13.08.2009

Des cocoricos qui manquent de mesure !

Victoire ! L’économie française, avec une croissance de 0,3% du PIB au second trimestre, est « sortie du rouge », pour reprendre l’expression de Madame Lagarde, ministre de l’Economie et des Finances. Bien sûr les mauvaises langues vont encore dire que cette « divine surprise » tombe à pic pour faire oublier un lot de mauvaises nouvelles, avec notamment les épouvantables chiffres du déficit budgétaire, lequel atteint des niveaux sans précédent. On pourrait y ajouter le déficit commercial qui s’est creusé à 4,1 milliards contre 3,1 milliards en mai, ce qui fait que sur les 12 derniers mois le déficit cumulé du commerce extérieur français atteint 53 milliards d’euros. Pire même, selon le ministère des Finances, les exportations ont reculé de 1,7% par rapport aux trois mois précédents.

Or, si l’on en croit ce que nous a dit Madame Lagarde à propos de la « divine surprise », ces chiffres inespérés seraient dus à la bonne tenue de la consommation…et à la bonne tenue des exportations. Certes, mais les mauvaises langues s’interrogent sur les explications relatives aux exportations compte tenu des mauvais chiffres du commerce extérieur malgré une baisse des importations, sans parler des prévisions de la Banque de France qui tablaient encore en juillet sur un recul de 0,4% au second trimestre, ni de celles de l’INSEE qui prévoyait -0,6%. En tout cas cette « divine surprise » a permis à Madame Lagarde de s’autoriser un sonore cocorico, en disant que nous faisons mieux que nos voisins, ce qui n’est pas tout à fait juste puisque l’Allemagne aurait fait aussi bien que nous, avec une progression du PIB de 0,3%...en raison de la reprise des exportations, ce qui se retrouve dans les chiffres du commerce extérieur.

Toutefois, sans mettre en doute les chiffres de l'INSEE, nombre d’économistes restent prudents pour les trimestres à venir, en faisant d’abord remarquer que l’investissement dans le privé demeure négatif (-0 ,9%), et en considérant comme inéluctable une nouvelle hausse du chômage. Et pourtant on ne peut pas taxer les dits économistes de pessimisme forcené, car la moindre lueur d’espoir se transforme très vite en belle éclaircie. A cela s’ajoute le fait que la « divine surprise » résulte d’une toute première estimation, avec les marges d’erreurs que cela comporte. Et c’est pour cela qu’il y autant de mauvaises langues laissant accroire qu’il y a des nouvelles qui tombent vraiment bien, au bon moment.

En effet, et là ce n’est pas une estimation, nous avons appris hier que le déficit budgétaire de la France avait enregistré une hausse de 38,6 milliards par rapport à l’an passé sur la même période, et a atteint le montant de 86 milliards d’euros sur les six premiers mois de l’année. A combien serons-nous à la fin de l’année ? Si l’on en croit Eric Woerth, le ministre du Budget, le déficit se situera entre 120 et 130 milliards, mais chacun sait que ce chiffre est sous estimé donc on sera tout près de 150 milliards, soit presque 5 fois le déficit de l’année 2006 (36,16 milliards d’euros), dernier exercice du gouvernement Villepin. On comprend pourquoi on ne rappelle jamais ces données, pas plus que les comparaisons avec le voisin allemand dont le déficit devrait se situer entre 4 et 4,5% du PIB contre près de 8% chez nous.

Et puis pour ne pas affoler la population, surtout en plein mois d’août, Eric Woerth a confirmé hier encore qu’il n’y aurait pas de hausse des impôts, le déficit étant financé uniquement par l’emprunt…pour le moment, c’est-à-dire au moins jusqu’en 2012. Cela n’empêchera pas toutefois d’avoir quelques prélèvements supplémentaires, sous forme de création de taxes nouvelles, mais cela paraîtra toujours moins douloureux qu’une hausse des impôts directs. En outre une taxe comme la taxe écologique, aura le soutien plus ou moins explicite de tous ceux qui se réclament bruyamment du respect de l’environnement. En plus cette nouvelle taxe est « concoctée » par un ancien Premier ministre socialiste (Rocard).

Ce qu’on oublie de dire en revanche, c’est que cet énorme déficit aura nécessairement des effets négatifs sur les dépenses publiques. D’ailleurs, point n’est besoin d’être catalogué parmi les mauvaises langues, puisque Monsieur Woerth l’a lui-même confirmé. Les suppressions de postes dans la fonction publique vont figurer dans ces variables d’ajustement. Il aurait pu y ajouter une réduction des commandes publiques en contradiction avec le plan de relance gouvernemental pour faire face à la crise. Et oui, tout se paye quand on vit à crédit, y compris au niveau de l’Etat. Mais comment a-t-on pu en arriver là ?

Encore une fois je veux rappeler qu’en 1980, le taux d’endettement public de notre pays se situait à moins de 20% du PIB, et que cette période correspond très exactement au dernier exercice budgétaire en équilibre. Et j’en profite pour dire une nouvelle fois que je regrette beaucoup que mon parti ne s’en serve pas davantage comme référence. C’est curieux, jamais je ne lis quelque part dans les revues du MoDem un éloge sur Raymond Barre, ce qui hélas est un signe qui ne trompe pas. On doit penser rue de l’Université (siège du MoDem) qu’il est plus « dans le vent » d’envisager un accord avec les Ecologistes pour les élections régionales, plutôt que parler déficit budgétaire. Il est vrai que ce sujet n’est guère la tasse de thé des Ecologistes, toutes tendances confondues, ceci expliquant cela !

Revenons donc aux causes de ce déficit public en soulignant que la crise est loin d’en être la seule cause, et ce d’autant plus que la France a été moins touchée que les autres pays par la crise du système financier, ce qui démontre une fois de plus que les régulations ont du bon. Passons ! Mais si la crise n’explique pas tout c’est qu’il y a d’autres raisons, à commencer par les mirifiques promesses électorales de Nicolas Sarkozy. Oh certes toutes n’ont pas été tenues, notamment les plus importantes (pouvoir d’achat, réforme des retraites etc.), mais le clientélisme a quand même beaucoup pesé sur les décisions du pouvoir dès l’élection de Nicolas Sarkozy, ce qui a entraîné très rapidement une envolée du déficit bien avant la crise mondiale. A ce propos le paquet fiscal a été une considérable erreur, dont on n’a pas fini de mesurer les effets néfastes…au moins jusqu’en 2012 car si alternance il y a, je suppose qu’on reviendra sur certaines dispositions de cette loi.

On peut à présent y ajouter la fameuse baisse de la TVA sur la restauration qui va coûter, en année pleine, 2 à 3 milliards d’euros alors que, comme chacun le craignait, cela ne va pas entraîner de créations d’emplois significatives, sans parler des hypothétiques baisses sur les menus. A cela s’ajoute l’activisme forcené du président de la République, l’œil rivé sur les sondages, essayant constamment de calmer les mécontentements avec des annonces qui coûtent cher, même si ces annonces ne sont pas totalement suivies d’effet. En outre certaines actions spectaculaires à caractère purement électoralistes, comme le Grenelle de l’Environnement, ont engendré des mesures coûteuses, même si leur réalisation finale reste encore en suspens, sans que la planète s’en porte mieux ou plus mal.

Bien entendu on ne peut pas passer sous silence la crise économique qui a aussi joué un rôle dans cette aggravation des déficits, mais pas au niveau où on essaie de nous le faire croire. Personne ne nie que les recettes de l’Etat aient diminué avec la chute des profits des entreprises. Personne ne nie non plus que les contributions sociales de l’Etat enregistrent avec cette crise une forte progression. Problème tout cela survient dans une période où nous n’avions déjà quasiment aucune marge de manœuvre budgétaire pour les raisons dont j’ai parlé auparavant. Résultat, avec les charges de la dette qui n’a cessé de s’amplifier depuis 1981 (environ 45 milliards d’euros), plus à peu près la même somme due aux effets mécaniques de la crise, cela fait environ 50 milliards d’euros créés par la calamiteuse gestion des affaires depuis l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy (paquet fiscal, Grenelle de l’Environnement, cadeaux divers avec à partir de maintenant la baisse de la TVA dans le restauration, dépenses de fonctionnement etc.), sans que l’on trouve là-dedans des dépenses significatives qui préservent l’avenir du pays (investissements, recherche et développement, formation, co-développement…).

Résultat, avec de tels déficits on s’avance allègrement vers les 100% de dette des administrations publiques par rapport au PIB, sans doute dès 2012. Je dis dette des administrations publiques parce qu’il faut aussi ajouter à cette dette celles (à la charge du contribuable) des entreprises encore publiques (SNCF, La Poste, et même EDF), et je ne parle pas des retraites. Qui paiera ? Dans un premier temps, les classes dites moyennes ou ce qu’il en reste, et surtout les générations futures qui paieront les intérêts de la dette…sans pouvoir bénéficier des mêmes prestations qu’aujourd’hui, elles-mêmes déjà en retrait par rapport à un passé récent. Un dernier mot enfin dont on ne parle que trop rarement : la France à force de s’endetter depuis des années auprès d’investisseurs étrangers, sans envisager de prendre des mesures pour casser cette spirale, voit son patrimoine appartenir de plus en plus aux pays excédentaires en devises (Chine, pays du Golfe Arabique) qui financent pour une bonne partie (60%) notre dette. Avec un tel constat, on comprend pourquoi on peut trouver indécents certains commentaires présidentiels, ministériels ou des médias, à la moindre statistique un peu plus favorable ou un peu moins abominable.

Michel Escatafal

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