24.08.2009
J'ai mal à mon mouvement...
Faisant partie de ceux qui ont cru que le MoDem était l’avenir de notre 5è République finissante, je n’en suis que plus à l’aise pour avouer mon trouble à la vue de ce qui se passe dans un mouvement pour lequel je me suis battu de toutes mes forces. C’est d’ailleurs pour cela que je n’hésite pas à donner mon sentiment. J’ai en effet, comme beaucoup de militants du Mouvement Démocrate, donné beaucoup de mon temps et de mon énergie pour faire, enfin, émerger dans notre pays un parti politique qui puisse essayer de « gouverner autrement », en rappelant que ce slogan nous l’avions fait nôtre. Nous avions fait nôtre aussi l’idée d’un rassemblement autour des idées que François Bayrou avait défendues pendant sa dernière campagne présidentielle, en rappelant que ce sont ces idées et rien d’autre qui lui avaient permis d’atteindre un score de 18,5% au premier tour.
Et cet élan, malgré un contexte très difficile en raison du mode de scrutin aux élections qui ont suivi, nous a permis de ne pas si mal figurer aux élections législatives, et mieux encore nous a autorisé à dire que l’ancienne UDF, devenue Mouvement Démocrate, était enfin un parti où les vrais militants étaient plus nombreux que les notables ou assimilés. D’ailleurs malgré la défection de la plupart des élus de l’ancienne UDF, partis s’alimenter à la soupe sarkozienne, ce nouveau parti créé en quelques semaines commençait à susciter un enthousiasme de bon aloi, au point que son leader, François Bayrou, était devenu la cible de tous les politiciens professionnels. C’était un signe révélateur pour tout le monde, et surtout la preuve que la stratégie d’indépendance et de rassemblement autour de nos idées était la bonne.
Combien de temps tout cela a-t-il duré ? Quelques mois tout au plus…parce que notre stratégie électorale à l’occasion des élections municipales n’était pas la bonne. Ce fut la première erreur de ceux qui étaient chargés d’amener les troupes au combat, si j’ose dire. En effet, au lieu d’avoir dans toutes les communes de plus de 10.000 habitants des listes autonomes, nous avons commencé par faire des alliances contre nature…qui ont eu pour résultat de faire douter les électeurs qui nous étaient fidèles envers et contre tout, ces derniers ne comprenant pas que nous dévions de notre démarche originale. Dans le même ordre d'idées, je suis persuadé que nous aurions fait de bien meilleurs scores aux élections municipales et surtout européennes, si nous avions continué à rester nous-mêmes, et si nous avions affiné le projet présidentiel de François Bayrou à la fois sur le plan économique et social, en faisant des propositions prenant en compte les données de la crise.
Au lieu de cela nous avons fait de la politique politicienne…comme les autres, en ayant pour seul souci d’avoir des élus. Et peu importe avec qui nous faisions alliance ! Très bien, sauf que cette démarche nous a certes valu de siéger dans quelques mairies, à des postes subalternes toutefois, mais nous avons perdu ce qui faisait notre force, l’indépendance vis-à-vis des uns et des autres. Maintenant le MoDem a des élus avec la droite, certainement la plus réactionnaire que nous ayons connue depuis des lustres, ce qui limite quelque part les velléités de certains dans leur critiques vis-à-vis du gouvernement, mais aussi avec les gauches puisque dans certains cas nous nous retrouvons…avec des communistes. Rien que ça, alors qu’il eut été tellement plus simple de faire des listes autonomes aux élections municipales, et de se maintenir là où nous le pouvions.
Alors que faut-il faire à présent, surtout au lendemain d’une sévère défaite aux élections européennes? Je dis sévère, parce que le contexte était extrêmement favorable pour remporter une victoire qui n’aurait pas été sans lendemain, contrairement à celle des écologistes qui, comme aimait à le dire le général de Gaulle à propos des socialistes à son époque, « ne pèsent pas plus que leur poids qui n’est pas lourd ». Hélas, faute d’une véritable stratégie sur la politique à appliquer pour renforcer la construction européenne, faute encore une fois d’avoir succombé à l’envoutement de la politique politicienne, bref parce qu’on a mis la charrue avant les bœufs en confondant élections européennes et élection présidentielle, le MoDem se retrouve Gros-Jean comme devant. Et bien entendu au lieu de tirer sereinement les leçons d‘un scrutin raté, les politiciens qui gouvernent notre mouvement veulent absolument que cet échec (en nombre d’élus) ne se renouvelle pas, et donc sont prêts à toutes les compromissions pour quelques postes aux élections régionales.
Certains vont me dire que je suis encore une fois excessif dans mes jugements, et ma boîte imel va en voir des vertes et des pas mûres. Peu importe, je ne fais que dire ce que j’ai sur le cœur, et je maintiens que raccrocher le wagon des Verts (Cohn-Bendit, Mamère, Bové etc…), plus celui de plus en plus décroché des socialistes ou plutôt d’une partie des socialistes, voire même de quelques communistes élus, c’est se condamner à être ce que François Bayrou ne voulait plus être avec l’UDF, c’est-à-dire un appoint pour un parti ou un rassemblement... qui voudrait bien de nous. Avouons qu’il y a quelque chose d’humiliant dans cette approche purement politicienne, qui signifie que désormais nous ne serons plus nous-mêmes. Pour être honnête, ce n'est déjà plus le cas!
Un dernier mot enfin : je n’entends jamais depuis des mois une personnalité marquante du MoDem évoquer sérieusement la situation économique dans laquelle se trouve le pays. Pire même, je n’entends jamais aucun membre de notre direction nationale faire des propositions réalistes sur les grands sujets qui préoccupent les Français. A-t-on un programme pour nous préparer éventuellement à gouverner dans moins de 3 ans ? La réponse est clairement NON, parce que ce n’est plus la priorité de notre mouvement. La priorité c’est l’alliance improbable avec qui voudra de nous. La priorité c’est faire plaisir aux écologistes, nouveaux maîtres du jeu politicien en France au point que certains se demandent pour qui roule Daniel Cohn-Bendit.
Et dans ce cadre c’est accepter, par exemple, la taxe-carbone dans sa forme la plus injuste socialement, parce que prélevée dans la poche des ménages y compris les plus modestes. Chacun sait bien que dans sa forme actuelle cette taxe n'est qu'un impôt déguisé, instituée non pas pour lutter contre le changement climatique, mais pour faire rentrer quelques milliards dans les caisses de l’Etat. En revanche faire des propositions sérieuses pour redresser nos finances publiques, pour assurer l’avenir de la solidarité nationale par une politique fiscale et sociale adaptée, pour encourager l’innovation, la capacité d’adaptation des hommes etc., ce sera pour plus tard. Quand ? Avec des alliés comme les Verts, comme certains communistes, et nombre de socialistes qui ne s’intéressent qu’aux voix que peut leur apporter le MoDem, autant dire que cela ne sera jamais. Voilà où nous en sommes moins de deux ans après la naissance de notre mouvement ! De quoi se poser beaucoup de questions.
Michel Escatafal
09:55 Publié dans politique française | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société



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Commentaires
Il est urgent d'attendre, je n'ai pas lu ou entendu de position définitive qui engagerai le MoDem.
Clairement, je n'aurais rien à faire dans une formation qui s'acoquinerait avec des socialistes, eux même maqués à des communistes. Pourquoi pas avec des conservateurs de l'ump tant qu'on y est !
Ecrit par : Jerome HUBERT | 27.08.2009
Cher Michel, je ne t'ai pas vu aux UR...tu aurais du venir car celles-ci ont été studieuses. Oui la situation économique fut évoqué. Oui la fameuse photo fut évoquée et oui il y aura des listes autonomes aux régionales.
Je t'invite a lire ou écouter sue le site national du MoDem messieurs Peyrelevade et Dessertine ainsi que les discours de Lepage et Bayrou.
mais aussi de noter le formidable travail des commissions qui servirons de trâme pour le programme des régionales.
Amicalement
Marien
Ecrit par : Lovichi Marien | 07.09.2009
Cher ami,
Si je ne suis pas venu aux journées de La Grande Motte c'est uniquement en raison d'un problème de santé, au demeurant pas très grave, mais suffisamment gênant pour m'empêcher de participer. J'ai déjà répondu à ceux qui par imel m'ont posé la question. D'autre part je n'ai nullement l'intention de quitter le MoDem, même si parfois je suis critique. Cordialement. M.E.
Ecrit par : escatafal | 07.09.2009
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