16.10.2009

La capacité d'indignation se perd de plus en plus

Est-ce pour déstabiliser le MoDem, déjà mis à mal par des élections européennes peu satisfaisantes, ou bien y-a-t-il quelque chose de vrai dans la possibilité de voir Corinne Lepage quitter le MoDem ? Je ne sais pas. Ce que je sais c’est qu’on la voit ou on l’entend beaucoup depuis quelque temps, et le plus souvent en faisant ami-ami avec les Ecologistes.  Alors pour le moment je m’en tiens au démenti fait sur I Télé ce matin, dans lequel Corinne Lepage affirmait ne pas quitter le MoDem. Nous verrons bien, mais ce qui est sûr c’est qu’il est impensable que notre mouvement perde un à un ses leaders nationaux, à moins que ces leaders soient tout simplement déçus que leur parti ne leur offre pas rapidement les postes ou mandats qu’ils estiment hautement mérités. Seulement pour avoir ce type de récompense il faut avoir plus que 8 ou 10% des voix. Et à  qui la faute si on ne fait pas mieux ? A ceux-là même qui voudraient que nous fassions davantage sur le plan électoral, et qui n’hésitent pas à se lancer dans des alliances improbables.

 

En tout cas, je puis en témoigner, les militants ne font pas ce type de calculs, et essaient de faire le maximum avec les moyens dont ils disposent. En outre ces mêmes militants ne quittent pas leur parti pour un oui ou un non, parce qu’ils ont toujours l’espoir que le MoDem finira bien par retrouver ses valeurs, et puisse de nouveau attirer les électeurs écoeurés par la politique politicienne. Seulement pour cela il faut d’abord croire à ses propres valeurs, même si elles ne permettent pas immédiatement de se traduire en sièges ou mandats électoraux. Il est vrai que c’est tellement plus commode d’être opportuniste, quitte à se contorsionner comme par exemple le fait la Secrétaire d’Etat aux Sports, Rama Yade, laquelle après avoir fait un pas en avant dans la critique finit toujours par apporter un bémol à ses dires quelques jours après. En tout cas, elle est jeune mais elle a déjà tout compris du fonctionnement des politiciens professionnels.

 

Pour ce qui me concerne, n’étant candidat à rien, je fais partie de ceux qui ont considéré l’escapade mosellane de Nicolas Sarkozy comme un nouveau « coup de communication ». Pourtant cette région que je connais bien pour y avoir vécu huit ans, mérite mieux que cela. Seulement voilà, aujourd’hui l’Etat est « en faillite» comme l’a dit François Fillon, beaucoup plus d’ailleurs aujourd’hui que quand il l’a dit, et se trouve bien incapable d’assurer correctement la reconversion des pôles industriels frappés par la mondialisation, comme ce fut le cas après la crise de la sidérurgie. Pire même il supprime nombre de casernes qui assuraient une vie locale dans des contrées qui n’avaient plus rien d’autre, et tout cela dans le but de faire des économies. Mais au fait qui c’est l’Etat ? Réponse, en France l’Etat c’est le président de la République, qui est aussi le chef du gouvernement et le ministre de tous les ministères.

 

En disant cela je ne peux cesser de penser à la responsabilité de ceux qui ont demandé et obtenu, que le quinquennat remplace le septennat pour le mandat de président de la République. Beaucoup de monde s’imaginait que passer d’un mandat présidentiel de 7 ans à 5 ans, ne changerait rien de bien important sur le plan institutionnel. Funeste erreur, surtout avec des élections législatives dans la foulée de l’élection présidentielle ! Il fallait bien quand même qu’un jour ou l’autre un Nicolas Sarkozy soit élu président de la République, ce qui signifie une dérive franchement monarchique de la fonction présidentielle. Ce qui avait été une bonne application de la constitution à ses débuts (1958 à 1962), mi-présidentielle, mi-parlementaire, et qui avait été remarquablement illustré entre 1976 et 1981 (Giscard-Barre) avec un président qui fixe les grandes orientations, et un Premier ministre qui conduit la politique de la Nation, est devenu aujourd’hui un véritable pouvoir personnel, entièrement concentré à l’Elysée, au point que tout le monde se demande à quoi sert Monsieur Fillon.

 

Or, et je ne cesse de le répéter, ce type de fonctionnement de nos institutions amène toujours à la confusion, et se termine dans la douleur. L’autorité du chef de gouvernement, sans cesse bafouée, ne peut plus s’exercer y compris et surtout sur les problèmes budgétaires, d’où les dérives que nous connaissons. N’est-il pas significatif que nous ayons droit constamment à des déclarations contradictoires entre les différents ministres, au point parfois qu’on a l’impression qu’ils n’appartiennent pas au même gouvernement. Est-ce normal que les ministres apprennent certaines décisions du chef de l’Etat en pleine conférence de presse ? Voilà où mènent ces dérives institutionnelles.

 

En plus, il n’y a pas dans ce gouvernement de fortes personnalités capables de faire entendre leur voix, voire même de démissionner en cas de désaccord flagrant avec des décisions qui ne leur conviennent pas. Quand on pense à la manière dont Juppé est allé à Canossa, sur la suppression de la taxe professionnelle, on ne peut qu’être atterré alors qu’il n’est même pas ministre. Comment un ministre de la Justice peut-il laisser passer sans rien dire le fait qu’un président de la République parle de coupables à propos du procès Clearstream ? Comment cette même Garde des Sceaux ou le ministre des Affaires étrangères peuvent-ils laisser Nicolas Sarkozy estimer que les poursuites de la justice américaine pour viol contre Roman Polanski ne constituaient pas, trente deux ans après les faits, « une bonne administration de la justice ». Mais de quoi se mêle notre président de la République, et surtout pourquoi faut-il que ce soit des gens comme vous ou moi qui s’indignent avec le plus de véhémence ?

 

Voilà quelques exemples qui démontrent à l’envie que la classe politique française n’a plus cette capacité d’indignation qui a valu la gloire éternelle à quelques uns de ses représentants. On ne demande pas nécessairement à nos politiciens de ressembler à Gambetta, Clémenceau, Poincaré, Aristide Briand ou plus près de nous Pierre Mendès-France ou Chevènement, tous capables de quitter un gouvernement plutôt que « fermer sa gueule ». Mais quand même se laisser piétiner aussi facilement, ou changer de camp pour un portefeuille ministériel apparaît indigne. Et pendant ce temps la crise n’en finit plus de faire des ravages avec comme principale conséquence le chômage, et pendant ce temps on supprime des services publics pourtant indispensables dans certaines régions, et pendant ce temps les paysans ne peuvent plus vivre de leur travail, et pendant ce temps on n’a pas assez d’argent pour encourager le financement, l’innovation, et la capacité exportatrice des PME, et pendant ce temps…Et cela va durer jusqu’en 2012 !

 

Michel Escatafal

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Commentaires

Cher Michel, juste une petite intervention sur Corinne Lepage.
J'ai un peu peur que le malaise soit profond, et je ne pense pas que Corinne Lepage recherche un mandat ou un marocain...Il y a un probléme de fond mais je ne PEUT pas le dévellopper ici.

Ecrit par : Marien Lovichi | 17.10.2009

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