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13/09/2012

F. Hollande ne doit pas se préoccuper des sondages d'opinion

J’avoue que depuis quelque temps la vie politique me passionne moins, peut-être d’ailleurs parce qu’après un an où l’on n’a pas cessé de parler de ça, on est quelque peu lassé. Et nous le sommes d’autant plus que les élections sont passées, et que nous devrions attendre un peu avant de commencer à évoquer le bilan du nouveau pouvoir. Bien sûr que F. Hollande ne fera pas intégralement tout ce qu’il a dit qu’il ferait, mais c’est le lot de tous les présidents élus en France et ailleurs. Le bilan ne peut pas se juger sur cela, mais sur le fait de savoir au bout d’un certain temps si le pays vit mieux qu’auparavant, notamment sur le plan économique et social.  Mais aussi, si notre pays se redresse sur le plan des finances publiques, en prenant les mesures adéquates pour mettre un terme à la spirale de l’endettement, telle que nous la connaissons depuis 2008.

Si le gouvernement atteint à peu près ces objectifs, il aura gagné. Dans le cas contraire, il aura perdu : c’est aussi simple que ça, et les journalistes des multiples chaînes d’info devraient le savoir, au lieu d’étudier sans cesse telle ou telle action ou posture du président de la République et des membres du gouvernement, ces derniers devant apprendre à choisir entre l’essentiel et le futile. Si je dis cela c’est parce qu’à en croire le Canard Enchaîné, il est désolant de voir des ministres se battre pour une place dans la cour de l’Immeuble du ministère des Finances à Bercy. Le redressement du pays mérite mieux que cela, et les ministres devraient le savoir ! J’espérais quand même que ces dames et ces messieurs ne se comporteraient pas de la sorte.

Passons, et parlons à présent d’un autre problème infiniment plus sérieux, à savoir l’approbation du M.E.S. (mécanisme européen de stabilité) par référendum. Personnellement je suis effrayé à l’idée que certains partis ou mouvements politiques puissent demander un référendum sur un sujet pareil. Certes le référendum est le mode d’expression permettant au peuple de se prononcer sur tout projet de loi portant sur l’organisation des pouvoirs publics, mais aussi dans le cas de ratification d’un traité ayant des incidences sur le fonctionnement des institutions. Problème, si sur certains sujets la question est relativement simple à énoncer, du type « êtes vous ou contre le retour au septennat », en revanche sur un sujet comme le Traité Constitutionnel européen ou aujourd’hui sur le M.E.S., la réponse est loin d’être évidente….pour des individus qui n’ont pas lu la première ligne du texte auquel il leur faut dire oui ou non. Et ce ne sont pas les explications des personnalités politiques pendant la campagne électorale qui peuvent aider les électeurs à se faire une opinion, dans la mesure où ces personnalités politiques contribuent généralement à  obscurcir encore un peu plus le débat. L’exemple de 2005 à propos du Traité constitutionnel est encore présent à l’esprit de tous ceux qui veulent bien faire l’effort de s’en rappeler !

Certains vont s’étonner que je n’aie pas davantage confiance en la sagesse populaire. A ceux-là je réponds que c’est effectivement le cas sur pareil sujet, même si les Irlandais ont démontré que le peuple sait parfois réagir dans le sens souhaitable en raison des  réalités économiques. Je rappellerais toutefois que si les Irlandais ont dit oui à ce mécanisme européen de stabilité en juin dernier, ils l’ont fait sous la pression des évènements, dans la mesure où cela garantissait pour l’Irlande, en proie à d’énormes difficultés financières, l’accès à ce dispositif en cas de nécessité, c’est-à-dire si l’Etat irlandais ne pouvait plus lever de fonds sur les marchés financiers à des conditions acceptables. Cela dit, même en expliquant cela très simplement, est-ce que les Français interrogés par référendum répondraient bien à cette question ? Je ne le crois pas,  dans la mesure où nombre de politiciens y verraient un moyen de mettre en difficulté le gouvernement, ce qui transformerait cette consultation en une sorte de plébiscite pour ou contre F. Hollande et sa majorité. Et je ne crains pas d’employer le mot plébiscite qui, précisément, a été un des motifs pour lesquels les constitutions de la Troisième et de la Quatrième République ne comportaient pas ce type de consultation, qui apparaît étroitement lié au populisme, même si le Quatrième République en prévoyait l’usage pour les révisions constitutionnelles.

Et puisque j’ai évoqué l’histoire avec la Troisième et la Quatrième République, cela me fait penser à ce que je disais dans mon propos initial, relatif au comportement du président de la République une fois élu. Certains ont l’air de s’offusquer parce que F. Hollande s’occupe des affaires du Parti socialiste, alors qu’il assurait avant son élection qu’il n’en serait pas ainsi, mais les mêmes oublient que F. Mitterrand lui-même avait pris à plusieurs reprises des décisions à l’encontre de ce qu’il affirmait quand il était dans l’opposition au général de Gaulle, en se ralliant par exemple à la doctrine du général, concernant la révision constitutionnelle au moyen du référendum législatif. F. Hollande n’en est pas encore là,  mais nul ne doute qu’il évoluera dans ses idées comme dans ses attitudes au fur et à mesure qu’il avancera dans l’action. Quoi de plus normal d’ailleurs ?

En plus la situation du pays est telle qu’il lui sera impossible de ne pas prendre certaines mesures touchant au droit du travail, ou à l’amaigrissement de l’Etat, ce qui n’est pas incompatible avec les nécessaires hausses d’impôts déjà décidées. Cela dit, il ne faut pas non plus que F. Hollande commence à avoir l’œil rivé sur les sondages d’opinion, parce que le travail qu’il a entrepris et qu’il semble vouloir mener à son terme sera nécessairement impopulaire aux yeux des Français, d’autant que la presse se chargera de souligner que la rigueur ne faisait pas nécessairement partie de son programme électoral, même s’il n’avait pas promis grand-chose, comparé à N. Sarkozy en 2007 et cette année. En revanche, s’il réussit à redresser le pays en maintenant la cohésion sociale, sa probabilité de réélection sera d’autant plus vraisemblable que le bilan de la droite, entre 2002 et 2012 et plus encore entre 2007 et 2012,  aura été marqué comme jamais par le recul de la puissance de notre pays.

Michel Escatafal

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