02.11.2009

Notre pays perd tous ses principes et tous ses repères

Notre pays est en train de devenir une véritable pétaudière, où tout est fait en dépit du bon sens et où il est permis de dire n’importe quoi sans que personne ne s’en offusque. Et si on trouve que j’exagère, je me contenterais de citer cette déclaration de l’Elysée qui vaut son pesant d’hypocrisie : « Il existe un principe qui est celui de la séparation des pouvoirs. Je suis le président de la République, successeur de Jacques Chirac. S'il y a bien quelqu'un qui ne peut présenter le moindre commentaire, c'est moi. Quels que soient les sentiments que j'ai pu avoir à l'endroit de Jacques Chirac, je ne peux faire aucun commentaire ». Bravo à notre président de la République de rappeler qu’il y a séparation des pouvoirs dans notre république, mais alors pourquoi parler devant des millions de téléspectateurs de « coupables » à propos des prévenus du procès Clearstream ? Plus c’est gros, plus c’est passe, comme dirait l’autre !

Cela étant je comprends que Nicolas Sarkozy puisse avoir de tels trous de mémoire dans la mesure où dans notre pays tout va de mal en pis. Et même la presse complaisante n’arrive plus à trouver des justificatifs à un pouvoir qui n’arrive plus à se justifier. Et comme toujours, quand les choses vont dans le mauvais sens, chacun dans la majorité essaie de faire semblant de se démarquer…pour essayer de préserver son avenir électoral. Quel dur métier d’être godillot ! Même Jean-Pierre Raffarin s’y met, avec ce qu’on appelle avec exagération « la fronde des sénateurs ».

D’autres vont même jusqu’à parler de révolte de « la droite cassoulet », tout cela à propos de la suppression de la taxe professionnelle qui va priver les collectivités locales d’une bonne partie de leurs ressources fiscales. Or, compte tenu des déficits publics abyssaux qui affectent le budget de l’Etat, chacun sait bien que celui-ci ne compensera pas le manque à gagner provoqué par la suppression de la T.P., comme l’a souligné  Alain Juppé en disant que « proposer cela, c’est se foutre du monde ». En fait, députés et sénateurs ont peur qu’on leur reproche un jour de ne pas avoir réagi sur ce problème…surtout si à cause de cela les impôts locaux doivent augmenter.  Certains vont finir par croire que ce n’est pas une sinécure d’être politicien ou « politicard » professionnel !

En revanche on n’a pas encore entendu la « droite cassoulet » sur le fait que la France va devoir importer de grandes quantités d’électricité cet hiver. On nous parle même de l’équivalent de production de quatre centrales nucléaires. Qu’est-ce que cela signifie ? Que l’on n’investit plus assez dans la production d’électricité, malgré les augmentations constantes des tarifs de l’électricité payé par les particuliers et les entreprises.  Et si tout cela était la conséquence d’investissements douteux sur le plan technique et financier ? Au fait la vocation d’EDF n’était-elle pas d’abord d’assurer la suffisance en énergie de notre pays ? Bref, là encore les gens ne se rendaient pas compte de la chance extraordinaire d’avoir des entreprises nationales comme EDF ou GDF pour assurer notre approvisionnement électrique.

Hélas,  malgré les promesses réitérées de Nicolas Sarkozy sur la non-privatisation de GDF, celle-ci est à présent effective. Quant à l’ouverture aux capitaux privés d’EDF, tout le monde sait bien que cela signifie à très court terme la privatisation pure et simple. Voilà les Français prévenus : l’électricité va augmenter dans les mois et les années à venir, et sans doute de manière significative. Il ne restera plus à certains qu’à s’éclairer à la bougie. Et dire que François Bayrou a été quasiment le seul à se battre pour éviter que l’on n’en arrive là, en proposant une grande entreprise publique EDF-GDF, au motif que c’était « l’effort des Français  qui avait permis de construire le réseau jusqu’au plus petit village » ! Personne semble-t-il ne s’en rappelle, et c’est bien dommage.

En tout cas notre leader a bien fait de souligner ces derniers jours, qu’il était scandaleux que le nouveau PDG d’EDF ait pour projet de faire d’EDF, entreprise (encore) publique, le premier actionnaire de Véolia, son ancienne entreprise…dont il conserve la présidence du conseil d’administration. Pour François Bayrou, « on va mettre à la charge du consommateur d'électricité français le désendettement d'une entreprise privée », ajoutant  que « ceci est absolument le contraire des principes qui jusqu'à maintenant avaient inspiré l'action de l'Etat dans ce domaine si sensible de l'électricité ». C’est sans doute cela aussi la fameuse « droite décomplexée » dont parlaient les thuriféraires de Nicolas Sarkozy. Décidément la France est en train de perdre tous ses principes et tous ses repères !

Michel Escatafal