24.09.2009

Il y a des lapsus très révélateurs...

« Au bout de deux ans d'enquête, deux juges indépendants ont estimé que les coupables devaient être traduits devant un tribunal correctionnel ». De qui est cette phrase ? Du président de la République lui-même garant de l’indépendance de la justice. Curieux d’ailleurs que cette phrase ne fasse pas davantage  les grands titres des journaux  et autres télés ou radios ce matin, y compris de ceux être supposés un peu moins dociles que les autres, avant de finir par évoquer cette sentence un peu plus longuement.

En tout cas il y en a au moins deux qui n’ont pas cherché à comprendre, à savoir les deux journalistes de TF1 et France 2, trop heureux d’être là « à servir la soupe ». Je crois savoir que 12 millions de téléspectateurs ont regardé ce spectacle dérisoire d’un président omnipotent et omniprésent dans tous les médias, utilisant tous les ressorts de la mauvaise foi pour nous faire croire qu’il gouvernait et pesait sur les affaires du monde, mais je ne serais pas surpris si la prochaine fois il y a davantage de monde pour regarder, par exemple, le feuilleton de FR3 à la même heure.

Cela étant comment se fait-il que personne ou presque ne réagisse plus  vigoureusement devant les outrances d’un chef de l’Etat qui, par ailleurs, se permet sans cesse de donner la leçon à tout le monde,  en France et ailleurs ? Quand je pense tout ce que l’on a pu faire subir à Ségolène Royal pour deux ou trois maladresses dans l’emploi des mots ! Et pourtant comme l’a dit  Me Henri Leclerc, un des avocats de Dominique de Villepin dans l’affaire Clearstream, « c'est une atteinte scandaleuse aux principes fondamentaux » de la justice. Il est vrai que le chef de l’Etat n’en est pas à son premier dérapage sur ce plan puisqu’il avait déjà qualifié « d’assassin » Yvan Colonna avant son procès. Et dire que notre président a une formation d’avocat !

En tout cas François Bayrou a eu raison de souligner que Nicolas Sarkozy, « à la fois plaignant dans ce  dossier et garant de l’indépendance de la justice" est dans une «  position anormale qui ne devrait pas être acceptée dans une République qui a des principes ». Mais je le répète, le pire est que tout cela n’émeut plus grand monde, notamment dans les médias si prompt pourtant à relever les bévues…des politiques qui les dérangent ou qu’ils n’aiment pas. Comme si des bourdes ou des gaffes de cette nature, sortant de la bouche d’un chef de l’Etat, étaient banales ou pire excusables !

Sur France Info et les chaînes de Radio France, y compris France Culture, on parlait de « lapsus » au sujet du terme « coupables » employé par Nicolas Sarkozy, comme on l’avait fait quand il avait parlé « de transplantation de la foi » au lieu du foie dans un discours quelques jours auparavant. Là oui, il s’agissait d’un lapsus comme tout un chacun peut en faire, mais pas dans le cadre d’une intervention télévisée minutieusement préparée, sur un sujet touchant d’aussi près à sa fonction présidentielle. Et c’est aussi pour cela que je trouve trop indulgent le député socialiste Pierre Moscovici,  quand il prétend à propos du mot « coupables » que c’est l’inconscient du président qui a parlé, comme pour lui trouver une forme d’excuse.

En tout cas cela prouve que dans notre pays on a tendance à souligner le dérisoire plus que l’important, puisque tout le monde en revanche avait relevé la confusion de Nicolas Sarkozy quant il a voulu faire jouer sa nouvelle fibre écologiste, en affirmant que le carbone détruit la couche d’ozone, au lieu de dire le dioxyde carbone. Voilà ce que c’est de vouloir parler doctement de choses qu’on vient de découvrir ! Dans ce cas en effet, dire pareille ânerie scientifique est fâcheux, mais davantage excusable. Cela dit,  j’imagine encore une fois la réaction du Figaro, pour ne citer que lui, si cela avait été Ségolène Royal ou François Bayrou qui ait proféré une telle énormité.

Autre énormité dans un tout autre domaine, la taxation des indemnités journalières. La valse continue : après la taxe carbone, les indemnités journalières liées à un accident du travail. Pour l’UMP le temps de récupération et de réhabilitation, qu’il s’agisse d’un accident corporel ou psychiatrique, ce sont des vacances.  Et oui c’est tellement plus simple de voir les choses de cette manière ! Comme l’a dit François Bayrou sur RTL, « tout se passe comme si en France, c'étaient toujours les plus fragiles qu'on ciblait : accidentés du travail, annonce de la suppression de l'allocation d'éducation des jeunes enfants", alors que "ceux qui sont au sommet de la pyramide, ceux qui ont de très gros salaires, ceux qui ont des revenus et des patrimoines très importants, ceux-là sont protégés par la loi ».

Notre leader aurait aussi pu ajouter la hausse du forfait hospitalier qui va passer de 16 à 20 euros. Rappelons encore une fois que le trou de la sécurité sociale dépassera les 30 milliards l’an prochain, et que cette mesure lourde pour nombre de Français qui la paieront rapportera moins de 500 millions d’euros. Décidément ce pouvoir a toutes les audaces, puisqu’en revanche il s’interdit de toucher au bouclier fiscal ou autres niches qui ne concernent que les plus fortunés. C’est cela la justice sociale version Nicolas Sarkozy. Puissent le Français comprendre assez tôt que cette politique ne mène nulle part, sinon aux déficits et à la gabegie !

Michel Escatafal

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Commentaires

C'est vrai que cette différence d'"indulgence face aux lapsus" est frappante entre Sarkozy et Ségolène Royal...

Et le dioxyde de carbone (le carbone encore moins! Il confond peut-être avec la taxe?) n'est pas responsable du trou de la couche d'ozone, mais plutôt de l'augmentation de l'effet de serre. Il pourrait revoir ses dossiers avant de dire n'importe quoi!

Ecrit par : À la manière de Lost | 24.09.2009

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