10/05/2012

Un nouveau président très attendu...

Un quinquennat vient de s’achever, un autre commence! J’en profite pour dire à mes fidèles lecteurs, toujours plus nombreux, qu’après avoir écrit 649 articles depuis 2007, j’ai décidé de continuer sur ma lancée, et de leur offrir une ou deux fois par semaine le fruit de mes réflexions sur la vie politique en France et dans le monde. Des réflexions venant de quelqu’un qui n’a jamais eu réellement d'ambition politique, mais qui a toujours analysé les évènements avec le prisme de l’amateur d’histoire qu'il a toujours été, et avec la lucidité de celui qui a toujours travaillé dans une grande entreprise au service de l’économie du pays.

Fermons la parenthèse à présent, et parlons immédiatement du nouveau quinquennat, en notant tout d’abord qu’il démarre sur les chapeaux de roue. Non pas comme le précédent, heureusement, où l’on a brassé beaucoup de vent, où l’on voulait « tout casser », où l’on était parti se reposer sur le yacht d’un grand industriel, mais plutôt sur la prise en compte immédiate des multiples dossiers qui attendent le président élu. A ce propos, il faut noter qu’à l’UMP on a quand même beaucoup de mal à accepter l’alternance, contrairement à ce que l’on essaie de nous faire croire. Certes, ce sont surtout des francs-tireurs que l’on entend, mais c’est un signe qu’à droite on considère que le pouvoir leur appartient.

Et ce qui me gêne le plus, c’est ce que je lis sur certains forums, où personne ne semble outré par les propos de la maire d’Aix-en-Provence qui refuse de reconnaître le résultat de l’élection présidentielle. Au fait, comment aurait-elle réagi si quelqu’un avait contesté son élection à la mairie aixoise ? Cela étant, l’ancien ministre des Finances, François Baroin, avait bien osé déclarer que la gauche avait pris le pouvoir « par effraction » en 1997. Hélas, dans certains cas l’exemple vient d’en haut, et c’est sans doute pour cela que cette élue d’Aix-en-Provence s’est crue autoriser de parler d’élection illégitime, même si elle s’est ridiculisée devant ses concitoyens aixois, donnant de sa ville une image très négative. Et que dire de Nadine Morano, qui déplorait à la Bastille la présence de « drapeaux étrangers », alors que ceux qui y étaient s’étonnaient que l’on puisse parler ainsi parce que que leur nombre était insignifiant. Que dire enfin d’un ancien journaliste sportif, Pierre Salviac, qui a posté un tweet injurieux à l’égard de la compagne de F. Hollande et des femmes en général, sinon que ledit  Salviac a montré qu’il était aussi ignorant des bonnes manières que des règles du rugby à l’époque où, hélas, il commentait ce sport à la télévision.

Autre nouvelle qui en interpelle certains : le fait que le P.S. ne soit pas disposé à faire des cadeaux à F. Bayrou. Mais est-ce que F. Bayrou a réclamé une quelconque réciprocité de la part des socialistes, en disant qu’à titre personnel il voterait pour F. Hollande ? Réponse : NON. Dont acte, et personnellement je trouve cette situation parfaitement claire, sachant que F. Bayrou a plus de chances d’être élu député dans sa circonscription qu’on ne le croit. Pourquoi ? Tout simplement parce que son équation personnelle sera importante dans cette élection, ce qui signifie qu’il peut très bien se retrouver au second tour contre le candidat UMP, et que dans ce cas il sera élu sans problème, comme il le serait aussi en cas de triangulaire. Pour ma part, je n’imagine pas qu’il soit battu à cette élection. En tout cas, n’en déplaise à certains, le geste de F. Bayrou avant le second tour de l’élection présidentielle l’honore d’autant plus, qu’il savait que cela pourrait lui coûter cher au moment des élections législatives. Certains dirigeants de l’UMP ont manifestement du mal à comprendre qu’une personnalité politique puisse faire passer les valeurs au-dessus de toute considération personnelle. Voilà pour la rubrique cancans, à laquelle j’aurais pu ajouter la possible candidature à Hénin-Beaumont de J.L. Mélenchon contre Marine Le Pen, ce qui est une manière pour l’ancien sénateur socialiste d’exister entre l’élection présidentielle et les législatives.

Passons à présent aux choses plus sérieuses, pour noter qu’Angela Merkel a beaucoup de mal à digérer l’idée qu’elle n’aura plus N. Sarkozy à ses côtés dans l’avenir. Il est vrai que F. Hollande semble bien décidé à ne pas céder à tous les diktats de la chancelière, ce qui autorise cette dernière à vouloir à tout prix marquer son territoire. Problème pour Angela Merkel, les faits semblent donner raison à F. Hollande, tant sur l’exigence de mesures de croissance que sur le retrait des troupes d’Afghanistan. Dans ce pays, les talibans sont de plus en plus à l’aise, et sans doute de plus en plus nombreux, comme en témoigne la manière dont ils se meuvent au milieu de la population afghane, et en Europe, les mesures d’austérité décidées un peu partout dans la zone euro entraînent une avalanche de pays en récession, ce qui à terme pourrait finir par impacter sérieusement la croissance…allemande.

Que peut faire le nouveau président français ? Certainement pas essayer de faire céder sur tout la chancelière allemande, mais plutôt obtenir plus que ce que de nombreux observateurs imaginent. En effet, on a demandé à la Grèce, l’Espagne et l’Italie d’énormes sacrifices budgétaires, sacrifices qui touchent de plein fouet les populations, mais aussi les entreprises, avec pour résultat la récession et la hausse du chômage. Or sans croissance, le chômage ne peut que croître et les finances publiques subir des pertes de recettes considérables qui, in fine, creuseront les déficits. Et même l’Allemagne n’échappera pas au phénomène dans la mesure où sa croissance est largement tributaire de ses ventes dans l’Union Européenne. Et une croissance zéro en Allemagne, voire une remontée du chômage en période électorale (élections au Bundestag en septembre 2013), cela ne peut que donner à réfléchir à la chancelière.

En tout cas, si des élections présidentielles avaient lieu en Grèce, F. Hollande serait élu au premier tour, tellement les Grecs comptent sur lui pour aider à dénouer une crise qui semble sans fin dans ce pays, au point de falloir revoter sans doute dans un mois pour tenter de trouver une majorité. Une majorité pour quoi faire ? Pour desserrer l’étreinte imposée par l’Allemagne et la Commission Européenne, sous peine de voir le pays sortir inéluctablement de l’euro. Or, si la Grèce sort de l’euro, pourquoi d’autres pays n’y seraient pas eux aussi obligés ? En fait, depuis deux grosses années que dure la crise grecque, le couple franco-allemand a accumulé les retards et les indécisions, avec le résultat que l’on connaît aujourd’hui. Preuve, si besoin en était, que N. Sarkozy a eu grand tort de faire du suivisme avec la chancelière allemande, laquelle a fini par se croire plus puissante qu’elle ne l’est en réalité, notre président se targuant de son côté de succès qui n’étaient en réalité que d’énormes échecs.

Espérons que F. Hollande saura jouer de ses qualités d’homme de compromis, pour permettre aux Etats de la zone euro de concilier à la fois le redressement indispensable des finances publiques, mais aussi des mesures significatives pour relancer la croissance en Europe, et éviter ainsi un éclatement de la zone euro qui serait catastrophique pour l’ensemble des économies européennes. Et oui, notre nouveau président pourrait avoir à jouer un grand rôle dans les mois à venir, raison de plus pour lui donner la majorité à l’Assemblée Nationale le mois prochain. Et puis ce serait aussi un beau message à envoyer aux Américains pour qu’ils choisissent de nouveau Barack Obama comme président, plutôt que revenir en arrière avec Romney, lequel est au moins aussi conservateur que l’était G.W. Bush. C’est dire !

Michel Escatafal

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