10.08.2009

Optimisme ou pessimisme?

Doit-on être optimiste ou pessimiste sur le plan économique dans les mois à venir ? Tel est la question que tout le monde se pose, et en premier lieu les économistes. Certes on va me répondre que ces derniers se sont tellement trompés, quelques uns assurant même qu’ils nous ont trompés, qu’il est difficile de croire à leurs prévisions. Cela dit quelqu’un de sérieux comme J.C. Trichet, le président de la Banque Centrale Européenne, reconnaît qu’il y a encore beaucoup d’incertitudes, même si l’économie a cessé d’évoluer « en chute libre », pour reprendre son expression.

En fait qu’est-ce qui peut susciter de l’optimisme pour les observateurs et les décideurs ? Tout d’abord la bourse, avec des marchés qui n’ont cessé de remonter ces dernières semaines, ce qui signifie qu’il y en a qui sont en train de gagner beaucoup d’argent. D’ailleurs, de nouveau on ne parle que de bonus, ce qui devient dans notre pays un moyen de communication pour notre président de la République et son gouvernement, ce qui ne veut pas dire pour cela qu’ils fassent quelque chose à part de vaines paroles. Je dis vaines parce que cela ne fait aucunement peur aux banquiers, et parce qu’à force de répéter la même chose à propos de ces bonus, le bon peuple finit par être convaincu qu’on lui raconte des histoires et qu'on ne fait rien pour empêcher ces abus scandaleux.

On nous dit aussi que les consommateurs comme les patrons cessent de tout voir en noir, et retrouvent même « une certaine confiance dans le système économique ». C’est aller un peu loin, car à part les grands dirigeants des multinationales et des grosses banques, les petits patrons sont toujours inquiets. Et que dire des consommateurs…qui sont bien obligés de consommer, mais qui constatent aussi que les entreprises continuent de licencier, surtout les plus importantes. A ce propos, certaines mauvaises langues disent que cette crise est une forme d’aubaine pour se débarrasser de certaines unités de production jugées peu rentables, et donc des employés et ouvriers y travaillant. Et comme on sait que ces ouvriers et employés n’iront pas en Hongrie, en Ukraine ou en Inde pour retrouver leur emploi, c’est tout bénéfice.

En revanche, et c’est le plus souvent passé sous silence, les résultats des entreprises ne sont pas si mauvais, puisqu’ils sont « mieux que prévu ». J’ajouterais pour ma part que ce n’est guère étonnant. En effet, il suffit de connaître un tant soit peu le fonctionnement des entreprises de nos jours, pour savoir que celles-ci ont pris l’habitude de travailler en flux tendu, ce qui fait qu’elles ont immédiatement pris leurs dispositions pour ne pas gonfler leurs stocks. Les stocks coûtent cher, et dans la course effrénée à la rentabilité, notamment pour pouvoir rémunérer les actionnaires et investir sur les marchés financiers, les stocks sont un instrument de première importance.

On a donc réagi promptement dans les unités de production grâce au chômage partiel, au non renouvellement des intérimaires, et pour finir aux licenciements. Toutes ces mesures prises avec diligence, pour ne pas dire avec zèle, ont limité la chute des résultats dans des proportions non négligeables et, surtout depuis le début de l’année 2009. Cette position de repli s’est aussi accompagnée, ne l’oublions-pas, d’une mise en sommeil des investissements. Bref tous les ingrédients de ce que certains appellent « savoir s’adapter » en situation de crise. On oublie simplement de dire que cette adaptation se fait d’abord sur le dos de ceux qui travaillent…et qui ont besoin de travailler !

Il y a aussi les effets des plans de relance, même s’ils n’ont pas eu partout le même impact ne serait-ce qu’en raison du volume des interventions étatiques dans chaque pays. Sur ce plan la France, quoiqu’en dise nos gouvernants, est quand même restée en retrait…ce qui ne laisse pas d’inquiéter pour l’avenir, d’autant que cela n’a pas empêché nos déficits d’exploser, comme partout ailleurs et notamment aux Etats-Unis où des sommes considérables ont été injectées. A ce propos, on entend tous les jours l’administration américaine et le président Obama lui-même, affirmer que ces interventions commencent à porter leurs fruits. Est-ce bien le cas ?

Au vu des chiffres c’est incontestable, puisqu’après avoir baissé de 6,4% au premier trimestre, le PIB américain n’a glissé que d’un pour cent au second. C’est mieux, mais c’est encore insuffisant pour réveiller un optimisme béat, d’autant qu’il paraît normal qu’après une succession de glissades on arrive à toucher le point bas. Mais à supposer que l’on y soit arrivé, est-ce que l’économie mondiale va enregistrer une correction en sens inverse de ce qui s’est passé ces derniers mois ? Rien n’est moins sûr, et si tout le monde s’accorde à dire que la probabilité d’une rechute semble s’estomper, en revanche il y a quasiment unanimité pour prévoir une reprise molle. Pour les Etats-Unis on prévoit 1,5 à 2% de croissance pour 2010, ce qui veut dire que ce sera moins pour l’Europe. Le FMI, qui pourtant ne pèche pas par excès de pessimisme, pense que la reprise sera « lente et sujette à des risques considérables ». Le malade n’est donc pas guéri, mais à force de vitamines il marche d’un pas un peu plus assuré.

Evidemment tout cela nous n’allons pas l’entendre dans les journaux télévisés de TF1 ou France 2. Il ne faut pas ajouter de l’inquiétude aux inquiétudes. On préfère nous dire que Nicolas Sarkozy « multiplie les interventions » pour obtenir une libération rapide de la jeune Française emprisonnée en Iran, Clotilde Reiss, ce que le ministre des Affaires étrangères (qui compte pour du beurre) a déjà dit hier, en espérant qu’au-delà de ce bla-bla cette jeune femme sera effectivement libérée. On préfère aussi nous annoncer que, finalement, nous allons avoir la chance de subir une augmentation du tarif de l’électricité de seulement 1,9%, alors que le PDG d’EDF avait demandé 20% d’augmentation sur 3 ans en juin. Au passage je rappellerais que notre parc de centrales nucléaires nous permet d’avoir le prix de l’électricité à la production le plus bas dans l’Europe à 15, mais aujourd’hui EDF n’appartient plus entièrement à l’Etat. J’arrête là, car je ne veux pas saper davantage le moral de ceux qui me lisent !

Michel Escatafal

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