29/10/2011
La faute à Mitterrand, et pourquoi pas à Léon Blum ou Clémenceau?
Avant hier soir c’était donc la grande soirée de Nicolas Sarkozy, dont on remarquera au passage qu’avec douze millions de téléspectateurs son score se situe très loin de la finale de la Coupe du Monde de rugby. Il est vrai que nos preux gladiateurs avaient tenu leurs promesses d’avant Coupe du Monde, en disant qu’on les retrouverait en finale contre les Néo-Zélandais. Ils ont même failli faire mieux à un point près. En revanche, quand on regarde de près les promesses faites par N. Sarkozy, on s’aperçoit que nous sommes très loin du compte, même en essayant de réfléchir au plus profond de nous-mêmes. Son bilan est calamiteux, le plus calamiteux de tous les présidents de la Cinquième République. Au passage, on notera qu’avant hier soir il n’a pas hésité à mettre en cause ses prédécesseurs, en précisant sans rire que ce n’était pas son genre de dire que « c’est la faute des autres », lesquels finalement seraient en grande partie responsables de la situation extrêmement difficile que vit notre pays. Plus c’est gros…!
C’est d’ailleurs ce qui m’a choqué le plus dans cette émission, comme si Nicolas Sarkozy avait oublié toutes les promesses de Sarkozy Nicolas, et comme s’il venait tout juste d’être élu à la présidence de la République. D’où cette impression qu’il venait de découvrir qu’une dette de plus de 1700 milliards d’euros, à laquelle il faudrait rajouter l’engagement de l’Etat à payer les retraites de ses fonctionnaires (950 milliards), était tout à fait insupportable, tout comme un déficit budgétaire frisant ou dépassant les 100 milliards, ce qui dans les deux cas pulvérise tous nos records, au même titre que ceux du commerce extérieur. Evidemment si nous en sommes là, si le chômage tangente les 10%, c’est la faute de la gauche…qui n’est plus au pouvoir depuis 2002, et de Mitterrand, mort depuis plus de quinze ans. En revanche il n’a pas osé dire, comme nombre d’UMP, que François Hollande présidait le département le plus endetté de France, alors qu’il n’est en fonction que depuis 2008, ce qui veut dire que la quasi-totalité de la dette vient de son prédécesseur UMP. Plus c’est gros…!
En tout cas, aux yeux de notre président, si la situation s’est considérablement aggravée depuis 2007, ce n’est nullement la faute des cadeaux fiscaux distribués aux plus riches, afin qu’ils ne fuient pas la France. Mais est-ce que la politique fiscale de N. Sarkozy, avec le fameux bouclier, qui va continuer ses bienheureux effets (pour ceux qui en bénéficient) jusqu’en 2013, empêchent les artistes, les sportifs etc. de s’exiler en Suisse pour payer moins d’impôts ? Non, ce qui n’empêche pas notre président et l’UMP de marteler que tout est la faute de la crise en plus de ceux qui ont gouverné à partir de 1981. Il n’a pas osé aller plus loin, ce qu’il ne fallait surtout pas faire, car il se serait retrouvé dans la période où Raymond Barre dirigeait le gouvernement, c’est-à-dire à une époque où le franc était rattaché au mark, donc à une époque où nous parlions d’égal à égal avec l’Allemagne d’avant la réunification, une Allemagne plus forte encore sur le plan économique qu’aujourd’hui.
Bien entendu nous avons eu droit de la part de l’UMP à des éloges dithyrambiques sur la prestation du président, sur sa stature internationale, sur son expérience etc. Il est vrai que tout cela est dans la droite ligne de ce qu’avait dit lui-même N. Sarkozy quelques jours auparavant devant les élus de la majorité : « On ne peut pas reprocher à François Hollande de ne pas connaître le fonctionnement d'un Conseil européen étant donné qu'il n'a pas eu l'occasion d'y participer ». Soit, mais est-ce pour cela qu’on peut affirmer, comme le ministre de l’Intérieur, que F. Hollande « n'a pas la carrure pour être président ».
Avant de formuler pareil jugement faut-il encore qu’il soit au pouvoir. Et puis venant de la part de gens qui empilent les records de déficits de tous ordres, sans parler des problèmes liés à la sécurité des biens et des personnes, domaine qui serait pourtant la marque de fabrique du duo Sarkozy-Guéant, c’est assez singulier. Enfin, comme je l’ai dit dans un précédent billet, quelle était l’expérience du général de Gaulle avant de devenir chef du Gouvernement provisoire ? Et celle de Léon Blum avant de devenir président du Conseil ? Et celle de Georges Pompidou avant d’être nommé Premier ministre par le général de Gaulle en 1962, à une époque où le Premier ministre n’était pas qu’un simple collaborateur ? Et quelle était l’expérience ministérielle de Raymond Barre, qui n’était ni élu, ni inscrit à aucun parti, éphémère ministre du Commerce extérieur (huit mois), avant d’être nommé Premier ministre par V. Giscard d’Estaing…parce qu’il était considéré comme « le meilleur économiste de France ». Evidemment on ne dira pas cela de F. Fillon ou F. Baroin !
Si j’insiste là-dessus c’est parce qu’on fera nécessairement le même reproche à F. Bayrou si les sondages le rendent dangereux pour N. Sarkozy. Si l’on en croit les gens de l’UMP, c’est « moi ou le chaos », argument déjà contestable du temps du général de Gaulle, alors on imagine dans le cas de N. Sarkozy ! D’ailleurs cela avait joué des tours au général de Gaulle, dont tout le monde prédisait en 1965 qu’il serait élu au premier tour, alors qu’il n’obtint que 43.7% des voix, score certes très confortable pour tout autre candidat, mais décevant pour lui. C’est en pensant à cette élection que je me dis que rien n’est encore perdu pour F. Bayrou, en rappelant que si F. Mitterrand avait réuni sur son nom 32.23% des suffrages exprimés, Jean Lecanuet le candidat centriste avait obtenu 15.85% des voix. Or si F. Hollande peut espérer faire presque aussi bien que F. Mitterrand, N. Sarkozy sera très loin de faire le même score que le général. Et si F. Mitterrand et Jean Lecanuet ont obtenu ces scores inespérés, c’est précisément parce qu’ils avaient su démontrer que le raisonnement « moi ou le chaos » était trop simpliste, même si la situation de la France était autrement plus favorable qu’aujourd’hui sur le plan économique. Et je ne parle pas de la stature internationale de N. Sarkozy qui est à des années-lumière de celle du général de Gaulle.
En résumé, nous avons eu confirmation avant hier soir que notre président n’a aucun projet pour la France. Il est simplement riche de promesses, ou si l’on veut un candidat perpétuel au service exclusif des riches, oubliant que notre pays a des atouts qu’il faut exploiter, au lieu de se contenter d’incantations destinées à dire qu’on va imiter l’Allemagne. Sauf que l’Allemagne est à présent loin devant nous, non pas seulement parce qu’elle a fait des réformes il y a quelques années que nous n’avons pas faites, mais surtout parce qu’elle a toujours pensé qu’un pays qui est importateur de matières premières et d’énergie, qui est une grosse usine de transformation, doit être capable de développer suffisamment de technologies innovantes pour lui assurer des parts de marché lui permettant d’avoir un commerce extérieur excédentaire.
Au lieu de distribuer des cadeaux fiscaux alors que notre déficit extérieur et budgétaire se creusait, au lieu d’être partie prenante dans des conflits extérieurs où nous n’avions rien à faire, N. Sarkozy aurait mieux fait de dépenser les mêmes sommes pour aider nos entreprises à se développer et à innover. Or sans cet effort sur la durée, nous ne pouvons même pas atteindre à l’équilibre extérieur. S’il y a 225 milliards de différentiel de solde commercial entre la France et l’Allemagne, si notre déficit commercial a presque doublé entre 2006 et 2010, ce n’est quand même pas la faute F. Bayrou ou de F. Hollande, ni celle de L. Jospin ou F. Mitterrand, ni celle de Léon Blum ou Clémenceau, mais uniquement parce que nous avons abandonné toute politique industrielle, plus particulièrement au cours des dernières années. Cela étant, à l’UMP on doit se dire que les problèmes du commerce extérieur ne passionnent pas les Français...
Michel Escatafal
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24/10/2011
L’Europe va mal…en partie à cause de la France
Aujourd’hui comme hier, et j’espère plus que demain, je suis triste car l’Equipe de France n’a pas gagné la Coupe du Monde de rugby. Quand vais-je avoir ce plaisir de voir notre équipe nationale remporter enfin la victoire dans un de mes deux sports préférés ? J’arrête là, dans la mesure où il se passe dans le monde des choses beaucoup plus graves. Je ne vais évidemment pas évoquer la suspension du permis de conduire du président de la région Ile de France qui, paraît-il a été flashé à 171 km/h sur autoroute, sauf pour noter que je ne comprends pas pourquoi son véhicule de fonction est une Saab. Je ne veux pas non plus mentionner la terrible bagarre à Paris entre F. Fillon et Rachida Dati, tous deux candidats sur une circonscription acquise d’avance à la droite…à moins qu’elle ne se maintienne contre lui, ce qui donnerait la victoire à un MoDem ou à un socialiste. Je rêve, mais sait-on jamais ! Et dire que l’UMP se gausse des divisions socialistes !
En tout cas, on voit en ce moment où sont les priorités du Premier ministre, si j’en crois les allusions de Rachida Dati. Cependant, je comprends pourquoi F. Fillon est tellement soucieux de se trouver une circonscription en or, quand on voit où se situe le niveau d’impopularité de N. Sarkozy et de l’UMP. Du jamais vu sous la Cinquième République ! Cela étant, comme je ne cesse de le répéter, les Français l’ont élu et ils ont choisi ses promesses plutôt qu’un programme sérieux et chiffré comme celui que F. Bayrou proposait. Néanmoins N. Sarkozy aura quand même réussi quelque chose au milieu de tous ses échecs, à savoir que depuis 2007, et malgré la crise, les Français les plus riches le sont encore plus. Voilà un résultat tangible, même si à côté de cela les pauvres sont de plus en plus nombreux.
Plus grave encore pour le chef de l’Etat, c’est le fait que l’on entende à la radio ou que l’on lise dans les médias écrits que le président a été contraint de céder à Angela Merkel sur la manière d’utiliser le Fonds de soutien de la zone euro, preuve si besoin en était que la France ne tire plus dans la même catégorie que l’Allemagne. Mais comment pourrait-il en être autrement, alors que l’Allemagne a une croissance nettement supérieur à la nôtre, au moment où notre pays craint de nouveau la récession, que son taux de chômage se situe autour de 6% contre près de 10% pour celui de la France, que son déficit budgétaire est près de la moitié du notre et que son commerce extérieur est très excédentaire, alors que celui de notre pays ne cesse depuis 2008 de battre ses records de déficits (voir ma précédente note). Cette fois, nous sommes vraiment décrochés de notre voisin rhénan…ce qui est une première depuis l’accord de Gaulle-Adenauer en 1963. On aura beau dire, mais N. Sarkozy est l’homme de tous les records et de toutes les premières, ce qui est peut-être une manière de rentrer (tristement) dans l’histoire.
L’ennui, c’est que tout cela arrive au moment où l’Europe traverse une des plus graves crises de son histoire, et qu’il faudrait aujourd’hui pour guider cette Europe un attelage franco-allemand qui ne soit pas brinquebalant. L’Europe, en effet, a toujours avancé sous la houlette du couple franco-allemand, parce que cette entité s’est faite autour de lui dès le départ. A ce propos, je pense que le général de Gaulle avait raison de ne pas vouloir de la Grande-Bretagne dans cette confédération d’Etats, d’autant que l’allégeance aux Etats-Unis a toujours été sa marque de fabrique, et pas seulement en politique étrangère. Mais cette Europe que nous essayons de construire depuis plus d’un demi-siècle s’est aussi agrandi d’une manière anarchique, sans respecter les fondamentaux d’une croissance harmonieuse. Avant tout il fallait consolider l’union à six, puis ensuite accueillir les pays qui voulaient participer à une entreprise fédérale, au lieu de créer un magma incohérent regroupant des pays aux intérêts trop divergents pour ne pas être paralysants.
Ce fut le cas aussi au moment de la création de l'euro, où l’on n’a pas respecté les critères d’entrée dans cette monnaie unique. Ensuite, à partir du moment où l’on avait décidé de créer la monnaie européenne, il fallait absolument qu’il y ait convergence totale sur le plan fiscal et budgétaire, donc une gouvernance économique qui impose des règles communes. C’était la seule manière de porter sur les fonds baptismaux cette nouvelle monnaie, quitte à accueillir plus tard d’autres pays acceptant de perdre une partie de leurs prérogatives en matière budgétaire et fiscale. En fait on a mis la charrue avant les boeufs, en se disant que les problèmes se règleraient tout seul, et que les avantages l’emporteraient sur les difficultés. C’était compter sans la possibilité de vivre une crise, mais aussi c’était s’imaginer qu’une autorégulation des Etats et des banques était suffisante pour pérenniser le système. Or, chacun sait bien que tout cela exige une grande responsabilité politique et économique, et que rien ne vaut dans un domaine comme la finance une bonne vieille règlementation, imposant aux banques et établissements financiers des règles très strictes en matière de placements et de crédit.
Evidemment tout cela allait à l’encontre de la sacro-sainte croyance libérale, par essence hostile à toute règlementation, et donc adepte d’une simple autorégulation dans le cas d’une concurrence exacerbée entre établissements avec, in fine, le but de rémunérer au maximum les actionnaires. On voit le résultat de toutes ces spéculations, et aujourd’hui il faut en payer les pots cassés. Problème, ce qui aurait été soutenable il y a dix ou quinze ans ne l’est plus aujourd’hui, parce que la plupart des pays de l’Union Européenne ont un taux d’endettement public largement supérieur au critère de Maastricht qui est, rappelons-le, de 60% du PIB. Combien de pays de la zone euro respectaient ce critère fin 2010? Réponse, cinq qui ont pour nom l’Estonie, la Finlande, le Luxembourg, la Slovaquie et la Slovénie, ce qui veut dire que les pays dits vertueux comme l’Autriche, l’Allemagne ou les Pays-Bas ne respectent pas cette limite.
Or ces cinq pays ne représentent qu’un PIB global d’environ 575 milliards d’euros, à comparer par exemple à l’endettement de l’Italie qui est de 1.900 milliards d’euros ou celui de la France qui est d’un peu plus de 1.700 milliards. On voit où est le problème, et à force de vivre à crédit les Etats n’ont plus les ressources nécessaires pour aider les banques ou tout simplement les nationaliser si l’on ne peut pas faire autrement, avec évidemment un contrôle sévère de l’Etat…qui ne peut qu’aller de pair avec celui de tous les établissements bancaires. On a beau tourner le problème dans tous les sens, on en revient toujours au même point, la reprise en main du politique sur l’économique, avec la possibilité pour la BCE d’aider les gouvernements en difficulté…ce dont la chancelière allemande ne veut pas entendre parler, contrairement à la France qui y voit un moyen de mutualiser ses dettes.
Bien évidemment, comme je l’ai dit plus haut c’est l’Allemagne qui a et aura toujours le dernier mot, parce que malgré sa réunification, elle reste le pays qui a les plus grandes capacités financières de la zone, donc celui qui peut emprunter aux taux les plus bas, qui a un taux de chômage parmi les plus bas de l’U.E., et elle bénéficie d’une position que le monde entier lui envie avec ses énormes excédents commerciaux. Bref, l’Allemagne a tous les atouts comparés aux autres grands pays de l’U.E. et de la zone euro, et Angela Merkel peut imposer sa loi sans la moindre difficulté, sans avoir besoin d’élever la voix. Cela dit, la chancelière ne peut guère faire autrement, parce que la démocratie en Allemagne n’est pas un vain mot, ce qui signifie que ses décisions sont soumises au vote du parlement, pas forcément arrangeant.
Et tout cela, je le répète, parce que la France est à genoux. Bref, c’est le leadership complet de l’Allemagne sur l’Union Européenne, un leadership que n’avait même pas Bismarck, comme il le confessait d’une certaine manière en avril 1887, juste après l’affaire Schnaebelé : « Quinze années de politique amicale et conciliante dans tous les domaines (avec la France), à l’exception de l’Alsace-Lorraine, n’ont pu produire ni changement, ni apaisement ». Cela signifiait qu’après avoir dirigé l’Europe de sa main de fer depuis 1870, il n’avait jamais réussi à dompter complètement la France. Et oui, il y a des parallèles terribles que l’UMP ferait bien de regarder de près au lieu de s’occuper à chiffrer des programmes qui n’existent pas encore. Fermons cette parenthèse historique, pour noter que le reste du monde (Etats-Unis, Chine, Russie, Brésil, Inde) ne semble pas voir d’un mauvais œil cette mainmise de facto de l’Allemagne sur la zone euro et l’Union Européenne dans son ensemble. Il est vrai que contrairement à la fin du dix-neuvième siècle, ce n’est pas la Grande-Bretagne qui peut contester quoi que ce soit, car ce pays est aussi cabossé que le nôtre, ce qui ne l’empêche pas, malgré ses déficits abyssaux et l’explosion de son endettement public, d’être comme la France présente sur plusieurs théâtres d’opérations guerrières dans le monde.
Un dernier mot enfin, pour espérer que les dirigeants qui vont prendre le pouvoir dans quelques mois à la place de N. Sarkozy et l’UMP, seront assez courageux pour imposer leur loi vis-à-vis des puissances financières, seul moyen de redresser le pays dans des délais convenables, et qu’ils seront vite rejoints par des dirigeants moins libéraux qu’Angela Merkel ou Silvio Berlusconi. En effet, L’Europe ne peut pas se satisfaire de l’hégémonie d’un pays faisant la pluie et le beau temps dans l’U.E., sans le moindre contrepoids. Si N. Sarkozy ne pensait pas qu’à sa réélection, s’il avait gouverné le pays comme on aurait souhaité qu’il le fît, sans laisser filer les déficits et la dette dans les mêmes proportions, la France pourrait mettre l’Allemagne devant ses responsabilités pour qu’elle adopte une politique moins égoïste et plus communautaire. Et si je dis cela, c’est tout simplement parce que l’Allemagne est le pays qui tire le plus de bénéfices de la monnaie unique, qui plus est d’une monnaie unique forte, ce qui signifie qu’elle n’a aucun intérêt à faire éclater la zone euro. Cela dit, qui reprochera à Angela Merkel de défendre les intérêts de l’Allemagne ?
19:24 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, mouvement démocrate, république solidaire, débats de société
19/10/2011
Le programme de l'UMP se résume à pilonner celui de ses concurrents
Cette fois c’est parti, l’UMP va pilonner le candidat Hollande. Oui, pilonner, c’est le mot que j’ai entendu, et cela a déjà commencé, avant même que le programme du candidat Hollande ne soit dévoilé. Mais là n’est pas l’essentiel, ce qu’il faut c’est pilonner, pilonner, en utilisant au besoin les mots employés par Martine Aubry pendant la campagne des primaires…avec le succès que l’on connaît. Ce que Martine Aubry n’avait pas compris, et que l’UMP ne comprend pas, c’est que les Français n’aiment pas trop les mots définitifs, et en disant cela je suis gentil. Ils préfèreront un rassembleur comme peut l’être aussi F. Bayrou, surtout après une présidence aussi « clivante », mot devenu à la mode pour marquer une différence très nette entre les uns et les autres. Or, force est de constater que N. Sarkozy aura passé son quinquennat à dresser les gens les uns contre les autres, au point par exemple de moquer les syndicats sur les grèves, en disant sur un ton badin que « désormais quand il y a une grève en France, personne ne s’en aperçoit ». Ceux qui ont pris le train ces derniers jours se sont aperçus que notre président ne maîtrise pas toujours sa communication…ce qui ne l’empêche pas de recommencer ses erreurs à la première occasion.
Passons à présent à des choses plus sérieuses, à savoir ce que l’UMP va bien pouvoir dire pour défendre son bilan, lequel est en tout point calamiteux avec une accentuation considérable des problèmes depuis 2008, ne serait-ce qu’en le comparant avec celui de la gauche plurielle entre 1997 et 2002. Certes, on va me dire qu’entre 1997 et 2002 il n’y avait pas la crise, alors que depuis 2008 elle est particulièrement sévère, et cela pourrait continuer encore un certain temps. Pour autant, la Cour des Comptes a confirmé que les déficits abyssaux que l’on connaît sont loin d’être tous dus à cette crise, même si celle-ci y a largement participé. En revanche, pour être tout à fait objectif, il y a un élément incontournable qui interpelle encore plus que les autres, à savoir le déficit de la balance commerciale qui a atteint des sommets inégalés cette année…alors que la France avait dégagé un excédent commercial en 2001 (+ 3.3 milliards d’euros), après un déficit en 2000 de 3.4 milliards.
En 2007, c’est-à-dire quand N. Sarkozy a pris le pouvoir, la France affichait un déficit supérieur à 30 milliards d’euros, alors que l’Allemagne présentait un excédent de plus de 160 milliards d’euros. Et aujourd’hui, où en sommes-nous ? Réponse, le commerce extérieur de notre pays pulvérise ses records de déficits depuis 2008. Ce n’est pas moi qui l’affirme, puisque j’évoque les estimations du secrétaire d’Etat au Commerce extérieur, P. Lellouche, qui pense que le solde commercial de la France pour l’année 2011 sera négatif à hauteur de 75 milliards d’euros. Oui, il a bien dit 75 milliards d’euros de déficit, à comparer au projet de budget du gouvernement qui était de - 48 milliards et au solde allemand qui dépassera les 150 milliards d’excédents. Cela signifie qu’entre la France et l’Allemagne il y aura fin 2011, un écart entre les deux pays de 225 milliards d’euros contre 95.5 milliards fin 2001. Voilà le bilan du commerce extérieur de la gouvernance UMP. Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai l’impression que ces chiffres-là, les téléspectateurs français ne vont pas beaucoup les entendre. Comme c’est dommage !
Certes on peut toujours discuter sur ces déficits extraordinairement élevés, car ils dépendent en partie du modèle de croissance adopté par les différents pays. L’Allemagne, comme le Japon, a un modèle qui repose sur l’extérieur. Il n’empêche, la France à une compétitivité-prix qui se dégrade à grande vitesse dans l’industrie, au point de voir l’excédent commercial allemand dans l’agroalimentaire dépasser celui de la France. Qui l’eut cru il y a dix ans ? Plus généralement, la mauvaise performance de la France se situe non seulement par rapport à l’Allemagne, mais aussi par rapport aux autres pays de l’UE dans les dernières années. En effet, les exportations françaises en valeur et en volume ont progressé moins rapidement depuis un peu plus de dix ans que la moyenne des pays européens. Seuls l’Italie et le Royaume-Uni ont connu une évolution plus défavorable, ce qui ne nous rassure pas. Et ce n’est pas la faute de l’euro comme je l’entends dire si souvent, parce que seize autres pays de l’UE ont la même monnaie. D’ailleurs l’Allemagne réalise 85% de ses excédents avec les autres pays de l’UE. En revanche le déficit commercial de la France avec le reste de l’Europe est passé au cours des dix dernières années d’environ 5 milliards d’euros…à presque 70 milliards de nos jours.
Tous ces chiffres démontrent que, depuis dix ans, la situation s’est grandement détériorée pour notre pays en ce qui concerne ses échanges internationaux. Or le seul moyen de faire baisser le chômage est que la production dans nos usines augmente, et pour ce faire il n’y a que l’exportation qui puisse y contribuer, surtout dans un contexte de baisse du pouvoir d’achat pour nombre de Français. Mais exporter davantage ne se décrète pas, ce qui veut dire qu’il faut que nos entreprises fassent beaucoup d’efforts, ce qu’elles ne pourront pas faire toutes seules. Il faut donc que l’Etat les aide pour qu'elles puissent concevoir et fabriquer des produits nouveaux, pour optimiser leurs coûts, et installer des antennes commerciales afin de gagner des parts de marché dans les pays émergents, qui ont des besoins en machines-outils considérables. Autant de choses qui ne peuvent pas se faire en un jour, ni même en une année, donc qui ne produiront des fruits qu’au bout de deux ou trois ans. Et c’est bien ce que l’on peut reprocher au pouvoir UMP-Sarkozy depuis dix ans, à la notable exception des efforts faits pendant la période où Dominique de Villepin était Premier ministre.
Pour mémoire, nous sommes passés entre 2000 et 2010 d’un excédent de 10 milliards d’euros dans les échanges de produits industriels à un déficit de 35 milliards d’euros. C’est bien la preuve qu’il faut tout faire pour lutter contre les délocalisations sauvages, et faire en sorte d’aider à la relocalisation dans notre industrie, ce qui ne signifie pas pour autant de s’interdire une installation à l’étranger. Si j’évoque cette possibilité, c’est tout simplement parce que tous les experts sont d’accord pour affirmer que l’industrie automobile allemande n’aurait pas pu défendre ses positions mondiales sans l’externalisation d’une part de la valeur ajouté à des entreprises externes (Allemagne ou ailleurs) ou encore à des filiales d’entreprise situées à l’étranger.
Bien sûr les UMPistes vont me rétorquer que je parle comme un livre, car tout cela est plus facile à dire qu’à faire ! Certes, mais c’est cela la politique, la vraie, celle pour laquelle ils ont été élus. En tout cas, quitte à garder ou créer certaines niches fiscales, autant les réserver aux entreprises qui investissent en matériel et en recherche, au lieu de distribuer de l’argent sans réelle contrepartie à des groupes qui, à la première opportunité, vont délocaliser leur production dans des pays à bas coûts, voire installer leur siège à l’étranger. A ce propos, la Cour des Comptes a révélé que certaines aides à l’exportation étaient en réalité une aide à la délocalisation, ce qui implique que les subventions pour prospection ou les crédits d’impôts pour l’exportation ne doivent être réservées qu’aux entreprises s’inscrivant dans cette démarche sur la durée…ce qui, apparemment, n’est pas le cas actuellement. Par ailleurs, au lieu de faire du clientélisme vis-à-vis de certaines professions (exemple frappant les restaurateurs!), pourquoi ne pas utiliser ces ressources au profit des petites PME qui voudraient mieux orienter leur stratégie de développement. Et en disant cela chacun peut bien constater que je ne parle que des entreprises, parce qu’évidemment ce sont elles et elles seules qui créent réellement de l’emploi.
Même si le modèle allemand est loin d’être parfait, et j’en parle d’autant plus aisément que le président de la République ne cesse de vouloir que la France emboîte le pas à son voisin rhénan, j’en profite pour signaler que, depuis l’an 2000, l’industrie allemande a consolidé ses positions face au secteur des services, et cela malgré la mondialisation. Il y a beaucoup moins de délocalisations dans l’industrie allemande que dans l’industrie française malgré des salaires plus élevés, ce qui permet d’offrir du travail aux ouvriers allemands, notamment dans les PME grandes et petites, l’Allemagne comptant dans les industries de transformation près de 5000 entreprises de plus de 250 salariés (environ 2000 en France). Et je pourrais continuer longtemps sur le sujet, qui à chaque page montrerait qu’il faut absolument essayer de rattraper peu à peu notre retard sur l’Allemagne, ce qui ne relève pas de l’utopie, même si la tâche est difficile en partant d’aussi loin. En tout cas si l’on ne devait retenir qu’une phrase de ce que j’écris, c’est qu’un euro fort n’hypothèque ni la puissance industrielle, ni la capacité d’exporter dans le monde entier. D’ailleurs Raymond Barre, vers la fin des années 70, l’avait prouvé sans introduire de mesures protectionnistes. Par parenthèse, je rappellerais que la plupart des nos grandes entreprises exportatrices (industrie aéronautique, Ariane Espace, bio-industries, travaux sous-marins, équipements pour économiser l’énergie, développement du nucléaire etc.) sont nées à cette époque…et qu’elles contribuent encore très largement au volume de nos exportations.
Ce ne sont que quelques remarques sur la situation économique de la France, et notamment sur la politique qui y est menée depuis quelques années, mais ce qui m’attriste le plus c’est d’entendre N. Sarkozy faire la leçon à ses concurrents sur la manière de gérer le pays, alors que celui-ci est dans une situation tellement catastrophique qu’il faudra des années pour le redresser, malgré tous ses atouts, notamment un endettement des ménages relativement modeste, et des savants et des chercheurs de très grande qualité en dépit de conditions peu favorables à leur activité . Tout cela me fait dire que si le PS et le MoDem ont des propositions à faire, ils doivent les faire en évaluant au plus près leur coût, afin de pouvoir redonner confiance aux Français, dont je suis persuadé qu’ils sont prêts à entendre la vérité. Il n’est pas pensable de dire qu’une mesure va coûter cinq milliards si elle doit en coûter sept, ni prévoir son financement...comme N. Sarkozy n'a cessé de le faire pendant sa campagne 2007.
C’est à ce prix que les uns et les autres seront crédibles, face à une UMP qui n’a aucun programme en dehors de la démolition et du pilonnage de celui des autres. Il faut aussi, et là je parle surtout pour ma formation politique, que nous soyons crédibles sur le plan de la fiscalité, instrument qu’il faut manier avec prudence, afin de ne pas léser ceux qui n’en peuvent plus de payer pour ceux qui ne paient pas assez. Le PS semble nous dire que la réforme fiscale sera sa priorité pour dégager des marges de manœuvre, mais tout le monde doit être mis à contribution…sans avoir peur que certains s’en aillent ailleurs. D’ailleurs où iraient-ils s’ils ne sont pas partis ? Il y a aussi le problème des banques qui mérite réflexion, parce que les banques doivent retrouver leur véritable mission, à savoir assurer le financement de l’économie. Bref, il faut tout faire pour rétablir la justice fiscale et sociale, afin de favoriser la croissance et, par voie de conséquence, l'accroissement des rentrées fiscales, alors que si on ponctionne les gens sans leur donner la possibilité de travailler, ce sera immanquablement au détriment de la confiance et de la consommation.
Voilà la situation telle qu’elle est aujourd’hui, ce qui n’empêche pas qu’on nous assurera avec constance, que seul le président de la République actuel est capable de redresser une situation…dont il est largement responsable. On va nous dire aussi que F. Hollande ou F. Bayrou n’ont pas ou peu d’expérience ministérielle, mais quelle expérience ministérielle avait G. Pompidou quand il devint Premier ministre ? Aucune, ce qui ne l’empêcha pas de rester à son poste pendant six ans, avant de devenir président de la République. En tout cas, même si l’UMP se laisse guider par les évènements contrairement à ce que l’on veut nous faire croire, une volonté politique très forte peut permettre de franchir tous les obstacles…y compris les plus élevés. Jules Ferry en son temps, comme je l’ai écrit cette semaine sur mon blog histoire (http://esca2009.wordpress.com) ou encore P. Mendès-France et Raymond Barre en ont apporté la preuve. Il n’y a pas de fatalité au déclin du pays, et c’est pour cela que je souhaite voir F. Bayrou au second tour de la prochaine élection présidentielle face à F. Hollande, ce qui n’est pas impossible. Et dans ce cas…
Michel Escatafal
10:29 Publié dans économie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, mouvement démocrate, république solidaire, débats de société
13/10/2011
Six longs mois de campagne nous attendent…
Ouf, ce sera fini dimanche ! On va souffler un peu, et il y aura de nouveau un peu de place pour les autres formations politiques, c’est-à-dire pour tout ce qui n’est pas UMP et PS. Bien évidemment hier soir j’ai regardé le débat, qui ne m’a rien appris de ce que je savais déjà, à savoir que si Martine Aubry devait affronter N. Sarkozy, celui-ci pourrait encore s’en sortir miraculeusement. En effet, la maire de Lille a un comportement manifestement trop agressif pour pouvoir espérer rassembler au-delà de son camp, seul moyen pour battre N. Sarkozy dans le cadre d’un second tour. J’irais même plus loin, car je dirais qu’elle joue un jeu très dangereux, y compris ce matin, en dénigrant son concurrent comme si c’était son adversaire au second tour d’une présidentielle. Heureusement pour lui, F. Hollande a su et sait parfaitement se maîtriser, ce qui lui donne une posture encore plus rassembleuse.
En fait Martine Aubry n’a pas compris qu’après quatre ans et demi d’une présidence hyper agitée, à base de coups de menton aussi vains que dérisoires, les Français aspirent à plus de tranquillité et veulent que le prochain président soit d’abord celui de tous les Français, et non celui d’un camp. En outre, ce qui me fait peur en tant que Français soucieux de l’avenir de mon pays, c’est cet entourage d’éléphants autour de la candidate, dont beaucoup étaient là en 1981, ce qui ne nous rajeunit pas. Comment ces vieux routiers de la politique ne lui ont-ils pas fait comprendre que si elle est l’élue dimanche prochain, les coups de menton et les déclarations péremptoires ne seront pas suffisants pour mettre en difficulté N. Sarkozy, car à ce jeu il est et sera meilleur qu’elle, avec la bienveillante sympathie des grands médias. D’ailleurs ce n’est pas pour rien si les gens proches du président actuel, ont manifestement plus envie de voir un deuxième tour de l’élection présidentielle opposant N. Sarkozy à Martine Aubry, plutôt qu’à F. Hollande.
Cela étant, et je le redis encore une fois, Martine Aubry serait la candidate socialiste qui permettrait à F. Bayrou de rassembler le plus de monde autour de lui. Je suis certain que les centristes n’ont pas été convaincus par sa prestation hier soir, et ses coups de boutoir ce matin encore contre son rival ne font que renforcer cette opinion. C’est en tout cas l’avis des quelques personnes, proches de mes idées, avec qui j’ai discuté ce matin. Problème, il faut absolument battre N. Sarkozy, et jusqu’à preuve du contraire, celui-ci dispose toujours de son socle incontournable de 18-20% des voix, ce qui lui permet d’espérer être présent au second tour, sauf si F. Bayrou arrivait à mordre suffisamment sur son électorat et celui de M. Aubry, si cette dernière était l’élue de la primaire. Cela fait beaucoup de « si », d’autant que F. Hollande a quand même creusé un écart de neuf points dimanche dernier, et que trois sur quatre de ses concurrents se sont ralliés à lui.
Evidemment, chacun sait bien que personne n’est propriétaire des voix qu’il a obtenues, mais j’ai du mal à imaginer les gens qui ont choisi M. Valls ou J.M. Baylet au premier tour voter pour Martine Aubry au second. Quant aux supporters de S. Royal, leur rancœur demeure sans doute intacte depuis le désormais fameux congrès de Reims, auquel F. Hollande a habilement fait allusion hier soir. Je dirais même pour être honnête que ce fut, et de loin, le coup le plus dur qui fut asséné par un candidat sur l’autre…qui l’avait bien cherché. Restent les voix de Montebourg, qui se répartiront nécessairement entre l’un et l’autre des candidats, du moins si j’en crois ce qu’a dit un de ses bras hier soir, dont j’ai oublié le nom, qui semblait renvoyer les deux « impétrants » dos à dos. Résultat, le suspens n’est pas si grand, et encore une fois l’UMP va être contrarié par le peuple, ce qui n’a cessé de lui arriver depuis l’élection de N. Sarkozy en 2007. Pauvre UMP, dont on peut se demander en combien de morceaux elle va éclater l’an prochain à l’issue de l’élection présidentielle.
Toujours dans le cadre de cette élection présidentielle, j’ai noté que J.P. Raffarin exhorte (sans rire) N. Sarkozy à avancer la date de son entrée en campagne. Décidément l’ancien Premier ministre aime bien faire dans l’humour, dans la mesure où cela fait plus d’un an que le chef de l’Etat se consacre à la prochaine élection présidentielle, entre ses voyages chaque semaine en province, ou les petits déjeuners de la majorité etc. Mais J. P. Raffarin n’est pas le seul à faire dans le comique, puisque ses amis de l’UMP réclament maintenant le même temps de parole que le Parti socialiste, alors qu’on a vu N. Sarkozy à la télévision pratiquement chaque jour depuis mai 2007…et avant. Mais ce n’est pas tout parce que N. Sarkozy lui-même s’y essaie en disant que la primaire socialiste est contraire à l’esprit de la Cinquième République.
Voilà que notre encore président devient gaulliste maintenant, lui qui justement s’est toujours comporté en président de l’UMP avant d’être celui de tous les Français ! Certes je veux bien que les Français ne se posent pas trop de questions, mais voir N. Sarkozy se référer au gaullisme, est aussi crédible que prendre Jaurès pour référence. Cela me fait penser à Louis-Napoléon Bonaparte tenant des propos sur la classe ouvrière, avant son accession à la présidence de la République, que des vrais socialistes n’osaient pas tenir. Et dire qu’il y a encore six mois avant les élections, six longs mois dont on n’avait pas besoin pour entamer le redressement du pays.
Michel Escatafal
19:13 Publié dans politique française | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, mouvement démocrate, république solidaire, débats de société
08/10/2011
Un monde qui ne tourne pas très rond...
Demain, comme je l’ai dit dans un précédent billet, j’irai voter à la primaire socialiste pour François Hollande. Oh certes ce ne sera pas avec un grand enthousiasme, mais ce sera uniquement par raison, parce que c’est le candidat socialiste le mieux à même de battre N. Sarkozy…en espérant que ce dernier ne soit pas au second tour et que ce soit F. Bayrou qui rafle la mise. Certains vont une nouvelle fois me trouver optimiste, mais quand j’entends ça et là certains dirigeants centristes, il est clair que le retrait de Borloo est d’abord une bonne nouvelle pour F. Bayrou, contrairement à ce que semble penser N. Sarkozy et ses amis, lesquels n’ont pas compris que l’essentiel des 6 ou 7% d’électeurs qui étaient prêts à voter Borloo, ne voteront pas N. Sarkozy au premier tour, ni éventuellement au second.
Et je ne suis pas le seul à le dire ! En outre, même s’il est candidat, Morin ne fait pas le poids à côté de celui qu’il soutenait de toutes ses forces jusqu’au premier tour en 2007. En attendant, pour être tout à fait honnête, j’ai hâte que cette primaire socialiste se finisse, parce que d’une part cela commence à être lassant pour qui n’est pas socialiste, et cela peut l’être aussi pour ceux qui le sont, tellement Martine Aubry semble se crisper contre son rival direct F. Hollande. Si finalement c’est lui qui est désigné comme candidat, comment va-t-elle s’y prendre pour dire qu’il faut voter pour lui contre N. Sarkozy, si ce dernier parvient à être au second tour. Manifestement la perspective d’être battue ne la rend pas sympathique…ce qui nous arrangerait bien si elle devait être l’élue socialiste. La politique paraît parfois compliquée, mais ce que l’on veut c’est voir gagner son camp !
Parmi les autres nouvelles notables de ces dernières heures, j’ai découvert que la réunion du G20 organisée les 3 et 4 novembre à Cannes, allait même avoir des incidences…sur le déroulement du championnat de France de football, puisqu’on a demandé à la Ligue de modifier les dates des matches prévus les 4, 5 et 6 novembre. A ma connaissance, mais je me trompe peut-être, je n’avais jamais vu pareille chose. Cela dit, le président de la République française assure la présidence du G20…ce qui n’est pas pareil qu’avec ceux qui ont déjà exercé la fonction. Faut-il pleurer ou en rire, même si le motif invoqué est une mobilisation des forces de l’ordre sans précédent ? Ce qui est sans précédent aussi, c’est la manière dont N. Sarkozy s’est fait rabrouer ces dernières heures par le ministre turc des Affaires européennes, suite à la demande du président français de reconnaître rapidement le caractère génocidaire des massacres de 1915 et 1916, dont furent victimes les Arméniens. Je cite ce que j’ai entendu, rapporté par France Culture hier midi : « Il serait mieux, pour la sérénité en France, en Europe et dans le monde, que Monsieur Sarkozy abandonne le rôle de l'historien et se creuse un peu la tête pour sortir son pays du gouffre économique dans lequel il se trouve et produise des projets pour l'avenir de l'Union européenne ». Dur de voir les Turcs nous faire la leçon, qui plus est sur ce ton !
Autre info qui ne m’a pas réjoui du tout, les Américains pourrait avoir un candidat républicain, Mitt Romney, pour le moins viril. En effet, pour lui « Dieu n'a pas créé ce pays pour être une nation de suiveurs », ajoutant un peu plus loin que « l'Amérique doit diriger le monde », et que « les Etats-Unis doivent toujours conserver leur suprématie militaire pour dissuader leurs agresseurs potentiels et défendre leurs alliés ». Cela nous rappelle qu’aux Etats-Unis, un néoconservateur se cache toujours derrière un autre néoconservateur…avec les conséquences que cela implique, c’est-à-dire une politique économique ultralibérale, et des Américains prêts à jouer à tout moment le gendarme du monde. Comme à l’époque de la guerre froide, sauf que la Chine n’a pas encore atteint la puissance militaire de feu l’URSS, comparée à celle des Etats-Unis. Si cela continue on va presque regretter le temps où la planète était séparée en deux mondes, le bloc occidental et le bloc soviétique. Et dire qu’on nous annonçait au moment de la chute de l’Union Soviétique un monde nouveau !
Cela étant, malgré les craintes que l’on peut avoir sur un possible retour des Républicains au pouvoir, rien n’est encore sûr, car les Américains commencent à en avoir assez de voir le chômage s’envoler, et la croissance rester à un niveau insignifiant pour eux (0.3 à 0.4% par trimestre). Cependant il va falloir que Barack Obama se montre plus offensif vis-à-vis de ses adversaires conservateurs s’il veut être réélu. Il va surtout falloir qu’il prenne à témoin les Américains que chaque fois qu’il propose une avancée en matière économique ou sociale, il ne peut pas le faire à cause de l’obstruction systématique des conservateurs lesquels, malgré l’état de quasi faillite dans lequel ils ont mis le pays, ne pensent que libéralisme pur et dur. Heureusement pour B. Obama il y a « les indignés », qui veulent en automne faire un « printemps américain », comme ils disent.
Et ces « indignés » sont d’autant plus sympathiques qu’ils s’en prennent non seulement à Wall Street, mais aussi à la guerre en Afghanistan qui engloutit force milliards de dollars depuis dix ans…pour finir par voir les talibans récupérer le pouvoir en 2013 ou 2014. En fait les Etats-Unis font la guerre, mais savent déjà qu’ils ne vont pas la gagner, d’où ces négociations plus ou moins secrètes avec des talibans, et la décision de retrait progressif jusqu’en 2014. Je ne serais même pas surpris qu’avec la proximité des élections, ce retrait soit programmé un peu plus tôt, ce qui contenterait tout le monde à commencer par les Afghans. Et dire que N. Sarkozy veut attendre deux ans encore pour faire rentrer nos troupes, alors que nos finances sont exsangues !
En tout cas la chancelière Angela Merkel va le bousculer quelque peu ce week-end pour que la France apporte son soutien à une recapitalisation dans les meilleurs délais des banques européennes, à l’image de ce qui a été fait en octobre 2008 après la faillite de Lehman Brothers. J’espère simplement, sans trop y croire, que si cette solution est adoptée, l’Etat prendra ses responsabilités en rentrant dans le capital de ces établissements, et que leurs activités seront sévèrement contrôlées. Il le faut d’ailleurs, parce que l’Etat va devoir s’endetter encore davantage pour recapitaliser les banques les plus exposées aux dettes des Etats. Et où va-t-on prendre l’argent s’inquiètent certains ? N. Sarkozy préfèrerait, par peur de la perte du triple A, que l’on sollicite en priorité le Fonds européen de stabilité financière (440 milliards d’euros) qui devrait être porté à un niveau plus élevé. A propos de triple A, il est quand même ahurissant de constater à quel point les agences de notation font la pluie et le beau temps, preuve que le pouvoir politique a baissé les bras depuis de nombreuses années devant le pouvoir financier.
Je pourrais aussi évoquer les prêts aux collectivités locales qui, chez nombre d’entre elles, vont coûter beaucoup plus cher à cause des prêts toxiques qu’elles ont souscrits. Qu’il est loin le temps où les collectivités empruntaient à taux fixe auprès du Crédit Local de France (ancêtre de Dexia), du Crédit Agricole ou de la Caisse d’Epargne…sans que cela ne mette en péril ni les banques, ni le financement des collectivités ! Seulement voilà, on s’imaginait qu’en privatisant (sans contrepartie) le crédit tout irait mieux, comme on nous disait qu’en privatisant l’eau, le gaz etc. la concurrence ferait baisser les prix, pour le plus grand bonheur du consommateur. Qui ne se rappelle la manière dont on nous avait vendu en 1986 la privatisation de la BNP ou de la Société Générale, traitant de « marxistes attardés » ceux qui n’y étaient pas favorables ou qui prônaient des contrôles sévères.
Vingt cinq ans plus tard, on va sauver le système bancaire pour la deuxième fois en trois ans, en nous promettant de nouveau de s’attaquer aux paradis fiscaux, ce qui me rappelle cette phrase définitive de N. Sarkozy affirmant à la télévision en 2009 : « Il n’y a plus de paradis fiscaux ». Comment pouvait-il dire cela devant des millions de téléspectateurs ? Cela étant il avait aussi dit en septembre 2008, sans rire, que « l’autorégulation pour régler tous les problèmes (des banques), c’est fini. Le laissez-faire, c’est fini. Le marché qui a toujours raison, c’est fini ». On connaît la suite, et aujourd’hui tout le monde s’enfonce dans la crise avec une croissance mondiale qui s’affaisse partout sur la planète, y compris en Asie, notamment en Chine qui s’attend à descendre en dessous de 9% pour la première fois depuis dix ans. Oui le monde va mal, et malheureusement cela pourrait durer un certain temps encore…pour le plus grand malheur des peuples à qui on impose des mesures de plus en plus sévères, alors que ce ne sont pas eux les fautifs de cette crise. Et l’on s’étonnera après que le FN et les autres mouvements populistes gagnent du terrain partout en Europe !
Michel Escatafal
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