30.10.2009

Tout cela donne le tournis...

La présidence belge de l’Union Européenne, qui va commencer le 1er juillet 2010, va disposer pour ses six mois d’activité d’un budget de 100 millions d’euros, ce qui paraît beaucoup. Toutefois cela ne représente qu’environ 58% des dépenses de la présidence française l’an passé. D’ailleurs le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes belge, Olivier Chastel,  ne se prive pas de dire, à ceux qui trouvent la note salée dans le royaume, qu’avec 100 millions ce sera « une présidence sobre et ambitieuse. Et d’ajouter perfidement : « On est largement en dessous de la France, qui avait dépensé 171 millions ».

 

Décidément dès qu’il s’agit de dépenses liées à l’activité de notre président, qui est aussi Premier ministre et ministre de tous les ministères, la France se situe toujours en tête du peloton. D’ailleurs le tarif moyen pour une présidence européenne se situe entre 70 et 80 millions d’euros, sauf pour l’Allemagne qui avait dépensé 180 millions au premier semestre 2007. Evidemment nous ne pouvions pas faire moins que notre voisin allemand, sauf que notre pays connaissait déjà l’an passé une explosion des déficits qui allait nous amener à la dramatique situation dans laquelle nous nous trouvons, et aujourd’hui moins que demain. Cela dit, j’ai noté la relative gentillesse de la Cour des Comptes qui par la voix de son président, Philippe Seguin, parle d’opérations « mal programmées » avec en outre « un certain nombre de dérives et un certain nombre d’erreurs ». Qu'en termes choisis ces choses-là sont dites!

 

Néanmoins, au Quai d’Orsay, on a trouvé immédiatement la parade pour expliquer ce que la Cour des Comptes appelle des « dérives », en affirmant péremptoirement que « l’on attend davantage d’une présidence française ». On aurait pu ajouter surtout quand celui qui assure la présidence française s’appelle Nicolas Sarkozy, le dirigeant que le monde entier nous envie…et que les Français dans leur grande majorité ne savent pas apprécier. Et comme si son pouvoir n'était pas suffisant, notre président de la République s’était mis dans l’idée de ressusciter l’empire romain en essayant, au demeurant sans grand succès, de revitaliser l’Union pour la Méditerranée...dans l'espoir évidemment d'en avoir le leadership.

 

Résultat, le 13 juillet 2008, Nicolas Sarkozy a réuni à Paris un sommet pour cette U.P.M.avec à la clé un dîner pour les 43 chefs d’Etat présents qui a coûté plus d'un million d'euros, soit 5050  euros par personne. Et pour l’anecdote, on apprend qu’une douche (entre autres aménagements de locaux avec sanitaires) a été installée pour l'occasion à l'endroit où se tenait le sommet, le coût global depassant 245.000 euros. Au total cette réunion aurait coûté 16,6 millions d’euros. On comprend pourquoi la Cour des Comptes parle d’un « épisode pas très glorieux du point de vue des finances publiques ». Cela étant quand on atteint 150 milliards d’euros de déficit budgétaire, on n’est plus à quelques millions d’euros près. Malgré tout 245.000 euros pour l’installation d’une douche et quelques aménagements de locaux avec sanitaires c’est quand même beaucoup, à moins que la douche ne soit dorée à l’or fin. Et le pire est qu’elle n’aurait même pas servie!

 

Et pendant ce temps le contribuable français souffre de plus en plus, sauf ceux qui sont protégés par le bouclier fiscal auquel il est absolument interdit de toucher. Entre le décompte final des impôts, les taxes d’habitation ou foncières très souvent en hausse significative, sans oublier les assurances, l’eau, le fuel pour le chauffage avant l’hiver, les charges de l’immeuble, bref chaque fois qu’il va chercher son courrier c’est la peur qui envahit notre contribuable. Elle l’envahit d’autant plus qu’il a comme chaque mois ses crédits à rembourser, sachant que son banquier ne lui fera pas de cadeau s’il dépasse son découvert…alors que ses impôts ont permis à l’Etat de consentir des prêts a sa banque comme aux autres, il y a quelques mois.

 

Tout cela sur fond d'une dette publique qui devient de plus en plus abyssale, au point que l'impôt sur le revenu payé par les Français est nettement insuffisant pour en payer les intérêts, je dis bien les intérêts, alors qu'en 1980 un tiers seulement de cet impôt suffisait malgré des taux infiniments plus élevés. Cela les Français commencent à le réaliser, et c'est ce qui me fait dire que les mois à venir pourraient être difficiles pour le pouvoir. Les Français ont compris que le temps des illusions est passé, et ils savent à présent que l’addition à payer sera très sévère et va concerner plusieurs générations. Et ce n’est pas la résurgence des débats surannés sur l’identité nationale qui va détourner leur attention, car désormais une bonne majorité des Français ne fait plus confiance à Nicolas Sarkozy pour résoudre leurs problèmes.

 

Au contraire ils ont le sentiment d’avoir été floués par un homme qui leur promettait tout et le reste, sans en prévoir le financement. Notre président de la République ne sait pas compter, surtout quand il s’agit du budget de la France, sinon comment expliquer une telle explosion de nos déficits. Espérons simplement que les Français auront conscience de l’impasse dans laquelle les conduit un président qui s'est attribué tous les pouvoirs. Espérons aussi qu'ils se rappelleront que chaque fois que notre pays s'est trouvé dans pareille situation le prix à payer en a été démesuré. 

 

Michel Escatafal

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