31.08.2009
Communiquer, toujours communiquer, mais ce n'est plus suffisant!
Voilà ce que c’est de vouloir faire de la communication à tout propos ! Le gouvernement en effet par l’intermédiaire du ministre du Budget, Eric Woerth, avait cru bon, sans doute sur ordre du président de la République, d’indiquer que le fisc français connaissait les noms de 3000 contribuables fortement soupçonnés d’évasion fiscale en Suisse. Pour un scoop c’en était un, du moins le pensait-on au gouvernement. Simplement nos gouvernants oubliaient que quand on aborde ce genre de problèmes à grands coups de clairon, les effets sont exactement à l’inverse de ce que l’on attendait. Cela dit il n’y a rien d’étonnant à voir un gouvernement aux abois faire ce type d’erreur, tellement on a l’impression que notre pays est devenu un bateau ivre, rompant toutes les conventions de la morale, et voguant au gré des vents susceptibles d’intéresser l’opinion.
En outre de plus en plus nombreux sont les Français à être sceptiques dès que Madame Lagarde, ministre des Finances, et Monsieur Woerth, ministre du budget, font des déclarations, dans la mesure où tout ce qu’ils ont annoncé ou prédit jusque là s’est révélé totalement en décalage avec la réalité. Rappelons-nous les prévisions de croissance il y a un an très exactement, ainsi que les prévisions budgétaires. A ce propos il se pourrait même qu’ils restent dans l’histoire comme ceux qui ont creusé les plus gros déficits de l’histoire de notre République. On rentre dans l’histoire comme on peut !
En tout cas sur cette affaire d’évasion fiscale, les réactions ne se sont pas faites attendre, et cela a donné une bonne occasion aux socialistes d’être au moins d’accord sur un point, à savoir dénoncer le « deux poids deux mesures » concernant la chasse aux fraudeurs fiscaux. Décidément Nicolas Sarkozy et ses ministres se comportent de plus en plus comme des amateurs, où alors leur incompétence est encore plus grande que nous l’imaginions, car si ces fraudeurs fiscaux le sont vraiment il faut absolument les poursuivre sans tergiverser. On comprend que certains, comme le socialiste Michel Sapin, parlent d’amnistie fiscale déguisée avec une justice à deux vitesses !
Et dire que tout cela a pour seul et unique but de faire passer en douceur la désormais trop fameuse taxe carbone, qui est en fait une TIPP (taxe intérieure sur les produits pétroliers) généralisée à la quasi totalité des sources d’énergie. Certes dans l’opposition personne n’est trop d’accord sur ce prélèvement supplémentaire dans la poche des Français, avec par exemple des Verts résolument pour et des socialistes comme Ségolène Royal résolument contre, mais le gouvernement sent bien que l’adoption de cet impôt supplémentaire, même déguisé et même concocté par un ancien Premier ministre socialiste, ne passe pas aux yeux de l’opinion comme il l’espérait. Alors il fallait faire « un coup » en montrant qu’on tape sur les fraudeurs du fisc, comme on a donné l’impression de le faire vis-à-vis des banquiers qui s’octroyaient des bonus exorbitants.
Cette affaire des détenteurs de compte en Suisse est en train, également, de faire beaucoup plus de bruit qu’on ne l’imaginait…en Suisse. Je sais bien qu’en France l’information est très sélective, surtout pour tout ce qui peut mettre le gouvernement en difficulté, mais tel n’est pas le cas à l’étranger. En Suisse en effet, on peut lire dans certains journaux que les renseignements en possession de Monsieur Woerth proviendraient de trois établissements, « ces éléments laissant supposer des violations de la loi suisse sur les banques ». Pire même, d’après le journal suisse 24heures, un avocat d’affaires genevois doute que cette liste ait pu être obtenue par des moyens légaux pour la simple raison que les soupçons d’Eric Woerth portent sur des cas d’évasion fiscale. Or la convention bilatérale de double imposition actuellement en vigueur entre la France et la Suisse, « ne permet pas de réprimer ce comportement ».
Pour parler comme les jeunes gens d’aujourd’hui, j’aurais tendance à dire : « qu’est-ce que c’est ce plan foireux « ? Et je le dirais d’autant plus volontiers, que nombreux sont ceux qui considèrent cette sortie de notre ministre du Budget comme du bluff, dans l’espoir que certains détenteurs de compte se dénoncent. On peut toujours rêver ! Et même s’ils en avaient l’intention, certains avocats d’affaires se chargeront de leur dire que le guichet fiscal de régularisation mis en place en avril (entre la France et la Suisse) a permis de boucler…20 (vingt) dossiers. Or combien y-a-t-il de Français ayant des comptes en Suisse, en plus de ceux que connaît Eric Woerth ? Dernière question, pourquoi Eric Woerth s’est-il cru obligé de dire que les noms ont été obtenus « par le biais du renseignement fiscal…sans contrepartie financière ?
Décidément je finis par me demander jusqu’où va aller ce gouvernement pour essayer de nous démontrer qu’on est gouverné. Et dire que pendant ce temps certains parlent de « primaires ouvertes ou fermées », ou de rassemblement « arc-en-ciel » ou autres âneries de ce genre. Pourquoi au lieu de faire tous ces calculs politiciens, en vue des élections régionales dans un premier temps, ne fait-on pas en sorte de faire des propositions aux Français ? N’y-a-t-il pas au Parti Socialiste ou au MoDem suffisamment d’experts pour préparer un projet sérieux sur le plan économique, social, institutionnel, environnemental, afin de pouvoir le proposer aux Français sans attendre la campagne présidentielle, condition sine qua non pour pouvoir se mettre au travail immédiatement si par bonheur il y a une alternance en 2012? N’oublions pas que si les Français se débarrassent de Nicolas Sarkozy, ce sera dans l’espoir que d’autres puissent « changer la vie » et « gouverner autrement ». Or cela mérite préparation, ne l’oublions-pas !
Un dernier mot enfin, qui va me permettre de terminer mon propos sur une note d’optimisme. Dans le Var (Solliès-Pont) une élection cantonale partielle a eu lieu hier, et le candidat UMP pourrait bien être battu à l’issue du second tour, alors qu’il avait été élu au premier tour en mars 2008, avant de voir son élection invalidée pour une raison que j’ignore. Certes, comme toujours dans ces cas-là, il y avait une forte abstention, ce qui relativise le résultat, mais c’est quand même une tendance qui se précise depuis quelques mois. Les Français commencent à en avoir assez de ce pouvoir UMP qui mène notre pays dans le gouffre. Raison de plus pour ne pas sacrifier notre énergie dans des joutes politiciennes qui ne peuvent servir que ceux qui sont au pouvoir. Je suis sûr que si nous votions aujourd’hui pour les élections européennes, le Parti Socialiste ferait infiniment plus que 16%...parce qu’il a parlé à La Rochelle d’autre chose que les querelles de personnes. Faisons en sorte à la prochaine université d’été du MoDem de parler davantage de notre projet que de nos alliances pour les élections régionales, et nous retrouverons immédiatement notre crédibilité. Est-ce trop demander ?
Michel Escatafal
12:24 Publié dans politique française | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société
27.08.2009
Tout cela paraît bien "anodin"...
Cette fois c’est bien la rentrée dans notre pays. D’ailleurs il suffit de lire les journaux ou d’écouter les infos pour s’apercevoir que rien n’a changé depuis le mois de juillet. A peine le président de la République est-il rentré de vacances qu’il refait la une de l’actualité avec, hélas, toujours les mêmes thèmes rabâchés à satiété depuis des mois. Parmi ceux-ci, celui de la rémunération variable des banquiers avec l’adoption d’un système de bonus-malus. Autant dire qu’on est en train de faire beaucoup de bruit pour pas grand-chose, comme tout ce que fait Nicolas Sarkozy depuis qu’il est entré en politique.
Qui pourrait croire qu’un homme aussi intimement lié aux banquiers et industriels puisse prendre des mesures contraignantes à leur encontre ? Et d’ailleurs le voudrait-il, qu’il ne pourrait pas le faire. Qu’est-ce qui a changé réellement dans le monde de la finance et de la haute-industrie depuis l’éclatement de la crise ? Rien, sauf que des propositions ont été faites par les principaux dirigeants politiques de la planète, mais qui n’ont pas été suivies d’effet. Alors le bonus-malus pour les traders, c’est simplement un bon moyen de gagner un peu de temps et de calmer l’opinion, à juste titre scandalisée par les mirifiques salaires que s’octroient des gens qui ont mené la finance au bord du gouffre…à force de prendre des risques pour les autres. D’ailleurs, si j’ai bien écouté le président de la République, je ne l’ai pas entendu dire qu’il remettait en cause ces pratiques.
La rentrée c’est aussi l’enterrement des propositions des députés UMP, Gilles Carrez et Pierre Méhaignerie, qui avaient fait semblant de vouloir s’attaquer aux niches fiscales, sous forme de limitation pour certaines d’entre elles. Certes, personne ne se faisait d’illusions sur l’étendue de ces réductions, mais même l’amorce de l’esquisse du début du commencement d’une limitation c’était trop pour Nicolas Sarkozy et son gouvernement. Donc on ne fera rien de ce côté, et ce sont quelques milliards de moins pour un budget qui n’en finit plus de s’enfoncer dans le déficit. Il est vrai « qu’avec le débat sur la taxe carbone, il fallait éviter de prêter le flanc à la critique d'une droite alourdissant la fiscalité » pour parler comme Pierre Méhaignerie. Soit, mais à qui profitent en premier lieu ces niches fiscales ? Essentiellement aux plus riches des contribuables, car l’immense majorité des Français ne peut pas bénéficier de la règlementation des avantages fiscaux, par exemple sur les investissements réalisés outre-mer.
Et pendant ce temps au Parti Socialiste on se déchire à qui mieux mieux pour savoir s’il faut faire des « primaires ouvertes », en vue de désigner la personnalité que soutiendra le PS à l’élection présidentielle de 2012. Le débat effectivement a de quoi décourager tous ceux qui pensent qu’il vaudrait mieux évoquer la crise et le chômage. En attendant la Première secrétaire, Martine Aubry, qui n’a pas trop le choix a donné son accord pour « ces primaires ouvertes », sans que l’on sache si elles doivent se limiter aux socialistes ou s’ouvrir à l’ensemble de la gauche. Heureusement que Marielle de Sarnez a ajouté que ces primaires ne concernaient pas le centre, ce qui aurait fini d’ajouter de la confusion à la confusion. En tout cas, pour le Parti Socialiste, la seule chose qui soit claire est qu’il ne cèdera pas sur son statut de parti fédérateur, sous peine de signer son arrêt de mort, ce qui annonce de joyeux lendemains avec les autres partenaires, ceux-ci se voyant bien récupérer les dépouilles d’un parti qui est quand même le principal parti d’opposition à l’Assemblée Nationale.
Et pour couronner le tout il y a aussi l’autre gauche, avec ce qui reste du PCF, plus le Parti de Gauche, voire le NPA d’Olivier Besancenot, qui n’en finit plus de se diviser sur l’attitude à avoir vis-à-vis du PS dans la perspective des élections régionales. Le Parti communiste parce que sans l’aide du PS il perd tous ses élus, ce qui est un argument décisif. Le Parti de Gauche parce que J.L. Mélanchon, qui a assuré son avenir personnel pour cinq ans en devenant député européen, se croit beaucoup plus important qu’il n’est en réalité, et enfin le NPA parce que sa stratégie est plutôt solitaire dans la mesure où il se sent le seul détenteur des idées révolutionnaires. Toutefois J.L. Mélanchon ne perd pas le Nord, puisqu’il a déjà affirmé qu’il souhaitait qu’il y ait désistement systématique entre les uns et les autres. Et là on met de côté tous les griefs, y compris celui du rapprochement avec le MoDem !
Tout cela ne fait pas très sérieux, c’est le moins que l’on puisse dire, et Nicolas Sarkozy peut repartir tranquillement pour quelques jours de vacances supplémentaires au bord de la Méditerranée. Ses adversaires voudraient sa place, mais ils sont tellement nombreux et divisés ! En attendant toutes ces manœuvres politiciennes, qui confinent au pathétique, laissent penser aux Français qu’il n’y a d’autre choix, pour les échéances à venir, qu’entre Nicolas Sarkozy et le chaos. Quelle image pitoyable les oppositions donnent du politique ! Et pourtant avec près de 150 milliards de déficit budgétaire, avec un endettement public qui atteint des sommets inédits en temps de paix et bientôt de guerre, avec un chômage qui augmenté de plus de 25% comparé à la même époque de l’an passé, il y aurait tant à faire pour offrir aux Français des perspectives qui leur échappent. J’aurais tellement aimé que le MoDem puisse offrir ces perspectives. Cela aurait été moins « anodin » que ce qui s’est passé aux « Ateliers d’été de l’Espoir à gauche », pour parler comme J.L. Benhamias.
Michel Escatafal
15:03 Publié dans politique française | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société
24.08.2009
J'ai mal à mon mouvement...
Faisant partie de ceux qui ont cru que le MoDem était l’avenir de notre 5è République finissante, je n’en suis que plus à l’aise pour avouer mon trouble à la vue de ce qui se passe dans un mouvement pour lequel je me suis battu de toutes mes forces. C’est d’ailleurs pour cela que je n’hésite pas à donner mon sentiment. J’ai en effet, comme beaucoup de militants du Mouvement Démocrate, donné beaucoup de mon temps et de mon énergie pour faire, enfin, émerger dans notre pays un parti politique qui puisse essayer de « gouverner autrement », en rappelant que ce slogan nous l’avions fait nôtre. Nous avions fait nôtre aussi l’idée d’un rassemblement autour des idées que François Bayrou avait défendues pendant sa dernière campagne présidentielle, en rappelant que ce sont ces idées et rien d’autre qui lui avaient permis d’atteindre un score de 18,5% au premier tour.
Et cet élan, malgré un contexte très difficile en raison du mode de scrutin aux élections qui ont suivi, nous a permis de ne pas si mal figurer aux élections législatives, et mieux encore nous a autorisé à dire que l’ancienne UDF, devenue Mouvement Démocrate, était enfin un parti où les vrais militants étaient plus nombreux que les notables ou assimilés. D’ailleurs malgré la défection de la plupart des élus de l’ancienne UDF, partis s’alimenter à la soupe sarkozienne, ce nouveau parti créé en quelques semaines commençait à susciter un enthousiasme de bon aloi, au point que son leader, François Bayrou, était devenu la cible de tous les politiciens professionnels. C’était un signe révélateur pour tout le monde, et surtout la preuve que la stratégie d’indépendance et de rassemblement autour de nos idées était la bonne.
Combien de temps tout cela a-t-il duré ? Quelques mois tout au plus…parce que notre stratégie électorale à l’occasion des élections municipales n’était pas la bonne. Ce fut la première erreur de ceux qui étaient chargés d’amener les troupes au combat, si j’ose dire. En effet, au lieu d’avoir dans toutes les communes de plus de 10.000 habitants des listes autonomes, nous avons commencé par faire des alliances contre nature…qui ont eu pour résultat de faire douter les électeurs qui nous étaient fidèles envers et contre tout, ces derniers ne comprenant pas que nous dévions de notre démarche originale. Dans le même ordre d'idées, je suis persuadé que nous aurions fait de bien meilleurs scores aux élections municipales et surtout européennes, si nous avions continué à rester nous-mêmes, et si nous avions affiné le projet présidentiel de François Bayrou à la fois sur le plan économique et social, en faisant des propositions prenant en compte les données de la crise.
Au lieu de cela nous avons fait de la politique politicienne…comme les autres, en ayant pour seul souci d’avoir des élus. Et peu importe avec qui nous faisions alliance ! Très bien, sauf que cette démarche nous a certes valu de siéger dans quelques mairies, à des postes subalternes toutefois, mais nous avons perdu ce qui faisait notre force, l’indépendance vis-à-vis des uns et des autres. Maintenant le MoDem a des élus avec la droite, certainement la plus réactionnaire que nous ayons connue depuis des lustres, ce qui limite quelque part les velléités de certains dans leur critiques vis-à-vis du gouvernement, mais aussi avec les gauches puisque dans certains cas nous nous retrouvons…avec des communistes. Rien que ça, alors qu’il eut été tellement plus simple de faire des listes autonomes aux élections municipales, et de se maintenir là où nous le pouvions.
Alors que faut-il faire à présent, surtout au lendemain d’une sévère défaite aux élections européennes? Je dis sévère, parce que le contexte était extrêmement favorable pour remporter une victoire qui n’aurait pas été sans lendemain, contrairement à celle des écologistes qui, comme aimait à le dire le général de Gaulle à propos des socialistes à son époque, « ne pèsent pas plus que leur poids qui n’est pas lourd ». Hélas, faute d’une véritable stratégie sur la politique à appliquer pour renforcer la construction européenne, faute encore une fois d’avoir succombé à l’envoutement de la politique politicienne, bref parce qu’on a mis la charrue avant les bœufs en confondant élections européennes et élection présidentielle, le MoDem se retrouve Gros-Jean comme devant. Et bien entendu au lieu de tirer sereinement les leçons d‘un scrutin raté, les politiciens qui gouvernent notre mouvement veulent absolument que cet échec (en nombre d’élus) ne se renouvelle pas, et donc sont prêts à toutes les compromissions pour quelques postes aux élections régionales.
Certains vont me dire que je suis encore une fois excessif dans mes jugements, et ma boîte imel va en voir des vertes et des pas mûres. Peu importe, je ne fais que dire ce que j’ai sur le cœur, et je maintiens que raccrocher le wagon des Verts (Cohn-Bendit, Mamère, Bové etc…), plus celui de plus en plus décroché des socialistes ou plutôt d’une partie des socialistes, voire même de quelques communistes élus, c’est se condamner à être ce que François Bayrou ne voulait plus être avec l’UDF, c’est-à-dire un appoint pour un parti ou un rassemblement... qui voudrait bien de nous. Avouons qu’il y a quelque chose d’humiliant dans cette approche purement politicienne, qui signifie que désormais nous ne serons plus nous-mêmes. Pour être honnête, ce n'est déjà plus le cas!
Un dernier mot enfin : je n’entends jamais depuis des mois une personnalité marquante du MoDem évoquer sérieusement la situation économique dans laquelle se trouve le pays. Pire même, je n’entends jamais aucun membre de notre direction nationale faire des propositions réalistes sur les grands sujets qui préoccupent les Français. A-t-on un programme pour nous préparer éventuellement à gouverner dans moins de 3 ans ? La réponse est clairement NON, parce que ce n’est plus la priorité de notre mouvement. La priorité c’est l’alliance improbable avec qui voudra de nous. La priorité c’est faire plaisir aux écologistes, nouveaux maîtres du jeu politicien en France au point que certains se demandent pour qui roule Daniel Cohn-Bendit.
Et dans ce cadre c’est accepter, par exemple, la taxe-carbone dans sa forme la plus injuste socialement, parce que prélevée dans la poche des ménages y compris les plus modestes. Chacun sait bien que dans sa forme actuelle cette taxe n'est qu'un impôt déguisé, instituée non pas pour lutter contre le changement climatique, mais pour faire rentrer quelques milliards dans les caisses de l’Etat. En revanche faire des propositions sérieuses pour redresser nos finances publiques, pour assurer l’avenir de la solidarité nationale par une politique fiscale et sociale adaptée, pour encourager l’innovation, la capacité d’adaptation des hommes etc., ce sera pour plus tard. Quand ? Avec des alliés comme les Verts, comme certains communistes, et nombre de socialistes qui ne s’intéressent qu’aux voix que peut leur apporter le MoDem, autant dire que cela ne sera jamais. Voilà où nous en sommes moins de deux ans après la naissance de notre mouvement ! De quoi se poser beaucoup de questions.
Michel Escatafal
09:55 Publié dans politique française | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société
21.08.2009
Et pendant ce temps...
Nicolas Sarkozy et le pouvoir vont avoir du travail de communication à la rentrée, tellement les mauvaises nouvelles s’accumulent, même si elles sont largement minimisées par les médias. Ceux-ci en effet préfèrent parler en ce moment des élections dites démocratiques en Afghanistan, ou de la libération de Clotilde Reiss, ce qui permet de mettre en vedette notre tout puissant président. Celui-ci en effet, pour reprendre ce que dit la presse étrangère, collectionne les trophées de toutes sortes en ce qui concerne la libération d’otages. Cela avait commencé à grand fracas avec les infirmières bulgares, où on avait particulièrement souligné le rôle de l’ex Madame Sarkozy, puis ensuite il y a eu l’Arche de Zoé dont plus personne ne parle, puis Ingrid Bétancourt sans que l’on sache exactement quel rôle avait joué la France, bref le président est partout, s’occupe de tout, et chacun doit le savoir.
Cela dit, on ne l’entend pas beaucoup dès qu’il y a un problème sérieux, là où son pouvoir pourrait s’exercer d’une manière ou d’une autre…s’il en avait la volonté. Par exemple sur les conditions dans les prisons. Voilà un problème que le chef de l’Etat, compte tenu des pouvoirs qu’il s’est octroyés, pourrait commencer à régler dans les meilleurs délais. Il devrait d’autant plus le faire que la situation en milieu carcéral est dramatique et, disons-le, indigne d’un pays comme le nôtre. Or que propose la ministre de la Justice, Mme Alliot-Marie, pour essayer de diminuer le nombre de suicides dans les prisons ? Tout simplement de mettre en œuvre des recommandations déjà envoyées à Rachida Dati, la précédente Garde des Sceaux, sans que personne n’y ait prêté réellement attention. Il est vrai que le sujet n’est pas très porteur en matière de sondages, mais je considère quand même que cela s’appelle « gouverner à la petite semaine ».
En outre, comme ce sera le cas partout dans les mois et les années à venir compte tenu de l’ampleur des déficits publics, le manque de moyens est criant dans les prisons, alors que la population carcérale a explosé. On remplit les maisons d’arrêt, mais il n’y a pas suffisamment de places. On fait rentrer des gens en prison, mais le suivi médical ou social y est très nettement insuffisant. Bref, il en va de la prison comme du reste, à savoir qu’on gouverne en faisant des coups au gré des problèmes rencontrés çà et là…en prenant à témoin l’opinion publique, avec l’aide complaisante de la plupart des médias. Cela dit toutes ces mesures que l’on prend à la va-vite, sur une tocade du chef de l’Etat, ne font pas baisser la délinquance, comme en témoigne l’augmentation des cambriolages de 12% (chiffres officiels) par rapport à l’an passé.
Et pour couronner le tout on continue à se moquer du monde, par exemple avec la fameuse taxe carbone qui devrait être appliquée dès l’an prochain, et dont les recettes proviendront en grande partie des ménages (plus de 50%). Cela signifie que les Français vont payer plus cher leur consommation de carburant et de chauffage. Bravo à Michel Rocard qui, à presque 80 ans, a toujours de la suite dans les idées, ce qui donne des boutons aux lecteurs du Figaro qui ne supportent pas de se laisser spolier par un socialiste ? Bravo aussi à Nicolas Sarkozy et son gouvernement qui ne savent plus que faire pour faire plaisir aux écologistes (bobos), et pour essayer de limiter quelque peu des déficits devenus abyssaux. A ce propos j’ai presque envie de crier, quand j’entends dire que l’impopularité de cette taxe va retomber sur le P.S., parce que c’est Michel Rocard qui en est le grand ordonnancier. Que je sache, ce n’est quand même pas Rocard le chef de l’Etat, ni du gouvernement !
Toujours à propos d’énergie, si j’en crois ce qui écrit dans la Tribune d’hier, il se pourrait fort que nombre de clients d’EDF aient des surprises concernant leur facture d’électricité, notamment ceux qui ont pris l’option qualifiée d’écologique, « Tempo » (tarifs de consommation différenciés selon les jours et les heures avec des périodes de l’année plus ou moins chères), qui vont subir une augmentation de tarif de l’ordre de 5%. Ils seraient 500.000 dans ce cas, ce qui n’est pas rien. Mais nous dit la Tribune, qui n’a rien d’un journal révolutionnaire, la hausse des tarifs au delà de 1,9% concerne aussi les abonnements des très petites installations qui « voient leur abonnement annuel hors taxes passer de 21,48 euros à 51,24 euros, soit une hausse de 138,5 % ». Cela Madame Lagarde ne nous l’avait pas dit, comme elle ne nous avait pas dit que seuls les gros consommateurs verront leur facture diminuer. On dit bravo à qui ?
Je vais arrêter là mon propos car il y aurait tellement à dire sur ce pouvoir qui l’a conquis sur des mensonges (pouvoir d’achat, impartialité de l’Etat etc.), et qui est prêt à tout pour s’y maintenir avec l’aide des « puissants » qui y trouvent nécessairement leur compte. Je viens d’apprendre par hasard que La Poste a totalement revu sa politique de distribution et ses tarifs, sans que personne ne daigne en parler. Bref tout se met en place pour l’ouverture du capital de ce vénérable établissement avec les conséquences que l’on devine. France-Télécom, EDF et GDF, sans parler des autoroutes, sont là pour nous indiquer ce à quoi il faut s’attendre. Et pendant ce temps on parle de l’invitation au Cap-Nègre, chez Carla Sarkozy, du couple Chirac. Et pendant ce temps…
Décidément je finis par croire qu’Hyppolite Magen avait raison quand il disait qu’un peuple soumis à la volonté d’un seul homme descend vers l’abîme. Certains vont me trouver excessif, mais depuis que Nicolas Sarkozy est président de la République, nous avons largement dépassé le stade de ce que Jean-Claude Zarka appelle le gaullisme présidentialiste. En fait on est dans une pratique comme nous n’en avions jamais connu auparavant, même si certains reprochaient déjà à Georges Pompidou ou François Mitterrand de gouverner à la place du gouvernement. Je ne crois pas que le général de Gaulle ait pensé qu’on pouvait lui succéder quand il a instauré l’élection du président de la République au suffrage universel. Et en plus, à présent, nous avons le quinquennat avec les élections législatives suivant immédiatement l’élection présidentielle. Il ne manquait plus que ça !
Michel Escatafal
15:06 Publié dans politique française | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société
18.08.2009
La droite rassemblée
Petit à petit Nicolas Sarkozy se rapproche de Silvio Berlusconi, du moins dans sa manière d’appréhender les choses en ce qui concerne la victoire aux élections. Chacun sait qu’en Cinquième République il est plus facile d’être élu quand on a un grand parti rassemblé derrière soi. La droite en a longtemps fait la preuve a contrario, puisqu’Alain Juppé l’a appelée en son temps « la droite la plus bête du monde ». Certains à gauche ont repris la formule, à force de perdre les élections qui donnent ou non le pouvoir. Aujourd’hui la question ne se pose plus à droite puisqu’avec Philippe de Villiers et son Mouvement pour la France, et bientôt Chasse Pêche Nature et Traditions (ouf !), on aura le rassemblement de toutes les droites dites parlementaires.
Certains me diront que l’Italie est encore un peu en avance, puisque Silvio Berlusconi a rassemblé dans son parti, le Peuple de la Liberté, la totalité de la droite italienne y compris l’extrême-droite. Nous n’en sommes pas encore tout à fait là en France, mais force est de constater que l’UMP rassemble de plus en plus…sur sa droite. Je dis cela parce que certains journalistes parlent beaucoup des transfuges de la gauche (Besson, Bockel, Kouchner), sans se rendre compte qu’ils disent une bêtise dans la mesure où ces gens-là ont tout simplement changé de camp. Qui oserait les classer à gauche de nos jours ? En revanche, les chasseurs et les militants du MPF, qui se réclament de la droite, ne font que s’agglutiner à un gros parti, pour parler comme Frédéric Nihous le président de CPNT.
Leur démarche est donc très différente de celle de gens qui se contentent « d’aller à la soupe », comme on dit vulgairement, et cette remarque est valable aussi pour ceux qui étaient autrefois à l’UDF et qui ont adhéré au Nouveau Centre, qui n’est rien d’autre qu’une composante de plus de l’UMP. Et cela m’amène à me poser la question de savoir si les (maigres) troupes de Nihous et de Villiers leur permettront de se comporter comme de vulgaires Kouchner ou Morin, ou bien s’ils essaieront de jouer un rôle plus important, prix à payer pour leur ralliement. C’est curieux, mais jamais on ne pose cette question en ces termes, et pourtant c’est la plus importante.
Avant de répondre à cette question, il y a quand même le fait que le MPF et CPNT rejoignent l’UMP pour des raisons purement électoralistes, à savoir décrocher quelques sièges de conseillers régionaux. En contre partie l’UMP va accroître quelque peu son potentiel électoral, avec des gens qui ont pour principal mérite de chasser, si j’ose dire, un peu sur les mêmes terres que le Front National. Vu sous cet angle c’est effectivement du « gagnant-gagnant », comme disait une ancienne candidate à l’élection présidentielle. En somme, avec ces composantes supplémentaires, la droite parlementaire rassemblée va peser autour de 34-35% des voix aux prochaines élections régionales.
Avec ce chiffre, compte tenu des multiples composantes de feu la gauche plurielle, sans parler des autres partis qui sont aussi dans l’opposition, on peut considérer que l’UMP pourrait faire « un carton » aux élections régionales. Ce sera d’autant plus facile que 21 des 22 régions appartiennent à la gauche, et une seule à l’UMP. Avec 5 régions conquises ce serait un bon résultat, avec 10 ce serait un succès, et avec 12 et plus ce serait un triomphe (j’imagine les titres de TF1 et du Figaro !). Et malheureusement, même cette dernière hypothèse n’est pas à exclure, car les dernières élections régionales s’étaient déroulées dans un contexte extrêmement favorable pour la gauche et le Parti Socialiste. Or, nombre de régions ont été gagnées de peu ou de très peu, ce qui signifie que dans ces régions la gauche est très vulnérable.
D’ailleurs en dehors de certains bastions acquis au PS, je ne vois que la région Poitou-Charentes où il apparaît difficile à l’UMP de se battre pour la victoire. Si je parle de la région Poitou-Charentes ce n’est pas neutre, car la présidente s’appelle Ségolène Royal. Et si celle-ci réussit à conserver sa présidence, contrairement à beaucoup d’autres, cela ne pourra qu’ajouter encore plus de confusion dans les rangs du Parti Socialiste…ce qui pourrait être sa fin sous sa forme actuelle. A moins, au contraire, que cela ne redonne le leadership à Ségolène Royal, auquel cas ce serait pour le PS une défaite électorale salutaire. Finalement ces élections régionales pourraient apporter plus de bouleversements qu’on ne l’imagine a priori.
Un dernier mot enfin, pour souligner toutes les âneries qui peuvent être dites par certains à l'UMP à propos de ces ralliements. L’ex-PS, J.M. Bockel, président du groupuscule intitulé Gauche moderne, prétend à propos du rapprochement entre Ph. De Villiers et l’UMP que « ça risque d’être viril, de tanguer » et qu’il y aura « forcément de franches discussions ». Comme si la parole de Bockel était importante aux yeux de Nicolas Sarkozy, surtout quand il y a des enjeux électoraux ! Sur quelle planète vit ce nouveau converti au sarkozysme ?
Les Jeunes Radicaux (oui, ça existe) parlent eux d’un grand écart entre les valeurs « d’une droite souverainiste et d’une droite européenne ». Ils oublient simplement que si leur parti n’en est plus un, c’est tout simplement parce qu’il n’a cessé depuis des décennies de faire des grands écarts. Heureusement, à coté de ces novices ou de ces convertis, il y a Xavier Bertrand, secrétaire général de l’UMP, qui lui ne fait pas dans la dentèle : « Notre objectif est de fabriquer encore et encore de l’union ». Voilà qui a le mérite d’être clair, et peu importe avec qui on fait de l’union !
Michel Escatafal
07:09 Publié dans politique française | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société
15.08.2009
L'été de Barack Obama est chaud
Décidément le président des Etats-Unis, Barack Obama, a trouvé un bon moyen de maintenir en plein été les Américains en éveil avec sa réforme du système de santé. Elle les tient tellement en éveil qu’on retrouve dans le pays les pires travers qui ont émaillé son histoire depuis un peu plus de deux siècles. On voit même sur certaines photos un montage où Barack Obama est en compagnie d’Adolf Hitler, et une autre où le président américain est montré avec la moustache de l’horrible führer. Et tout cela parce que Barack Obama veut tenir ce qui est sans doute sa principale promesse de campagne, celle en tout cas qui peut peser le plus sur la vie de millions de gens, la réforme du système de santé.
Mais au fait pourquoi et comment les Américains sont-ils tellement hostiles à une réforme qui, après tout, va vers davantage de justice sociale ? Et bien c’est là toute la différence entre notre vieille Europe et l’Amérique du Nord. Chez nous tout candidat aux élections, même s’il n’en pense pas un mot, se croit obligé de parler de justice sociale. Il y en a même certains qui se réclamant d’une droite décomplexée, n’hésitent pas à citer Jaurès et Blum comme référence à certaines de leurs actions. En outre, même s’ils font tout pour contourner le modèle social français, ils ne cessent quand même de s’y référer notamment en période de crise comme c’est le cas actuellement.
Autre différence entre les Etats-Unis et la France ou l’Allemagne : si le débat sur les baisses d’impôts continue de diviser la classe politique de ce côté de l’Atlantique, ce n’est rien à coté de ce qui se passe aux Etats-Unis où toute augmentation des prélèvements est presque considéré comme une forfaiture, même si cela doit améliorer quelque peu les fondements d’un système profondément inégalitaire. En France personne n’oserait dire qu’on va laisser une partie de la population au bord du chemin, pour ne pas augmenter la contribution de ceux qui sont les plus fortunés. Et même si cela transparaît dans certains programmes, malheur à un candidat qui dirait que ce n’est pas à l’Etat de payer les frais de santé des pauvres. D’ailleurs aucun ne s’y risquerait car il serait sûr et certain de ne pas être élu.
Et puis il y a aux Etats-Unis les groupes de pression, qui sont à la fois beaucoup plus actifs et plus puissants que chez nous, même si le fossé se réduit depuis quelque temps. Aux Etats-Unis il y a énormément de lobbies de toutes sortes qui arrivent à influencer le cours des choses, au point de faire croire aux gens que c’est leur intérêt de lutter contre certaines réformes alors qu’ils sont les premières victimes du système. Du coup, il est très facile d’agiter le chiffon rouge des augmentations d’impôts pour financer une mesure comme l’assurance médicale universelle. Il suffit pour cela d’affirmer qu’on veut « nationaliser le système de santé » comme ne cesse de le répéter la très droitière Sarah Pallin, candidate malheureuse à la vice-présidence aux dernières élections.
Pour elle l’argent de l’Etat ne doit pas servir à une couverture maladie universelle, et ce d’autant plus qu’elle n’en a pas besoin à titre personnel, pas plus que ceux qui l’aident dans ce combat. Et peu importe que près de 50 millions d’Américains, soit presque 17% de la population du pays accumulant le plus de richesses sur la planète, n’aient aucune couverture médicale. Et le pire est que cette dame est écoutée par beaucoup d’Américains qui, pourtant, paient très cher pour avoir une couverture minimum n’allant pas au-delà des soins les plus élémentaires. Il est vrai que les lobbies se chargent d’accumuler les contre-vérités en affirmant que leur système de santé est loin d’être aussi malade, si j’ose dire, que certains veulent bien le prétendre malgré une espérance de vie plus basse que dans tous les autres pays industrialisés, en raison d’une très forte mortalité infantile, notamment chez les classes les plus défavorisées…qui n’ont pas accès aux soins.
Pauvres Américains, incapables de regarder au-delà de leurs frontières, et de voir ce qui se passe dans des pays comme l’Allemagne, l’Italie, la France, l’Espagne ou les pays nordiques. Pas étonnant me direz-vous puisque pour eux, le plus souvent, la comparaison en ce qui concerne l’Europe se fait avec la Grande-Bretagne, qui est la nation d’Europe Occidentale certainement la plus démunie en matière de santé. Par parenthèse, c’est aussi le pays qui a connu le développement le plus poussé qui soit en matière de libéralisme économique, avec son cortège d’inégalités croissantes. Et c’est précisément ce que Barack Obama essaie très modestement de corriger, par exemple avec cette réforme de l’assurance-maladie. Problème, ce faisant il s’attaque aux assureurs privés qui voient d’un mauvais œil l’Etat investir un marché très lucratif.
Et pourtant si la majorité des familles américaines jouissent d’une assurance-maladie payée par leurs employeurs, ces assureurs privés sont loin d’assurer tous les soins comme c’est le cas chez nous…pour le moment. Quant à l’assurance prise en charge par le gouvernement (Medicare) pour les petits retraités et autres catégories défavorisées, elle n’assure qu’un nombre restreint de prestations, et comme ces gens n’ont pas les moyens de souscrire une autre assurance on devine ce qui se passe en cas de maladie grave. Enfin, il y a les exclus, ceux surtout pour qui Barack Obama veut faire l’effort, à savoir les chômeurs et les personnes travaillant sans contrat fixe et donc exclus du système. Pour eux il ne reste que les œuvres de charité. Voilà le système que Nicolas Sarkozy nous vantait avant de découvrir, grâce à la crise, les vertus de notre modèle social.
Cela ne veut pas dire pour autant que dès que la crise aura été en partie surmontée, il ne veuille pas de nouveau nous imposer ce type de société, d’autant que notre endettement public est tel qu’il estimera nécessaire de faire des coupes sombres dans certains budgets sociaux, ce qu’il a déjà commencé à réaliser. Puissent les Français y regarder à deux fois avant de refaire l’erreur qu’ils ont faite au printemps 2007. Espérons aussi qu’ils ne se laissent pas influencer par nos groupes de pression que sont les médias…détenus par les patrons de quelques uns de nos plus grands groupes industriels. Ajoutons aussi, même si c’est aujourd’hui un vœu pieux, que les oppositions doivent se préparer d’ores et déjà sérieusement pour les échéances de 2012, au lieu de se préoccuper d’alliances pour les élections régionales. Et c’est d’autant plus nécessaire que si Nicolas Sarkozy et sa majorité n’ont pas de programme économique bien défini, en revanche la machine électorale UMP est déjà en ordre de marche.
Michel Escatafal
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13.08.2009
Des cocoricos qui manquent de mesure !
Victoire ! L’économie française, avec une croissance de 0,3% du PIB au second trimestre, est « sortie du rouge », pour reprendre l’expression de Madame Lagarde, ministre de l’Economie et des Finances. Bien sûr les mauvaises langues vont encore dire que cette « divine surprise » tombe à pic pour faire oublier un lot de mauvaises nouvelles, avec notamment les épouvantables chiffres du déficit budgétaire, lequel atteint des niveaux sans précédent. On pourrait y ajouter le déficit commercial qui s’est creusé à 4,1 milliards contre 3,1 milliards en mai, ce qui fait que sur les 12 derniers mois le déficit cumulé du commerce extérieur français atteint 53 milliards d’euros. Pire même, selon le ministère des Finances, les exportations ont reculé de 1,7% par rapport aux trois mois précédents.
Or, si l’on en croit ce que nous a dit Madame Lagarde à propos de la « divine surprise », ces chiffres inespérés seraient dus à la bonne tenue de la consommation…et à la bonne tenue des exportations. Certes, mais les mauvaises langues s’interrogent sur les explications relatives aux exportations compte tenu des mauvais chiffres du commerce extérieur malgré une baisse des importations, sans parler des prévisions de la Banque de France qui tablaient encore en juillet sur un recul de 0,4% au second trimestre, ni de celles de l’INSEE qui prévoyait -0,6%. En tout cas cette « divine surprise » a permis à Madame Lagarde de s’autoriser un sonore cocorico, en disant que nous faisons mieux que nos voisins, ce qui n’est pas tout à fait juste puisque l’Allemagne aurait fait aussi bien que nous, avec une progression du PIB de 0,3%...en raison de la reprise des exportations, ce qui se retrouve dans les chiffres du commerce extérieur.
Toutefois, sans mettre en doute les chiffres de l'INSEE, nombre d’économistes restent prudents pour les trimestres à venir, en faisant d’abord remarquer que l’investissement dans le privé demeure négatif (-0 ,9%), et en considérant comme inéluctable une nouvelle hausse du chômage. Et pourtant on ne peut pas taxer les dits économistes de pessimisme forcené, car la moindre lueur d’espoir se transforme très vite en belle éclaircie. A cela s’ajoute le fait que la « divine surprise » résulte d’une toute première estimation, avec les marges d’erreurs que cela comporte. Et c’est pour cela qu’il y autant de mauvaises langues laissant accroire qu’il y a des nouvelles qui tombent vraiment bien, au bon moment.
En effet, et là ce n’est pas une estimation, nous avons appris hier que le déficit budgétaire de la France avait enregistré une hausse de 38,6 milliards par rapport à l’an passé sur la même période, et a atteint le montant de 86 milliards d’euros sur les six premiers mois de l’année. A combien serons-nous à la fin de l’année ? Si l’on en croit Eric Woerth, le ministre du Budget, le déficit se situera entre 120 et 130 milliards, mais chacun sait que ce chiffre est sous estimé donc on sera tout près de 150 milliards, soit presque 5 fois le déficit de l’année 2006 (36,16 milliards d’euros), dernier exercice du gouvernement Villepin. On comprend pourquoi on ne rappelle jamais ces données, pas plus que les comparaisons avec le voisin allemand dont le déficit devrait se situer entre 4 et 4,5% du PIB contre près de 8% chez nous.
Et puis pour ne pas affoler la population, surtout en plein mois d’août, Eric Woerth a confirmé hier encore qu’il n’y aurait pas de hausse des impôts, le déficit étant financé uniquement par l’emprunt…pour le moment, c’est-à-dire au moins jusqu’en 2012. Cela n’empêchera pas toutefois d’avoir quelques prélèvements supplémentaires, sous forme de création de taxes nouvelles, mais cela paraîtra toujours moins douloureux qu’une hausse des impôts directs. En outre une taxe comme la taxe écologique, aura le soutien plus ou moins explicite de tous ceux qui se réclament bruyamment du respect de l’environnement. En plus cette nouvelle taxe est « concoctée » par un ancien Premier ministre socialiste (Rocard).
Ce qu’on oublie de dire en revanche, c’est que cet énorme déficit aura nécessairement des effets négatifs sur les dépenses publiques. D’ailleurs, point n’est besoin d’être catalogué parmi les mauvaises langues, puisque Monsieur Woerth l’a lui-même confirmé. Les suppressions de postes dans la fonction publique vont figurer dans ces variables d’ajustement. Il aurait pu y ajouter une réduction des commandes publiques en contradiction avec le plan de relance gouvernemental pour faire face à la crise. Et oui, tout se paye quand on vit à crédit, y compris au niveau de l’Etat. Mais comment a-t-on pu en arriver là ?
Encore une fois je veux rappeler qu’en 1980, le taux d’endettement public de notre pays se situait à moins de 20% du PIB, et que cette période correspond très exactement au dernier exercice budgétaire en équilibre. Et j’en profite pour dire une nouvelle fois que je regrette beaucoup que mon parti ne s’en serve pas davantage comme référence. C’est curieux, jamais je ne lis quelque part dans les revues du MoDem un éloge sur Raymond Barre, ce qui hélas est un signe qui ne trompe pas. On doit penser rue de l’Université (siège du MoDem) qu’il est plus « dans le vent » d’envisager un accord avec les Ecologistes pour les élections régionales, plutôt que parler déficit budgétaire. Il est vrai que ce sujet n’est guère la tasse de thé des Ecologistes, toutes tendances confondues, ceci expliquant cela !
Revenons donc aux causes de ce déficit public en soulignant que la crise est loin d’en être la seule cause, et ce d’autant plus que la France a été moins touchée que les autres pays par la crise du système financier, ce qui démontre une fois de plus que les régulations ont du bon. Passons ! Mais si la crise n’explique pas tout c’est qu’il y a d’autres raisons, à commencer par les mirifiques promesses électorales de Nicolas Sarkozy. Oh certes toutes n’ont pas été tenues, notamment les plus importantes (pouvoir d’achat, réforme des retraites etc.), mais le clientélisme a quand même beaucoup pesé sur les décisions du pouvoir dès l’élection de Nicolas Sarkozy, ce qui a entraîné très rapidement une envolée du déficit bien avant la crise mondiale. A ce propos le paquet fiscal a été une considérable erreur, dont on n’a pas fini de mesurer les effets néfastes…au moins jusqu’en 2012 car si alternance il y a, je suppose qu’on reviendra sur certaines dispositions de cette loi.
On peut à présent y ajouter la fameuse baisse de la TVA sur la restauration qui va coûter, en année pleine, 2 à 3 milliards d’euros alors que, comme chacun le craignait, cela ne va pas entraîner de créations d’emplois significatives, sans parler des hypothétiques baisses sur les menus. A cela s’ajoute l’activisme forcené du président de la République, l’œil rivé sur les sondages, essayant constamment de calmer les mécontentements avec des annonces qui coûtent cher, même si ces annonces ne sont pas totalement suivies d’effet. En outre certaines actions spectaculaires à caractère purement électoralistes, comme le Grenelle de l’Environnement, ont engendré des mesures coûteuses, même si leur réalisation finale reste encore en suspens, sans que la planète s’en porte mieux ou plus mal.
Bien entendu on ne peut pas passer sous silence la crise économique qui a aussi joué un rôle dans cette aggravation des déficits, mais pas au niveau où on essaie de nous le faire croire. Personne ne nie que les recettes de l’Etat aient diminué avec la chute des profits des entreprises. Personne ne nie non plus que les contributions sociales de l’Etat enregistrent avec cette crise une forte progression. Problème tout cela survient dans une période où nous n’avions déjà quasiment aucune marge de manœuvre budgétaire pour les raisons dont j’ai parlé auparavant. Résultat, avec les charges de la dette qui n’a cessé de s’amplifier depuis 1981 (environ 45 milliards d’euros), plus à peu près la même somme due aux effets mécaniques de la crise, cela fait environ 50 milliards d’euros créés par la calamiteuse gestion des affaires depuis l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy (paquet fiscal, Grenelle de l’Environnement, cadeaux divers avec à partir de maintenant la baisse de la TVA dans le restauration, dépenses de fonctionnement etc.), sans que l’on trouve là-dedans des dépenses significatives qui préservent l’avenir du pays (investissements, recherche et développement, formation, co-développement…).
Résultat, avec de tels déficits on s’avance allègrement vers les 100% de dette des administrations publiques par rapport au PIB, sans doute dès 2012. Je dis dette des administrations publiques parce qu’il faut aussi ajouter à cette dette celles (à la charge du contribuable) des entreprises encore publiques (SNCF, La Poste, et même EDF), et je ne parle pas des retraites. Qui paiera ? Dans un premier temps, les classes dites moyennes ou ce qu’il en reste, et surtout les générations futures qui paieront les intérêts de la dette…sans pouvoir bénéficier des mêmes prestations qu’aujourd’hui, elles-mêmes déjà en retrait par rapport à un passé récent. Un dernier mot enfin dont on ne parle que trop rarement : la France à force de s’endetter depuis des années auprès d’investisseurs étrangers, sans envisager de prendre des mesures pour casser cette spirale, voit son patrimoine appartenir de plus en plus aux pays excédentaires en devises (Chine, pays du Golfe Arabique) qui financent pour une bonne partie (60%) notre dette. Avec un tel constat, on comprend pourquoi on peut trouver indécents certains commentaires présidentiels, ministériels ou des médias, à la moindre statistique un peu plus favorable ou un peu moins abominable.
Michel Escatafal
15:25 Publié dans économie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société
10.08.2009
Optimisme ou pessimisme?
Doit-on être optimiste ou pessimiste sur le plan économique dans les mois à venir ? Tel est la question que tout le monde se pose, et en premier lieu les économistes. Certes on va me répondre que ces derniers se sont tellement trompés, quelques uns assurant même qu’ils nous ont trompés, qu’il est difficile de croire à leurs prévisions. Cela dit quelqu’un de sérieux comme J.C. Trichet, le président de la Banque Centrale Européenne, reconnaît qu’il y a encore beaucoup d’incertitudes, même si l’économie a cessé d’évoluer « en chute libre », pour reprendre son expression.
En fait qu’est-ce qui peut susciter de l’optimisme pour les observateurs et les décideurs ? Tout d’abord la bourse, avec des marchés qui n’ont cessé de remonter ces dernières semaines, ce qui signifie qu’il y en a qui sont en train de gagner beaucoup d’argent. D’ailleurs, de nouveau on ne parle que de bonus, ce qui devient dans notre pays un moyen de communication pour notre président de la République et son gouvernement, ce qui ne veut pas dire pour cela qu’ils fassent quelque chose à part de vaines paroles. Je dis vaines parce que cela ne fait aucunement peur aux banquiers, et parce qu’à force de répéter la même chose à propos de ces bonus, le bon peuple finit par être convaincu qu’on lui raconte des histoires et qu'on ne fait rien pour empêcher ces abus scandaleux.
On nous dit aussi que les consommateurs comme les patrons cessent de tout voir en noir, et retrouvent même « une certaine confiance dans le système économique ». C’est aller un peu loin, car à part les grands dirigeants des multinationales et des grosses banques, les petits patrons sont toujours inquiets. Et que dire des consommateurs…qui sont bien obligés de consommer, mais qui constatent aussi que les entreprises continuent de licencier, surtout les plus importantes. A ce propos, certaines mauvaises langues disent que cette crise est une forme d’aubaine pour se débarrasser de certaines unités de production jugées peu rentables, et donc des employés et ouvriers y travaillant. Et comme on sait que ces ouvriers et employés n’iront pas en Hongrie, en Ukraine ou en Inde pour retrouver leur emploi, c’est tout bénéfice.
En revanche, et c’est le plus souvent passé sous silence, les résultats des entreprises ne sont pas si mauvais, puisqu’ils sont « mieux que prévu ». J’ajouterais pour ma part que ce n’est guère étonnant. En effet, il suffit de connaître un tant soit peu le fonctionnement des entreprises de nos jours, pour savoir que celles-ci ont pris l’habitude de travailler en flux tendu, ce qui fait qu’elles ont immédiatement pris leurs dispositions pour ne pas gonfler leurs stocks. Les stocks coûtent cher, et dans la course effrénée à la rentabilité, notamment pour pouvoir rémunérer les actionnaires et investir sur les marchés financiers, les stocks sont un instrument de première importance.
On a donc réagi promptement dans les unités de production grâce au chômage partiel, au non renouvellement des intérimaires, et pour finir aux licenciements. Toutes ces mesures prises avec diligence, pour ne pas dire avec zèle, ont limité la chute des résultats dans des proportions non négligeables et, surtout depuis le début de l’année 2009. Cette position de repli s’est aussi accompagnée, ne l’oublions-pas, d’une mise en sommeil des investissements. Bref tous les ingrédients de ce que certains appellent « savoir s’adapter » en situation de crise. On oublie simplement de dire que cette adaptation se fait d’abord sur le dos de ceux qui travaillent…et qui ont besoin de travailler !
Il y a aussi les effets des plans de relance, même s’ils n’ont pas eu partout le même impact ne serait-ce qu’en raison du volume des interventions étatiques dans chaque pays. Sur ce plan la France, quoiqu’en dise nos gouvernants, est quand même restée en retrait…ce qui ne laisse pas d’inquiéter pour l’avenir, d’autant que cela n’a pas empêché nos déficits d’exploser, comme partout ailleurs et notamment aux Etats-Unis où des sommes considérables ont été injectées. A ce propos, on entend tous les jours l’administration américaine et le président Obama lui-même, affirmer que ces interventions commencent à porter leurs fruits. Est-ce bien le cas ?
Au vu des chiffres c’est incontestable, puisqu’après avoir baissé de 6,4% au premier trimestre, le PIB américain n’a glissé que d’un pour cent au second. C’est mieux, mais c’est encore insuffisant pour réveiller un optimisme béat, d’autant qu’il paraît normal qu’après une succession de glissades on arrive à toucher le point bas. Mais à supposer que l’on y soit arrivé, est-ce que l’économie mondiale va enregistrer une correction en sens inverse de ce qui s’est passé ces derniers mois ? Rien n’est moins sûr, et si tout le monde s’accorde à dire que la probabilité d’une rechute semble s’estomper, en revanche il y a quasiment unanimité pour prévoir une reprise molle. Pour les Etats-Unis on prévoit 1,5 à 2% de croissance pour 2010, ce qui veut dire que ce sera moins pour l’Europe. Le FMI, qui pourtant ne pèche pas par excès de pessimisme, pense que la reprise sera « lente et sujette à des risques considérables ». Le malade n’est donc pas guéri, mais à force de vitamines il marche d’un pas un peu plus assuré.
Evidemment tout cela nous n’allons pas l’entendre dans les journaux télévisés de TF1 ou France 2. Il ne faut pas ajouter de l’inquiétude aux inquiétudes. On préfère nous dire que Nicolas Sarkozy « multiplie les interventions » pour obtenir une libération rapide de la jeune Française emprisonnée en Iran, Clotilde Reiss, ce que le ministre des Affaires étrangères (qui compte pour du beurre) a déjà dit hier, en espérant qu’au-delà de ce bla-bla cette jeune femme sera effectivement libérée. On préfère aussi nous annoncer que, finalement, nous allons avoir la chance de subir une augmentation du tarif de l’électricité de seulement 1,9%, alors que le PDG d’EDF avait demandé 20% d’augmentation sur 3 ans en juin. Au passage je rappellerais que notre parc de centrales nucléaires nous permet d’avoir le prix de l’électricité à la production le plus bas dans l’Europe à 15, mais aujourd’hui EDF n’appartient plus entièrement à l’Etat. J’arrête là, car je ne veux pas saper davantage le moral de ceux qui me lisent !
Michel Escatafal
16:32 Publié dans général | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débtas de société
08.08.2009
Les Américains découvrent l'Afrique
Alors que la France semble de plus en plus s’éloigner de l’Afrique, ce qui n’a rien à voir avec une prise de distance vis-à-vis de « la Françafrique », les Etats-Unis s’apprêtent à faire de gros efforts sur un continent dont il faut bien reconnaître qu’ils s’en sont peu ou prou toujours désintéressés. Tel ne semble plus être le cas avec la nouvelle administration Obama. Trois semaines après la visite au Ghana du président américain, c’est la secrétaire d’Etat, Hillary Clinton, qui effectue une grande tournée dans sept pays d’Afrique, et pas que des pays anglophones puisqu’elle ira aussi en République Démocratique du Congo, en Angola et au Cap-Vert.
Il est vrai qu’en Afrique à présent il y a de la concurrence, car la Chine comme je l’ai déjà rappelé à plusieurs reprises est très présente, mais aussi l’Inde, le Brésil et même les Emirats Arabes. Tous ces pays évidemment n’investissent pas en Afrique pour exporter la démocratie, mais plus prosaïquement pour faire des affaires tant qu’il est encore temps. Si je dis cela c’est parce que certains pays tels que l’Angola, la RDC et le Nigéria, riches en minerais de toutes sortes et en pétrole, sont déjà considérés comme des chasses gardées chinoises.
En tout cas les Américains annoncent la couleur puisqu’Hillary Clinton sera accompagné dans ce périple, non seulement par le secrétaire adjoint aux affaires africaines, mais aussi par le secrétaire à l’Agriculture. Cela veut dire clairement qu’on ne va pas se contenter d’évoquer dans ces pays les droits de l’homme. On s’en serait douté ! Et en plus, du fait de leur puissance militaire, les Etats-Unis peuvent facilement gagner la confiance de certains pays comme la Somalie qui souffrent énormément des effets de la piraterie, ce qui permet accessoirement de tisser d’autres liens, notamment économiques.
Aujourd’hui un accord avec 37 pays africains, reconduit jusqu’en 2015, permet aux produits africains de bénéficier d’un accès privilégié au marché américain, les échanges dans ce cadre représentant déjà 80 milliards de dollars ce qui n’est pas rien. Mais il est évident que les Etats-Unis veulent faire beaucoup plus, notamment au Nigéria et en Angola, l’un et l’autre grands pays producteurs de pétrole. Pour mémoire je rappelle que l’Angola occupe le 18è rang pour les réserves de pétrole connues, et le Nigéria le 10è rang, ce dernier pays ayant également les 7è réserves de gaz. Cela suscite des convoitises, d’autant plus que les Etats-Unis souhaitent diversifier au maximum leurs approvisionnements en hydrocarbures. Or pour le moment les Etats-Unis n’importent que 7% du pétrole angolais, contre plus de 30% à la Chine.
Peu présent jusque là en RDC, plus grand pays de l’espace francophone, les Etats-Unis sont en train de se souvenir que cet immense pays est très riche en ressources naturelles (forêts, mines…), ce qui explique l’intérêt croissant des grandes puissances industrielles en plus de la Chine. L’Allemagne par exemple ne lésine pas sur les moyens pour s’implanter dans le pays, l’industrie allemande étant très dépendante de certains métaux comme le cobalt, dont la RDC est la principale zone d’extraction. Mais l’Australie par l’intermédiaire de son géant minier, BHP Billiton, considère la RDC avec un intérêt croissant pour les mêmes raisons commerciales. La concurrence va être sévère pour les Etats-Unis, surtout si la reprise se confirme dans les prochains mois !
Si je dis cela c’est bien entendu parce que la crise a plongé dans l’incertitude de nombreux investisseurs en Afrique, ce qui a ralenti certains projets dans l’immobilier, le tourisme, l’industrie et même dans le secteur minier. A ce propos, on a estimé que ce sont 70 milliards de dollars qui pourraient avoir été perdus, ou différés en attendant des jours meilleurs. Et la France me direz-vous, que fait-elle dans un tel contexte ? Voilà une bonne question à laquelle on ne peut que répondre en disant que son influence ne cesse de diminuer, y compris et surtout dirais-je dans l’espace francophone. Oh certes on va nous dire que l’intervention croissante d’acteurs non français est une chance pour la France, parce que tout ce qui contribue au développement de l’Afrique ne peut qu’être bénéfique aux pays développés.
Il n’empêche, notre pays souffre du handicap d’une mauvaise perception de la politique française en Afrique. Y en a-t-il une au fait ?Nombre d’Africains pensent que les efforts faits par notre pays sont trop ciblés au profit de quelques entreprises solidement implantées sur le continent. Cela dit, comment interpréter la réduction du dispositif public français de soutien aux entreprises françaises encore présentes en Afrique. N’y aurait-il pas davantage d’efforts à faire pour nos entrepreneurs, surtout les PME, pour développer les échanges avec les pays africains, francophones et autres, plutôt qu’aller ouvrir des bases militaires au Moyen-Orient ? Voilà un sujet qui mériterait d’être développé dans nos médias, même si on me répondra que nous sommes au mois d’août, et qu’il ne faut surtout pas aborder les sujets trop sérieux. L’ennui c’est que personne n’en parle à aucun moment de l’année. Et pendant ce temps, ce sont les entreprises des autres pays qui en profitent !
Michel Escatafal
15:09 Publié dans géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société
06.08.2009
C'est un vrai métier que d'être ministre de l'Agriculture

J’ai toujours dit sur ce site que jamais notre pays n’avait autant donné l’impression d’avoir à sa tête aussi peu de gens compétents. Et plus on va dans le temps, plus cela se vérifie. Pour moi les seuls ministres à qui on ne pouvait faire grief de ne pas connaître leur sujet étaient Bernard Laporte et Bruno Lemaire. En parlant de Bernard Laporte certains vont se moquer de moi, mais force est de constater qu’il connaissait au moins le sport de haut niveau puisqu’il avait été champion de France de rugby, entraîneur d’une équipe qui l’avait été et sélectionneur de l’Equipe de France. Cela dit il ne connaissait rien à la politique, et je ne crois pas que sur ce plan il ait beaucoup progressé pendant son passage au gouvernement, où il donnait l’impression d’être inutile. Quand à Bruno Lemaire, chacun sait qu’il avait contribué positivement à « rabibocher » quelque peu un couple franco-allemand qui ne l’était plus, à force d’incompréhension entre la chancelière et notre président de la République.
Ces états de service ou compétences n’ont finalement servi ni à l’un, ni à l’autre. Laporte a été débarqué sans ménagement pour être remplacé par…Rama Yade, ce qui démontre le mépris dans lequel on tient le sport au gouvernement, et la manière dont on attribue les postes ministériels. Quant à Bruno Lemaire, il est devenu à son grand regret ministre de l’Agriculture, alors qu’il aurait bien aimé conserver son poste de secrétaire d’Etat chargé des Affaires européennes, ce que tout un chacun peut comprendre. Cet agrégé de lettres, né à Neuilly sur Seine, ne s’était jusque là pas particulièrement signalé par sa connaissance du monde agricole. Je pense que parmi le personnel politique de notre pays, il doit y avoir quand même des gens qui ont une meilleure appréciation des vrais problèmes des agriculteurs.
On a pu, hélas, s’en rendre compte très vite, et les paysans ne sont pas prêts à pardonner à Bruno Lemaire son extrême réactivité face à la demande de la Commission Européenne de rembourser des aides indûment perçues, selon elle, par les producteurs français de fruits et légumes. Dit autrement, dans cette affaire notre ministre de l'Agriculture s’est comporté en bon apparatchik bruxellois, comme il l’a expliqué dans le journal Le Monde préférant « éviter une guerre perdue contre la Commission et agir avec responsabilité, sans prendre Bruxelles comme bouc émissaire, pour s’attaquer aux problèmes structurels de la filière ». Voilà qui est bien parlé…quand on n’est pas paysan, et qu’on n’a pas à affronter chaque jour les difficultés du métier !
Bien évidemment le conflit entre le ministre, qui entend faire respecter la décision européenne, et les paysans forcés de rembourser les aides indument perçues (de l’ordre de 500 à 700 millions d’euros avec les pénalités) est inévitable, ces derniers prédisant « un été brûlant », et affirmant qu’ils ne paieront pas. La maladresse de Bruno Lemaire est d’autant plus grave qu’il s’agit d’une très vieille affaire, les aides publiques ayant été versées entre 1992 et 2002. Manifestement ce pauvre ministre ignorait tout, ou presque, d’un dossier à propos duquel le gouvernement Raffarin avait déjà donné des explications le 26 décembre 2002, justifiant ces mesures parce qu’elles atténuaient les effets d’excédents momentanés de l’offre par rapport à la demande. On ne peut pas tout savoir !
Problème, la Commission européenne ne veut rien entendre parce qu’elle assimile ces mesures à des aides d’Etat susceptibles de fausser la concurrence, ce que d’ailleurs ne conteste pas la FNSEA qui, par l’intermédiaire de son président, n’hésite pas à affirmer que « cela nous permis de faire face à la concurrence espagnole et portugaise ». En outre, si j’ai tout compris, la France avait omis de notifier ces aides à la Commission européenne, avertie par une plainte anonyme sur la foi de documents où les autorités françaises qualifiaient ces aides de « largement anti communautaires ». Pire même, sur ces papiers à en-têtes gouvernementaux, il était écrit qu’il y avait une réelle menace de faire rembourser par les producteurs les sommes versées.
Dans ces conditions il est aisé de comprendre pourquoi les syndicats agricoles refusent d’avance tout remboursement car, comme le dit la FNSEA, « si les autorités françaises n’ont pas cru bon de prévenir Bruxelles, c’est donc leur faute, pas la nôtre ». A la Commission européenne on ne veut pas rentrer dans ce type de considération, et les agriculteurs doivent payer parce qu’il y va de « la survie de l’agriculture dans l’Union » selon les termes du porte-parole de la Commission. En attendant le gouvernement français va devoir établir la liste des bénéficiaires des aides et des montants reçus, ainsi que les mesures prévues. Les services de Bruno Lemaire vont avoir du travail dans les semaines à venir, même si ce dernier a demandé un délai !
En tout cas le ministre s’est mis tout seul dans une position très inconfortable, ce qu’il n’aurait pas fait s’il était né dans un village du Lot-et-Garonne ou du Vaucluse. D’un coté il y a le gendarme européen qui ne fait qu’appliquer les directives acceptées et votées par les gouvernements des pays qui composent l’Union Européenne, et de l’autre les agriculteurs déjà en grande difficulté avec la baisse des prix des fruits et légumes qui ne peuvent, en aucun cas, rembourser ces 500 ou 700 millions d’euros. Je ne sais pas comment se terminera cette affaire, même si j’en ai une petite idée. Une chose est sûre, on n’a pas encore entendu François Fillon, ni le président de la République sur le sujet. Il est vrai qu’ils étaient au courant de tout cela puisque Bruno Lemaire affirme avoir agi « en plein accord avec Matignon et l’Elysée ». Et puis ils sont en vacances !
Michel Escatafal
14:57 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société


