12.10.2009

Ah si cela pouvait être vrai !

« Pour ma part, je regrette d’avoir voté pour  Nicolas Sarkozy, mais où sont les vrais challengers » ?  Voilà ce que nous lisons à longueur de temps sur la blogosphère ou entendons dans les conversations au marché. Cela ne fait que confirmer ce que je ne cesse d’affirmer depuis des mois et des mois, à savoir que les Français sont comme anesthésiés. Peu de révolte contre les mauvais coups portés par le pouvoir à l’encontre des règles les plus élémentaires de la démocratie. Un simple exemple suffit à illustrer ce que je dis, la nomination de Jean Sarkozy à la tête de l’EPAD, considéré comme « le coffre fort des Hauts de Seine » pour parler comme Manuel Valls. Cette droite dite décomplexée se permet tout, absolument tout, sans qu’apparemment la presse ne s’indigne.  Ah le pouvoir de la presse ! Je comprends pourquoi nos ancêtres se sont tellement battus pour cette liberté essentielle, tellement difficile à faire vivre y compris de nos jours.

Oui les médias endorment la population avec complaisance, en ne délivrant comme information que des choses futiles ou sordides…qui font oublier l’essentiel. Un exemple, on nous parle beaucoup depuis hier des violences à Poitiers, au demeurant tout à fait inacceptables, mais qui devait éradiquer ce phénomène « inqualifiable » comme dit le maire de Poitiers ? N’est-ce pas Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur pendant quatre longues années dans le précédent quinquennat ? N’est-ce pas ce même Nicolas Sarkozy qui depuis son élection à la présidence de la République multiplie les lois sécuritaires sans faire reculer l’insécurité ? Et dire que l’élection présidentielle 2002 s’est jouée, en quasi-totalité, sur le sentiment d’insécurité que ressentaient les Français, au point que Jean-Marie le Pen fût qualifié pour le second tour ! Il n’y avait pas un seul jour à l'époque sans que  TF1 ne sorte un crime ou une exaction, y compris dans les endroits les plus reculés, afin de montrer l’inertie du gouvernement  Jospin en terme de sécurité.

Tout cela pèse lourd sur l’inconscient collectif, et les gens, je dirais même les braves gens, finissent par « tomber dans le panneau ». Et c’est comme cela que l’on gagne ou on perd une élection présidentielle. C’est ce qui s’est passé en 2002, comme en 2007. Je me souviens d’ailleurs des reproches que certains électeurs me faisaient sur les marchés, en me disant que François Bayrou ne pouvait pas les faire rêver en parlant de réduction de la dette ou d’Etat impartial. Evidemment c’était difficile de lutter face à des gens qui ne cessaient de promettre tout et son contraire sur la sécurité, l’immigration, la justice, le travail et le pouvoir d’achat (travailler plus pour gagner plus), la baisse des impôts… On avait beau essayer de dire que toutes ces promesses étaient intenables parce que non financées, rien n’y faisait d’autant que ces slogans s’étalaient dans les gros titres des journaux. Résultat, malgré nos efforts de pédagogie nous étions au mieux écoutés poliment, au pire éconduits.

Que se passera-t-il en 2012 ? Je ne sais pas, mais soyons sûrs qu’en 2011 notre budget sera terriblement déficitaire. Le clientélisme et l’arrosage tout azimut seront de rigueur, et peu importe les conséquences. La presse bien entendu « fera son devoir » en expliquant qu’il y a de bons et de mauvais déficits, que les Français doivent avoir confiance, et que ceux qui s’inquiètent ne sont que des rabat-joie. Et pendant ce temps les opposants à Nicolas Sarkozy, du moins certains d’entre eux, essaieront de rivaliser sur le plan de la démagogie au nom de l’écologie ou de la justice sociale, pour ne citer que ces thèmes. Bien entendu, on parlera de la situation catastrophique dans laquelle sera la France, mais on se gardera bien de proposer un programme sérieux de remise en état du pays…parce que ce serait suicidaire. Comme m’ont dit beaucoup d’électeurs en 2002, ils ont besoin de rêver quitte à avoir des réveils difficiles.

Et c’est comme cela que David Douillet, ancien champion de judo, se présente dans les Yvelines à une élection législative partielle. Quelle compétence peut bien avoir David Douillet pour peser sur les débats au Parlement ? Peu importe, il a gagné une médaille d’or aux Jeux Olympiques, et il a sillonné la France avec Bernadette Chirac pour récolter les pièces jaunes ou rouges qu’il y avait dans nos  porte-monnaie, afin de faire vivre une association caritative. Voilà l’expérience politique d’un très possible futur député UMP qui, entre parenthèse, remplacerait un député (lui aussi UMP) condamné à dix ans d’inéligibilité. Je ne sais pas quel sera le résultat final de cette élection, mais je crains que Douillet ne finisse quand même par l’emporter, même si ce pourrait être très juste malgré ses 44,2% du premier tour…dans une circonscription a priori acquise à la droite.

Au fait, les Français commenceraient-ils à se lasser de ce tralala permanent, marque de fabrique du président de la République depuis son avènement en politique? Possible comme le résume très bien le député UMP François Baroin : « la suppression de la taxe professionnelle, la réforme des collectivités locales, l’alourdissement de la dette publique font souffler un vent relativement mauvais pour la droite ». Il aurait pu aussi ajouter  l’affaire Mitterrand, sans oublier le désormais célèbre procès Clearstream, dont l’immense majorité de la population ne retient que le coût pharamineux dans une période où la justice manque de tout. Et si tout simplement c’était le début de la fin pour Nicolas Sarkozy ? Il devrait prendre garde, quand l’opinion se retourne cela peut aller très vite. Ah si cela pouvait être vrai !

Michel Escatafal

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