15.08.2009

L'été de Barack Obama est chaud

Décidément le président des Etats-Unis, Barack Obama, a trouvé un bon moyen de maintenir en plein été les Américains en éveil avec sa réforme du système de santé. Elle les tient tellement en éveil qu’on retrouve dans le pays les pires travers qui ont émaillé son histoire depuis un peu plus de deux siècles. On voit même sur certaines photos un montage où Barack Obama est en compagnie d’Adolf Hitler, et une autre où le président américain est montré avec la moustache de l’horrible führer. Et tout cela parce que Barack Obama veut tenir ce qui est sans doute sa principale promesse de campagne, celle en tout cas qui peut peser le plus sur la vie de millions de gens, la réforme du système de santé.

Mais au fait pourquoi et comment les Américains sont-ils tellement hostiles à une réforme qui, après tout, va vers davantage de justice sociale ? Et bien c’est là toute la différence entre notre vieille Europe et l’Amérique du Nord. Chez nous tout candidat aux élections, même s’il n’en pense pas un mot, se croit obligé de parler de justice sociale. Il y en a même certains qui se réclamant d’une droite décomplexée, n’hésitent pas à citer Jaurès et Blum comme référence à certaines de leurs actions. En outre, même s’ils font tout pour contourner le modèle social français, ils ne cessent quand même de s’y référer notamment en période de crise comme c’est le cas actuellement.

Autre différence entre les Etats-Unis et la France ou l’Allemagne : si le débat sur les baisses d’impôts continue de diviser la classe politique de ce côté de l’Atlantique, ce n’est rien à coté de ce qui se passe aux Etats-Unis où toute augmentation des prélèvements est presque considéré comme une forfaiture, même si cela doit améliorer quelque peu les fondements d’un système profondément inégalitaire. En France personne n’oserait dire qu’on va laisser une partie de la population au bord du chemin, pour ne pas augmenter la contribution de ceux qui sont les plus fortunés. Et même si cela transparaît dans certains programmes, malheur à un candidat qui dirait que ce n’est pas à l’Etat de payer les frais de santé des pauvres. D’ailleurs aucun ne s’y risquerait car il serait sûr et certain de ne pas être élu.

 Et puis il y a aux Etats-Unis les groupes de pression, qui sont à la fois beaucoup plus actifs et plus puissants que chez nous, même si le fossé se réduit depuis quelque temps. Aux Etats-Unis il y a énormément de lobbies de toutes sortes qui arrivent à influencer le cours des choses, au point de faire croire aux gens que c’est leur intérêt de lutter contre certaines réformes alors qu’ils sont les premières victimes du système. Du coup, il est très facile d’agiter le chiffon rouge des augmentations d’impôts pour financer une mesure comme l’assurance médicale universelle. Il suffit pour cela d’affirmer qu’on veut « nationaliser le système de santé » comme ne cesse de le répéter la très droitière Sarah Pallin, candidate malheureuse à la vice-présidence aux dernières élections.

Pour elle l’argent de l’Etat ne doit pas servir à une couverture maladie universelle, et ce d’autant plus qu’elle n’en a pas besoin à titre personnel, pas plus que ceux qui l’aident dans ce combat. Et peu importe que près de 50 millions d’Américains, soit presque 17% de la population du pays accumulant le plus de richesses sur la planète, n’aient aucune couverture médicale. Et le pire est que cette dame est écoutée par beaucoup d’Américains qui, pourtant, paient très cher pour avoir une couverture minimum n’allant pas au-delà des soins les plus élémentaires. Il est vrai que les lobbies se chargent d’accumuler les contre-vérités en affirmant que leur système de santé est loin d’être aussi malade, si j’ose dire, que certains veulent bien le prétendre malgré une espérance de vie plus basse que dans tous les autres pays industrialisés, en raison d’une très forte mortalité infantile, notamment chez les classes les plus défavorisées…qui n’ont pas accès aux soins.

Pauvres Américains, incapables de regarder au-delà de leurs frontières, et de voir ce qui se passe dans des pays comme l’Allemagne, l’Italie, la France, l’Espagne ou les pays nordiques. Pas étonnant me direz-vous puisque pour eux, le plus souvent, la comparaison en ce qui concerne l’Europe se fait avec la Grande-Bretagne, qui est la nation d’Europe Occidentale certainement la plus démunie en matière de santé. Par parenthèse, c’est aussi le pays qui a connu le développement le plus poussé qui soit en matière de libéralisme économique, avec son cortège d’inégalités croissantes. Et c’est précisément ce que Barack Obama essaie très modestement de corriger, par exemple avec cette réforme de l’assurance-maladie. Problème, ce faisant il s’attaque aux assureurs privés qui voient d’un mauvais œil l’Etat investir un marché très lucratif.

Et pourtant si la majorité des familles américaines jouissent d’une assurance-maladie payée par leurs employeurs, ces assureurs privés sont loin d’assurer tous les soins comme c’est le cas chez nous…pour le moment. Quant à l’assurance prise en charge par le gouvernement (Medicare) pour les petits retraités et autres  catégories défavorisées, elle n’assure qu’un nombre restreint de prestations, et comme ces gens n’ont pas les moyens de souscrire une autre assurance on devine ce qui se passe en cas de maladie grave. Enfin, il y a les exclus, ceux surtout pour qui Barack Obama veut faire l’effort, à savoir les chômeurs et les personnes travaillant sans contrat fixe et donc exclus du système. Pour eux il ne reste que les œuvres de charité. Voilà le système que Nicolas Sarkozy nous vantait avant de découvrir, grâce à la crise, les vertus de notre modèle social.

Cela ne veut pas dire pour autant que dès que la crise aura été en partie surmontée, il ne veuille pas de nouveau nous imposer ce  type de société, d’autant que notre endettement public est tel qu’il estimera nécessaire de faire des coupes sombres dans certains budgets sociaux, ce qu’il a déjà commencé à réaliser. Puissent les Français y regarder à deux fois avant de refaire l’erreur qu’ils ont faite au printemps 2007. Espérons aussi qu’ils ne se laissent pas influencer par nos groupes de pression que sont les médias…détenus par les patrons de quelques uns de nos plus grands groupes industriels. Ajoutons aussi, même si c’est aujourd’hui un vœu pieux, que les oppositions doivent se préparer d’ores et déjà sérieusement pour les échéances de 2012, au lieu de se préoccuper d’alliances pour les élections régionales. Et c’est d’autant plus nécessaire que si Nicolas Sarkozy et sa majorité n’ont pas de programme économique bien défini, en revanche la machine électorale UMP est déjà en ordre de marche.

Michel Escatafal

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