05/05/2012
Voter et faire voter François Hollande!
Aujourd’hui 5 mai 2012, c’est l’anniversaire de la mort de Napoléon 1er. Voilà le type même d’épisode de notre histoire qui ne fait pas la une des journaux, surtout aujourd’hui à la veille d’une élection tellement importante pour notre pays. Et pourtant cela fait 191 ans que Napoléon Bonaparte, devenu empereur des Français le 18 mai 1804, mais aussi roi d’Italie le 17 mars 1805, est mort à l’âge de 51 ans. Si je cite les titres d’empereur des Français et de roi d’Italie, c’est parce que les deux pays sont très étroitement liés depuis l’Antiquité, et parce que Napoléon est né d’extrême justesse français (le 15 aout 1769 à Ajaccio), puisque la Corse venait tout juste d’être rattachée à la France (15 mai 1768).
Napoléon, en fait, était déjà mort une première fois, le 30 octobre 1815, quand il débarqua sur un rocher de l’Océan Atlantique, à Sainte-Hélène. Cette première mort fut sans doute encore plus douloureuse que la suivante, parce qu’il savait qu’il avait mené son pays à la ruine et à la pire des humiliations. Il en avait déjà pris conscience à Fontainebleau, au moment de son départ pour l’Ile d’Elbe le 20 avril 1814 quand, faisant fi de son orgueil, il s’écria : « La France sans frontières quand elle en avait de si belles ! C’est ce qu’il y a de plus poignant dans les humiliations qui s’accumulent sur ma tête. La laisser si petite après l’avoir reçue si grande ».
Et c’est vrai que cette France, qu’il avait reçue de la République, était grande et était devenue le phare de l’humanité, même si elle était détestée par tous les autres gouvernements de la planète (Angleterre, Hollande, Autriche, Espagne)…parce que ceux-ci avaient peur du vent de liberté qui était en train de souffler sur l’Europe, et parce que la France avait la supériorité militaire sur tous les autres pays, ce qui lui conférait un avantage décisif. La République, avec ses Bleus (nom donné par les Vendéens aux soldats de la République à cause de la couleur de leur uniforme), avait donné à la France vingt-six nouveaux départements, ce qui augmentait sa population de presque neuf millions d’habitants, que le premier Empire lui fit perdre après avoir causé la mort de cinq millions d’hommes. Et à la suite des deux invasions de 1814 et 1815, la France perdit non seulement ses conquêtes de la République, mais encore Landau, Philippeville et Mariembourg qui lui appartenaient avant 1789.
Pourquoi dis-je tout cela, en évoquant la mort de celui qui reste le Français, et sans doute l’Européen, le plus connu dans le monde ? Parce qu’en donnant à ces souvenirs douloureux une publicité fréquente, on aurait détruit cette légende que nombre d’historiens ont qualifié de « maudite », et par voie de conséquence la possibilité des crimes et d’une certaine forme de tyrannie qui aboutirent à la troisième invasion de notre pays en 1870, sans oublier le soulèvement d’une partie de la population (la Commune de Paris) pendant un peu plus de deux mois entre mars et mai 1871, qui fit des dizaines de milliers de victimes. Pour mémoire, rappelons que ce soulèvement fut déclenché en grande partie par l’exaspération de ceux qui avaient le plus enduré et souffert du siège imposé par la Prusse, auquel ils avaient résisté avec énormément de vaillance et de courage, et à qui on venait d’imposer un armistice humiliant trois mois auparavant.
Et cela nous ramène à la situation que nous connaissons aujourd’hui dans notre pays, même si évidemment elle n’est pas comparable sur le plan institutionnel. Bien sûr nous avons le droit d’écrire ou de dire ce que nous voulons, mais sommes-nous pour autant en démocratie au sens où nos ancêtres l’entendaient quand ils se battaient pour leur liberté ? Quand on voit la propagande qui nous a été infligée par Nicolas Sarkozy et l’UMP depuis cinq ans, j’ai tendance à répondre par la négative. Y-a-t-il un seul jour dans l’année où nous n’avons pas été abreuvés par des informations vantant les mérites du président de la République, lui-même de facto chef du gouvernement ? Comment ose-t-il s’en prendre aujourd’hui aux médias, alors qu’il a été si bien servi pendant des années par ces mêmes médias ?
Au fait, quand un pouvoir s’en prend ainsi à la presse, n’est-ce pas un signe de dégradation sur le plan de la démocratie ? Mais le pire, si j’ose dire, c’est cette fin de campagne présidentielle que nous venons de vivre. Là, N. Sarkozy et ses amis de l’UMP y sont allés de bon cœur dans l’ignominie, ce qui explique d’ailleurs la seule position que pouvait prendre F. Bayrou quant à son vote à titre personnel pour F. Hollande. Un vote au passage qui, pour tardif qu’il soit, va sans doute contribuer à faire élire F. Hollande, au vu de l’évolution des sondages ces derniers jours. Certes, ce ne sont que des sondages, mais tous disent la même chose : les reports de voix du Front National sur N. Sarkozy sont de plus en plus nombreux, preuve s’il en était que les passerelles entre ces deux partis sont devenues très ténues.
Y-a-t-il une vraie différence entre ce que ne cesse de dire Marine Le Pen et ce que ne cesse d’énoncer N. Sarkozy, par exemple sur les immigrés et les frontières ? Des immigrés qui sont Français pour la plupart, même si certains s’évertuent à ne pas les considérer comme tels parce qu’ils ne s’appellent pas Marie, Pierre, René ou Eric. Et je ne parle pas des torrents de haine déversés sur la gauche et ses supposés drapeaux rouges du goulag à chaque déplacement du candidat sortant. Hier par exemple, le député-maire des Sables-d’Olonne est allé jusqu’à dire en hurlant : « le communautarisme anti-français ne vaincra pas ». Quelque part c’était un peu effrayant, comme est effrayante cette vision de foules en délire et électrisées applaudissant à tout rompre des mots qui sentent fort l’exclusion et la peur de l’autre. Quel contraste avec les foules qui ont soutenu F. Bayrou et F. Hollande, où régne à chaque meeting une bonne humeur communicative! Mais que diable, nous ne sommes pas en guerre civile ! Et puis, en démocratie, il est normal qu’il y ait une alternance. En tout cas, pour avoir suivi de près les dernières élections en Espagne, je n’ai jamais senti une telle violence latente.
Et le pire est que nombre de personnes en transes devant des discours qui ont l’odeur de la xénophobie, n’ayant à la bouche que le mot immigration, sont souvent dans des villes ou des villages où le nombre d’étrangers ou de personnes d'origine étrangère est très faible. Peut-être après tout qu'ils devraient vivre dans une petite ville cosmopolite comme la mienne (Saint-Claude dans le Jura), où je vis très heureux. Fermons la parenthèse, pour montrer à quel point est grande la proximité entre le Front National et l’UMP sur des sujets comme l'immigration. Et qu’on ne vienne pas me dire que l’UMP est diverse, parce que finalement tout le monde a accepté le discours de Grenoble, comme tout le monde assiste avec enthousiasme aux meetings de N. Sarkozy, à l'exemple de J. Arthuis aux Sables- d’Olonne, ce qui prouve qu’il n’aurait jamais dû se retrouver au premier tour de cette élection présidentielle avec F. Bayrou.
Voilà, je préfère m’arrêter là, car tout cela est bien attristant. Et même si F. Hollande finit par l’emporter, on peut quand même s’interroger sur le fait que 48 ou 49% de Français puissent voter pour un président comme N. Sarkozy, qui a accumulé les échecs dans tous les domaines, mais qui va finalement réaliser un score élevé…uniquement parce qu’il aura tenu des discours quasiment identiques à ceux du Front National sur les sujets de société. En tout cas, j’espère surtout qu’il n’y aura pas de mauvaise surprise demain soir, parce que notre pays n’y survivrait pas. Peut-on imaginer un instant ce que donnerait un N. Sarkozy réélu, avec un Front National qui va être présent dans nombre de triangulaires…ce qui laisserait à la gauche de grandes chances d’avoir la majorité à l’Assemblée ? Je préfère ne pas y penser, car N. Sarkozy n’est ni F. Mitterrand, ni Jacques Chirac. Alors votons et faisons voter F. Hollande demain, et qui sait si F. Bayrou et le MoDem n’auront pas, en cas de victoire socialiste, un rôle important à jouer ?
Michel Escatafal
11:42 Publié dans politique française | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société, parti socialiste



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Commentaires
Tout à fait d'accord avec ce billet
(même si je me réjouis de tous les soutiens à F. Bayrou au premier tour — y compris venant de gens qui préféraient, à défaut, N. Sarkozy à F. Hollande !).
"Quel contraste avec les foules qui ont soutenu F. Bayrou et F. Hollande, où régne à chaque meeting une bonne humeur communicative !"
Oui… et que le sortant battu se permette de revendiquer, dans son discours d'après-défaite, les "valeurs" auxquelles il se disait "profondément attaché", ceci après une campagne entièrement négative, tissée de calomnies, c'était orwellien.
Écrit par : FrédéricLN | 07/05/2012
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