06.10.2009
Sommes nous réellement gouvernés?
Pendant que notre président est au Kazakhstan (pour quelques heures), et au lendemain de son show devant les PME réunies pour l’occasion, on vient d’apprendre que le déficit de l’Etat s’est encore creusé en douze mois puisqu’il atteignait fin août la somme astronomique de 127,6 milliards d’euros. Un an plus tôt, il était de 67,6 milliards. Autant dire que plus personne ne croit, à part Christine Lagarde, que le déficit sera de 141 milliards au 31 décembre. Même le Figaro semble en douter et plus encore ses lecteurs, c’est dire ! Et ce ne sont pas les mesures annoncées par Nicolas Sarkozy aux patrons de PME hier qui vont contribuer à maîtriser ces déficits. Par parenthèse, je redis encore une fois que ces mesures, qui vont coûter 2 milliards d’euros, ne sont en fait que du saupoudrage et donc ne vont en aucun cas résoudre les problèmes de financement des entreprises.
Celles-ci en effet devraient pouvoir s’appuyer plus efficacement et plus naturellement sur les banques…si ces dernières jouaient véritablement le rôle qu’on est en droit d’attendre d’elles. D’ailleurs au moment où l’Etat leur est venu en aide, il était prévu que cette aide devait permettre aux banques d’accorder des prêts aux entreprises, et donc les aider à boucler leur trésorerie en attendant la reprise des commandes. Au final, malgré les dénégations du gouvernement et de l’UMP, ce travail n’a pas été fait comme espéré, et aujourd’hui les banques n’ont de cesse de rembourser les prêts qui leur ont été consentis, avant une hausse des taux attendue dans les prochains mois.
Bien entendu tout le monde trouve cela normal dans les plus hautes sphères de l’Etat. Personne en effet n’avait songé, chez Nicolas Sarkozy et sa ministre des Finances, qu’il fallait rentrer dans le capital des banques, comme cela a été fait dans d’autres pays, avec au passage la possibilité de faire une belle plus-value dès que les bourses auraient rebondi. En outre ce même Etat aurait été en position de force, pour obliger les banques à respecter leurs engagements vis-à-vis des entreprises et des particuliers. Au lieu de cela, non seulement il n’y aura pas de plus-value, mais en plus l’Etat est obligé de consentir lui-même une aide aux PME…asphyxiées par les banques. C’est ce que l’on peut appeler de la belle ouvrage ! Avec de pareils gestionnaires, il n’est pas étonnant que l’on batte tous les records de déficit et d’endettement.
Fermons la parenthèse pour justement parler sérieusement de ces déficits. Si l’on en croit le ministre du Budget, tout est de la faute de la crise, ce qui est faux comme je l’ai souvent affirmé sur ce site, même si la crise a joué un rôle amplificateur. Pour autant, cette crise n’est pas arrivée en quelques jours, et il fallait se préparer à l’affronter. C’est ce que certains gouvernements ont fait, avec plus ou moins de succès, mais ils l’ont fait et gageons que dans ces pays la sortie de crise en sera facilitée. Ce ne sera pas le cas chez nous, et je ne suis pas le seul à dire, ce qui signifie que le pire est devant nous car la dette de notre pays commence à être gigantesque. Or jusqu’à présent, malgré tous les défauts que l’on pouvait trouver au modèle français, notre pays se caractérisait par des fondamentaux certes en constante dégradation, mais encore acceptables. Rappelons qu’il y a dix ans nous satisfaisions à tous les critères de Maastricht !
Tel n’est plus du tout le cas aujourd’hui, et c’est pour cela que j’affirme que le pire est devant nous. Certes la presse proche du pouvoir, donc la plupart des médias, essaient de trouver çà et là quelques pays qui font encore plus mal que nous, mais le problème est que chez nous la situation se dégrade à une vitesse vertigineuse. Nous en arrivons à une situation inextricable parce que notre pays souffre de tous les maux à la fois, à savoir le vieillissement de sa population même si c’est un peu moins le cas qu’ailleurs, une sous-compétitivité criante, une industrie fragilisée, un chômage qui retrouve des niveaux très élevés, des comptes sociaux plus déficitaires que jamais, une dette qui devient énorme* et une monnaie forte, ce qui dans notre cas ne peut qu’aggraver nos problèmes alors que pour d’autres pays, l’Allemagne par exemple, c’est un atout.
Face à toutes ces difficultés que fait le pouvoir en France ? Il emprunte, et avec cet argent il « arrose » toutes sortes de catégories sociales en espérant gagner du temps (jusqu’en 2012 ?). Un jour ce sont les jeunes qui bénéficient de quelques « mesurettes », un autre jour les agriculteurs, un autre les petites entreprises, sans parler des exonérations fiscales accordées à certaines professions, par exemple les restaurateurs. Comme le dit François Bayrou, « on distribue des milliards qu’on n’a pas », ce qui ne règle pas les problèmes. Et pour cause, depuis deux ans et demi nous n’avons pas de ligne directrice dans la gestion des affaires du pays. Tout est fait dans l’improvisation, dans l’instant, sans penser aux conséquences.
Seulement voilà, un jour il va falloir payer l’addition et elle sera douloureuse, car on n’échappera pas à une augmentation significative de la fiscalité, au risque de casser la croissance. Et si par malheur Nicolas Sarkozy devait être réélu, nous savons déjà qui en paierait le prix : ceux à qui on peut encore prendre quelque chose. Les autres sont tranquilles, ils ont un bouclier pour les protéger, ou bien ils peuvent se réfugier dans « des niches » où on ne viendra pas les déranger. Ah si j’allais oublier : j’ai entendu ce midi que le gouvernement avait trouvé la solution pour diminuer les déficits sociaux : faire la chasse à la fraude, en particulier la fraude sociale et les arrêts de maladie. Ouf, on est gouverné ! Et si vous en doutiez encore, je viens de découvrir que les ministres ont adopté le même régime que le président (soupe-fromage blanc-fruits rouges), et que leur embonpoint a diminué. Cela signifie que Raymond Barre avec son corps rond n’aurait pas pu faire partie de ce gouvernement. Cependant lui savait présenter un budget en équilibre, y compris dans une période de graves difficultés.
Michel Escatafal
*La dette brute est passée de l’équivalent de 91 milliards d’euros en 1980 à 720 milliards en 1997, pour atteindre 1210 milliards en 2007. En 2009 nous dépasserons 1500 milliards d’euros. Sans commentaire !
19:27 Publié dans économie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société



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