était à la tête d’un état en faillite » alors qu’il a accepté sans sourciller tous les dispositifs fiscaux, dont  n’importe quel économiste sérieux savait qu’ils allaient creuser les déficits, d’autant que nous étions à cette époque à l’orée d’une crise dont tout le monde pressentait qu’elle serait particulièrement grave. Bref, si quelqu’un a fait preuve d’amateurisme ou pire encore de naïveté c’est bien lui, F. Fillon, et pas forcément ceux qui ont récupéré le pouvoir.

Voilà pour les affaires franco-françaises, dont le moins que l’on puisse dire est qu’elles auront énormément de mal à évoluer favorablement à court terme, tellement la situation est obérée entre des déficits et un endettement sans précédent, une croissance atone, et des plans sociaux par centaines qui ne peuvent que jeter hors du marché du travail des milliers de salariés. N’oublions tout de même pas que cela fait à peine trois mois et demi que F. Hollande et J.M. Ayrault ont en charge les destinées du pays, en fait depuis les élections législatives. Si je fais ce rappel une nouvelle fois, c'est parce que tout le monde semble l'oublier! Je rappelle aussi que, malheureusement, la France  est sous la surveillance des agences de notation…et qu’il faut bien en tenir compte. Et ce ne sont pas les Espagnols qui vont nous dire le contraire, eux qui sont de plus en plus étranglés par des taux d’intérêt prohibitifs, et qui viennent d’être dégradés par l’agence Standard and Poor’s, au point de se retrouver quasiment dans la catégorie  des emprunteurs spéculatifs.

Il est vrai que l'Espagne, à l’image des Etats-Unis, a longtemps eu une impression de richesse provoquée par l’inflation des actifs immobiliers et même financiers, cette inflation étant encouragée par le développement des nouveaux produits financiers mis en circulation. Problème, ces pays ont négligé les comportements d’épargne, celle-ci étant en revanche trop importante dans un pays comme la Chine. Elle l’est aussi dans une moindre mesure en France, parce que les Français ont cet avantage dont j’ai souvent parlé, consistant à savoir épargner davantage que la plupart des ménages des autres pays développés. C’est d’ailleurs dommage que les Français n’aient pas davantage confiance en ce moment, parce qu’ils auraient un comportement un peu plus dépensier. Cela permettrait à nos entreprises présentes essentiellement sur le marché national d’investir davantage, et de faire rentrer de la TVA, même si l’on sait bien que nombre de produits consommés proviennent de l’étranger. Cela dit, à quelque chose malheur est bon, les agences de notation connaissent la situation de l’épargne française…et elles en tiennent compte.

Je voudrais à ce propos en profiter pour dire deux mots de l’objet de la notation des entreprises ou des Etats, en précisant qu’il s’agit de porter une appréciation sur le risque de défaut de remboursement rattaché à un emprunt ou à l’ensemble des emprunts émis par un émetteur donné. Et ce risque a naturellement son importance dans la prise de décision du prêteur. Et dans le cas des Etats, la perspective est un élément très important, dans la mesure où elle a pour but d’indiquer l’évolution potentielle des notes dans les deux ou trois ans à venir, avec évidemment toutes les incertitudes liées à la conjoncture mondiale. C’est la raison pour laquelle il est tellement nécessaire pour la France d’afficher haut et fort son désir de revenir à 3% de déficit par rapport au PIB en 2013. A contrario on comprend aisément que la France n’ait pu maintenir son triple A auprès de toutes les agences de notation, en raison entre autres des incertitudes politiques que notre pays connaissait fin 2011.

A cette époque en effet, la France avait le choix entre faire confiance de nouveau à N. Sarkozy, dont le moins que l’on puisse dire est qu’il n’avait pas donné de gages sérieux depuis 2007 en ce qui concerne les déficits et l’endettement du pays, ou alors changer de président et de majorité avec les interrogations que pouvait susciter une campagne électorale et les promesses qui allaient avec, même s’il faut reconnaître que F. Hollande n’en a pas fait beaucoup. En outre, cette inquiétude était d’autant plus palpable en janvier-février que l’on devait tenir compte de la montée dans les sondages de l’encombrant J.L. Mélenchon. Autant d’éléments qui expliquaient la différence historique entre les taux allemands et français, différence qui s’est beaucoup atténuée depuis le mois d’avril. Ce midi, les taux à 10 ans étaient de 1.35% pour l’Allemagne et de 1.93% pour la France. En revanche si les taux italiens sur la même durée se situaient à 4.87%, les taux espagnols dépassaient largement les 6% (6.19%).

Dans le même ordre d’idées, il faut aussi savoir que ces taux ont une influence sur le financement de l’économie en général, donc des entreprises. Il suffit d’ailleurs de voir quels étaient fin août  les intérêts demandés aux PME, pour des prêts de moins de un million d’euros avec une durée de cinq ans. Les entreprises portugaises payaient dans ce cas 7.8% d’intérêt, contre 6.6% aux entreprises espagnoles, 5.8% aux entreprises italiennes, et seulement 4% aux entreprises françaises et 3.8% aux entreprises allemandes. A noter au passage que je n’ai pas parlé des taux de la zone euro (4.2%), pour la simple raison que ceux-ci sont tirés vers le bas par les deux grands pays de la zone. Voilà pourquoi il était tellement essentiel de voter le traité européen, n’en déplaise à tous les pourfendeurs de la nécessaire coordination des politiques économiques dans la zone euro. Au fait est-ce que les gens qui défilent ou crient avec le Front National ou le Front de Gauche se rendent compte que notre pays est, qu’on le veuille ou non, dépendant de ce qui se passe en Europe et dans le monde ? A quel niveau seraient les taux français si nous n’étions pas protégés par le fait d’appartenir à la zone euro, dont le poids économique en termes de richesses produites dans le monde est le second après celui des Etats-Unis (19.1%). A noter qu’avec 14.3% du PIB mondial, la zone euro a une part trois fois plus importante que celle du Japon (5.6%) et cinq fois celle de la Grande-Bretagne.

Michel Escatafal

 

 

Les commentaires sont fermés.