18.09.2009

Quelle trace laissera J.M. Borroso dans la construction européenne?

J.M. Barroso.jpgJosé-Manuel Barroso a donc été reconduit comme prévu pour un second mandat comme président de la Commission européenne. Rien de plus normal puisque la droite ou plutôt les droites ont remporté les élections européennes, et qu’il avait le soutien des chefs de gouvernement y compris socialistes. Avec ce renfort, il ne pouvait qu’obtenir une large majorité, suffisante même dans le cadre du Traité de Lisbonne si, comme c’est vraisemblable, les Irlandais votent « oui » à ce traité par référendum le mois prochain. Est-ce une bonne chose pour l’Europe que cette reconduction de J.M. Barroso ? Oui diront certains, car dans une période difficile comme celle que nous vivons il faut une continuité à la tête de la Commission, même s’ils ajoutent qu’il faudra que l’ancien Premier ministre portugais se fasse un peu violence, pour éviter de se laisser phagocyter par les dirigeants nationaux, notamment ceux des grands pays.

A ce propos, on notera que Nicolas Sarkozy a fait plus ou moins toujours partie de ceux qui ont soutenu J.M. Barroso, et ce pour deux raisons principales : il parle remarquablement bien français, et il est plutôt malléable par rapport à certains de ses prédécesseurs. Ce ne sont pas des arguments forcément convaincants, mais sans doute Nicolas Sarkozy n’était pas le seul à lui trouver ce type de qualité, surtout la seconde. Cela étant le fait qu’il soit polyglotte (français, anglais, espagnol, portugais et un peu allemand) ne peut être qu’un avantage à son poste dans une Europe par essence diverse sur le plan linguistique. C’est même plutôt bien qu’il s’exprime en diverses langues dans sa fonction, comme il l’a fait hier dans un discours en français, et non systématiquement en anglais comme certains voudraient que ce soit le cas, alors que la Grande-Bretagne n’a pas fait partie des pays fondateurs.  

Pour le reste c’est plus compliqué, surtout quand on connaît ses prises de position politiques avant son arrivée à la tête de la Commission européenne. Quand il était Premier ministre du Portugal (entre 2002 et 2004), il était un fervent soutien de la politique de Georges Bush, et pour tout dire très atlantiste, allant jusqu’à annuler la participation du Portugal au programme de construction (par Airbus) de l’avion militaire européen. Ce n’est donc pas un européen dans l’âme, c’est le moins que l’on puisse dire ! C’est même un libéral pur et dur, même si comme d’autres il a mis un peu d’eau dans son vin. Il en a mis d’autant plus facilement que, selon ses détracteurs, son opportunisme a fait qu’il était prêt à tous les compromis pour garder son mandat. Cela étant, on en connaît d’autres chez nous !

En attendant, en lisant le compte-rendu d’une interview de D. Cohn-Bendit dans El Pais, ce dernier affirme que « promesses ou pas, Barroso n’est pas l’homme qu’il faut pour l’Europe ». Et il ajoute que « si on écoute Barroso, il n’y a personne de plus socialiste que lui, personne de plus écologiste, personne de plus libéral ». Cela nous fait penser irrésistiblement à quelqu’un d’autre ! Bref, pour D. Cohn-Bendit, Barroso n’est pas crédible, et la prochaine Commission va rencontrer beaucoup de difficultés. Certes c’est Cohn-Bendit qui dit tout cela, et question crédibilité je ne sais pas s’il est capable de donner des leçons. Toutefois il semble évident qu’il dise tout haut ce que nombre de députés européens pensent tout bas.

Avec lui la privatisation des grands services publics sera plus que jamais la règle sous couvert de respect de la concurrence, au mépris complet des desiderata des habitants de l’Union qui savent bien ce qui les attend une fois la privatisation mise en œuvre, avec la disparition des services non rentables. Mais il n’est pas un précurseur en la matière, car c’est ce qui se fait déjà dans les pays composant l’Union, notamment en France où on est en train de démanteler à une vitesse accélérée notre modèle social. En outre privatiser les grandes entreprises publiques permet de faire rentrer de l’argent dans les caisses de l’Etat, dans une période où elles sonnent creux un peu partout. Et c’est pour toutes ces bonnes raisons que les dirigeants européens se sont accordés sur le nom de J.M. Barroso, y compris les sociaux-démocrates. Quand il y a des mauvais coups à porter aux citoyens on n’est jamais trop nombreux ! En outre qu’ont fait les principaux opposants à J.M. Barroso quand ils étaient au pouvoir ? Qui en France a commencé la privatisation de France Télécom ?

On le voit, nous sommes en plein dans la politique politicienne, et je crains que nous soyons sur ce sujet comme bien d’autres loin des véritables enjeux de la construction européenne. Certains vont me répliquer que l’Europe c’est un compromis perpétuel, et sur ce plan J.M. Barroso est très fort sans doute, même trop. De toute façon quand on passe du maoisme, en réaction à la dictature à l’époque où il était étudiant, au soutien à Georges Bush, c’est qu’on est capable de faire le grand écart. Et puis l’art du compromis à un niveau élevé cela s’assimile à un manque de décision, surtout face aux égoïsmes nationaux de dirigeants se disant européen à Bruxelles, mais farouchement « nationaux » face à leur opinion publique. On connaît hélas la formule : « Quand une décision prise à Bruxelles est favorable à un pays, les dirigeants politiques nationaux se l’approprient, mais si cette décision est défavorable on accuse Bruxelles.

J.M. Barroso qui n’aime pas l’affrontement, aura quand même une lourde tâche dans les cinq ans à venir s’il veut réussir à laisser une trace dans l’histoire de la construction européenne. Déjà il va lui falloir essayer de gérer au mieux la sortie de crise avec les gouvernements nationaux, et surtout faire comprendre à ces derniers qu’ils ne peuvent pas s’assoir sur les déficits comme ils ont hélas pris l’habitude de le faire. Si la mission sera relativement facile avec certains pays à tendance vertueuse (Allemagne, Pays-Bas, Autriche, Finlande), cela sera beaucoup plus difficile avec les mauvais élèves de la classe que sont le Portugal, l’Italie, la Grèce…et la France.

Entre 2010 et 2012, Nicolas Sarkozy aura sûrement d’autres soucis que les déficits et la dette, et je souhaite bien du plaisir à la Commission pour faire comprendre à nos dirigeants que l’Europe a ses exigences. Comme chacun le sait, notre président de la République est surtout européen quand il peut donner l’impression qu’il exerce un leadership sur l’Union, sinon ce n’est plus trop son problème. Et il n’est pas le seul dans ce cas. A ce propos il ne faut pas s’étonner si avec un tel état d’esprit, les dirigeants européens ne donnent pas à leurs concitoyens une image favorable de l’Europe.

Michel Escatafal

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