08.11.2009

Réflexions personnelles à propos de la chute du mur de Berlin

mur de Berlin.jpgmur USA-Mexique.jpgCes jours-ci le monde entier célèbre le vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin avec un certaine emphase, mais aussi avec peu d’enthousiasme. Je dis peu d’enthousiasme, parce que les espoirs ont été tellement déçus qu’il faut une certaine bonne volonté pour arriver à trouver quelques éléments réellement positifs, dans le symbole que représente la chute de ce mur pour les Allemands et le monde. Certes le peuple Est-allemand est plus libre qu’à l’époque horrible du communisme. Certes aussi le niveau de vie de ces mêmes Allemands de l’Est a progressé globalement, mais il reste quand même une grosse sensation de gâchis devant l’évolution du monde au cours des vingt dernières années en Allemagne, comme ailleurs.

Qu’avons-nous fait en Allemagne et en Europe de l’Est de cette liberté retrouvée ? Est-ce que notre monde est tellement meilleur depuis la fin de l’empire soviétique ? Beaucoup de questions se posent aujourd’hui que l’on n’osait même pas se poser à l’époque. J’irais même jusqu’à dire que nous n’avions pas le droit de nous les poser, tellement les médias et les politiques nous disaient que nous étions entrés dans une nouvelle ère. Mais quelle ère ? Pour ma part, je faisais partie des sceptiques sur la naissance d’un monde nouveau. Ceux qui m’ont connu à ce moment s’en souviennent, et écoutaient avec effroi ou presque mes paroles remplies de doute sur l’évolution de la société que nous allions offrir à l’ensemble du monde.

Et de fait, hélas, mes craintes se sont vérifiées, et je reconnais volontiers bien au-delà de ce que je craignais. Nous sommes en effet en plein dans le règne du capitalisme triomphant, et de l’ultra libéralisme arrogant. La preuve, malgré une crise sans précédent depuis 1929, ceux qui nous y ont conduits recommencent à faire comme si rien ne s’était passé, alors que leurs affaires ont été sauvées de la faillite…par l’argent du peuple. Les Etats ont renfloué à coup de milliards d’euros ou de dollars nombre de grandes banques ou de grosses entreprises multinationales, mais cela n’a pas empêché ces grosses entités de licencier par milliers leurs ouvriers ou employés, ou pour les banques de refuser d’ouvrir les vannes du crédit pour permettre aux PME de surmonter les effets de la crise.

Pire même, les firmes qui allaient bien ont aussi profité de l’aubaine pour réduire au maximum leurs effectifs, ou pour acheter à vil prix des affaires plus petites en « restructurant » au maximum…afin d’offrir de nouveau des rendements confortables aux actionnaires. Et dans la foulée les Etats qui se sont endettés, parfois à des niveaux très élevés, pour aider les grandes banques ou entreprises à passer le cap diminuent les dépenses publiques, notamment les services publics que le peuple a contribué à mettre en place…avec ses impôts et les divers prélèvements qui lui ont été imposés. Et c’est ainsi que dans certains pays, par exemple la France de Nicolas Sarkozy, on impose la fiscalisation des indemnités journalières au titre des accidents du travail, alors qu’on se refuse obstinément à revenir sur le bouclier fiscal à 50%.

En outre quand on regarde de près le monde actuel, on s’aperçoit que la guerre est plus que jamais présente dans plusieurs régions du monde, notamment au Moyen-Orient…parce que nous avons voulu y importer notre civilisation. Comme si celle-ci était la panacée ! Combien de dizaines, voire de centaines de milliers de morts en Irak depuis 2003 ? Et l’Afghanistan ? Le conflit entre Israël et les Palestiniens a-t-il évolué de manière positive depuis 1989 ? Nous connaissons tous plus ou moins les réponses à ces questions. En outre pourquoi cet acharnement à vouloir coûte que coûte faire semblant de croire que les troupes de l’OTAN vont l’emporter en Afghanistan, pays où les récentes élections à la mode occidentale ont montré à quel point le concept même de démocratie est dévoyé ?

Décidément nous sommes bien loin du monde radieux et triomphant qui devait illuminer notre planète, après la chute du mur de Berlin et la fin du communisme soviétique, et ce d’autant qu’on construit de nouveaux murs un peu partout et sur tout les continents, en Asie, en Afrique, et même entre états démocratiques et amis comme les Etats-Unis et le Mexique (photo de droite). Et tout cela pour empêcher des gens qui meurent de faim d’essayer d’entrer dans des pays où ils pensent avoir davantage de chances de survivre. Quelle tristesse ! Et il faut en plus qu’un pays comme le nôtre serve d’exemple pour mieux expulser ses « sans-papiers ». Qui oserait dire de nos jours que la France est le pays des droits de l’homme ?

Michel Escatafal

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