04/05/2012

F. Bayrou ne pouvait que voter pour F. Hollande

«La ligne qu’a choisie Nicolas Sarkozy entre les deux tours est violente, elle entre en contradiction avec les valeurs qui sont les nôtres, pas seulement les miennes, pas seulement celles du courant politique que je représente, mais aussi les valeurs du gaullisme, autant que celles de la droite républicaine et sociale C’est par ces mots que F. Bayrou a justifié son vote personnel pour F. Hollande. Très bien, et j’en suis ravi. J’ai bien fait de ne pas avoir mis à la poubelle ma carte MoDem…dont je n’arrivais pas à me séparer, malgré toutes les amertumes qui furent les miennes ces derniers temps. Si je dis cela, c’est parce que jamais, au grand jamais, F. Bayrou n’aurait dû entretenir le doute sur sa position, la seule qu’il lui était possible d’adopter comme tenu de son passé, et de ses valeurs. Il est simplement dommage que cette annonce arrive aussi tard, d’autant que la plupart de ceux qui l’entourent dans les instances du MoDem avaient déjà annoncé qu’ils voteraient F. Hollande. En fait, comme je l’ai souvent dit sur ce site, jamais F. Bayrou n’aurait dû avoir l’illusion que des gens comme Arthuis, et les autres sénateurs centristes appartenant à la mouvance UMP, pouvaient apporter un plus dans sa campagne.

Au contraire, ces gens qui l’ont certainement encouragé à se rapprocher des radicaux de Borloo, lui ont fait perdre une partie des électeurs qui croyaient en lui, parce que lesdits électeurs savaient bien que ces politiciens n’étaient rien moins que des sous-marins de l’UMP. La preuve Arthuis et ses amis centristes se sont rallié tout naturellement à N. Sarkozy, malgré son rapprochement de plus en plus marqué avec les thèmes et les idées du Front National. Au passage on observera que les « MoDem historiques » ont pris la décision de voter pour le candidat socialiste. Tous ces élus ont d’autant plus de mérite qu’ils ont donné la preuve qu’on peut se situer au centre…et avoir du courage, le courage de dire NON à une vision de la France qui n’est pas celle de l’humanisme, le courage de dire OUI à l’attachement aux valeurs de la République qui, au-delà de nos différences, devraient être le lien qui rattache les Français les uns aux autres. Après tout, c’est bien le choix que la gauche a fait en 2002, quand la quasi-totalité de ses électeurs a décidé de voter Chirac et non Le Pen.

Evidemment cette décision de F. Bayrou a mis en fureur les autres soi-disant centristes du Nouveau Centre, qui ne représentent qu’eux-mêmes, puisque leur candidat, l’ineffable Morin, ne recueillait même pas 1% des voix dans les sondages, avant de se ranger gentiment aux côtés du chef, N. Sarkozy. Ces centristes là n’ont aucune conviction, chacun le sait bien, et d’ailleurs ils en ont tellement peu qu’ils ne sont pas centristes…puisqu’ils appartiennent à la droite la plus réactionnaire que l’on ait connue depuis l’après-guerre. L’exaltation des frontières, la chasse aux Roms ou aux immigrés, la division permanente, cela ne les dérange pas, pas plus que les multiples mensonges du candidat de l’UMP, président de la République depuis cinq ans. En revanche les dirigeants du MoDem, les militants et les adhérents, sont pour la plus grande partie d’entre eux des gens sensibles au rassemblement des Français, prônant « l’unité nationale qui réunira des hommes et des femmes venus d’horizons différents, pour ressaisir la France ». Bref des gens qui ne sont pas nécessairement d’accord avec le programme économique de F. Hollande, mais qui préfèreront voter pour un homme qui a mis la morale au premier rang de ses préoccupations…comme l’a toujours recommandé F. Bayrou. 

Pour F. Hollande, comme pour F. Bayrou, il n’y a pas plusieurs catégories de Français, il n’y a pas plusieurs types de citoyens, il n’y a que des Français. Et l’ambition que nous devons tous avoir est d’abord le rétablissement de l’égalité des chances, concept républicain s’il en est, s’appuyant sur l’école de la République. L’histoire fourmille de gens d’origine modeste occupant  les plus hautes fonctions de la République, précisément grâce à cette faculté offerte à chacun « d’être distingué selon ses mérites, sa créativité, son ardeur au travail, et non selon sa naissance, ses relations ou sa fortune » pour parler comme François Bayrou. Cette méritocratie républicaine, qui a sa base dans l’école et plus tard dans l’université, permet en outre un renouvellement des élites et un brassage social pour l’accès aux plus hautes fonctions, générateurs de progrès dans la société civile. Une personne d’origine modeste qui a réussi dans la vie, n’hésitera pas à donner sa chance à celui qui a vécu les mêmes difficultés que lui. Cela ne signifie pas pour autant que seules les personnes issues d’un milieu social défavorisé, soient capables de participer à l’amélioration de notre système social. Pas de discrimination dans un sens comme dans l’autre !

Et pas non plus de ce concept horrible que représente la minorité visible. Pour moi,  parler de minorité visible ce n’est rien moins qu’une forme de racisme. Quand j’entendais N. Sarkozy, fraîchement élu président de la République (en 2007) faire l’apologie de sa politique en montrant sans cesse Rachida Dati ou Rama Yade, comme témoins de sa bonne volonté d’intégrer les enfants d’immigrés, j’étais tout simplement stupéfait. Si Rachida Dati ou Rama Yade ou encore Fadela Amara, étaient au gouvernement, c’est parce qu’elles méritaient d’y être, mais en aucun cas parce qu’elles incarnaient « la diversité de la France ».  Il y a vraiment quelque chose d’indécent à évoquer cette notion.

La France  est diverse, et c’est ce qui a toujours fait sa force, mais elle est d’abord une et indivisible. D’ailleurs pourquoi ferait-on pour la politique ou l’administration, ce que personne ne fait pour le sport ? Est-ce que les Français, y compris les plus enclins aux idées racistes, considéraient Zidane comme moins français que Dugarry, Deschamps ou Petit, quand il marquait deux buts en finale de la Coupe du Monde 1998 ? Non, même si, malheureusement, les sentiments de certains ne sont sans doute plus tout à fait les mêmes depuis que Zidane ne joue plus avec l’Equipe de France. Sur ce plan nous devrions prendre exemple sur les Américains. Pour être sévère avec eux sur le plan économique, pour avoir dit haut et fort tout le mal que je pensais de l’élection ou de la réélection d’un George Bush, ils ont quand même élu Barak Hussein Obama, sénateur de l’Illinois entre 2005 et 2008, à la présidence des Etats-Unis.

Ce juriste brillant, multi diplômé,  était l’archétype de l’illustration du rêve américain, en rappelant quand même qu’il avait fallu attendre l’année 1964, sous l’impulsion de Martin Luther King, pour voir signer  le Civil Rights Act, déclarant illégale la discrimination basée sur la race, la couleur, la religion, le sexe ou l’origine nationale. Il y a infiniment plus longtemps que ces notions appartiennent à notre République, mais pour autant le peuple français serait-il prêt à élire, comme les Américains, un président  à la peau noire, portant deux prénoms musulmans? J’espère de tout cœur que la réponse est OUI, ce qui serait le signe évident que notre démocratie est bien vivante, et que l’idéal républicain continue d’habiter les esprits de la patrie des Droits de l’Homme. Et pour bien montrer que ce que j’écris est vrai, quoi de mieux qu’une large victoire de F. Hollande dimanche, ce qui pourrait laisser espérer une recomposition de la droite républicaine sur les débris de cette UMP, qui s’est abandonnée aux idées très droitières promues par un certain Buisson, et développées par N. Sarkozy tout au long de sa campagne. Pas une seule voix des républicains démocrates ne doit manquer à F. Hollande dimanche !

Michel Escatafal

 

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l_n penge nu

F. Bayrou ne pouvait que voter pour F. Hollande : Michel Escatafal

Trackback par : l_n penge nu | 13/05/2013

Commentaires

Je suis surpris que le doute t'ai saisi un instant..Dois-je en conclure que tu reste chez nous?
Marien

Écrit par : Marien Lovichi | 08/05/2012

Oui, d'autant que le MoDem va retrouver sa véritable originalité. D'ailleurs tous ceux qui étaient au MoDem version Villepinte, ont fait le choix de voter Hollande.

Écrit par : Escatafal | 08/05/2012

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