08.08.2009
Les Américains découvrent l'Afrique
Alors que la France semble de plus en plus s’éloigner de l’Afrique, ce qui n’a rien à voir avec une prise de distance vis-à-vis de « la Françafrique », les Etats-Unis s’apprêtent à faire de gros efforts sur un continent dont il faut bien reconnaître qu’ils s’en sont peu ou prou toujours désintéressés. Tel ne semble plus être le cas avec la nouvelle administration Obama. Trois semaines après la visite au Ghana du président américain, c’est la secrétaire d’Etat, Hillary Clinton, qui effectue une grande tournée dans sept pays d’Afrique, et pas que des pays anglophones puisqu’elle ira aussi en République Démocratique du Congo, en Angola et au Cap-Vert.
Il est vrai qu’en Afrique à présent il y a de la concurrence, car la Chine comme je l’ai déjà rappelé à plusieurs reprises est très présente, mais aussi l’Inde, le Brésil et même les Emirats Arabes. Tous ces pays évidemment n’investissent pas en Afrique pour exporter la démocratie, mais plus prosaïquement pour faire des affaires tant qu’il est encore temps. Si je dis cela c’est parce que certains pays tels que l’Angola, la RDC et le Nigéria, riches en minerais de toutes sortes et en pétrole, sont déjà considérés comme des chasses gardées chinoises.
En tout cas les Américains annoncent la couleur puisqu’Hillary Clinton sera accompagné dans ce périple, non seulement par le secrétaire adjoint aux affaires africaines, mais aussi par le secrétaire à l’Agriculture. Cela veut dire clairement qu’on ne va pas se contenter d’évoquer dans ces pays les droits de l’homme. On s’en serait douté ! Et en plus, du fait de leur puissance militaire, les Etats-Unis peuvent facilement gagner la confiance de certains pays comme la Somalie qui souffrent énormément des effets de la piraterie, ce qui permet accessoirement de tisser d’autres liens, notamment économiques.
Aujourd’hui un accord avec 37 pays africains, reconduit jusqu’en 2015, permet aux produits africains de bénéficier d’un accès privilégié au marché américain, les échanges dans ce cadre représentant déjà 80 milliards de dollars ce qui n’est pas rien. Mais il est évident que les Etats-Unis veulent faire beaucoup plus, notamment au Nigéria et en Angola, l’un et l’autre grands pays producteurs de pétrole. Pour mémoire je rappelle que l’Angola occupe le 18è rang pour les réserves de pétrole connues, et le Nigéria le 10è rang, ce dernier pays ayant également les 7è réserves de gaz. Cela suscite des convoitises, d’autant plus que les Etats-Unis souhaitent diversifier au maximum leurs approvisionnements en hydrocarbures. Or pour le moment les Etats-Unis n’importent que 7% du pétrole angolais, contre plus de 30% à la Chine.
Peu présent jusque là en RDC, plus grand pays de l’espace francophone, les Etats-Unis sont en train de se souvenir que cet immense pays est très riche en ressources naturelles (forêts, mines…), ce qui explique l’intérêt croissant des grandes puissances industrielles en plus de la Chine. L’Allemagne par exemple ne lésine pas sur les moyens pour s’implanter dans le pays, l’industrie allemande étant très dépendante de certains métaux comme le cobalt, dont la RDC est la principale zone d’extraction. Mais l’Australie par l’intermédiaire de son géant minier, BHP Billiton, considère la RDC avec un intérêt croissant pour les mêmes raisons commerciales. La concurrence va être sévère pour les Etats-Unis, surtout si la reprise se confirme dans les prochains mois !
Si je dis cela c’est bien entendu parce que la crise a plongé dans l’incertitude de nombreux investisseurs en Afrique, ce qui a ralenti certains projets dans l’immobilier, le tourisme, l’industrie et même dans le secteur minier. A ce propos, on a estimé que ce sont 70 milliards de dollars qui pourraient avoir été perdus, ou différés en attendant des jours meilleurs. Et la France me direz-vous, que fait-elle dans un tel contexte ? Voilà une bonne question à laquelle on ne peut que répondre en disant que son influence ne cesse de diminuer, y compris et surtout dirais-je dans l’espace francophone. Oh certes on va nous dire que l’intervention croissante d’acteurs non français est une chance pour la France, parce que tout ce qui contribue au développement de l’Afrique ne peut qu’être bénéfique aux pays développés.
Il n’empêche, notre pays souffre du handicap d’une mauvaise perception de la politique française en Afrique. Y en a-t-il une au fait ?Nombre d’Africains pensent que les efforts faits par notre pays sont trop ciblés au profit de quelques entreprises solidement implantées sur le continent. Cela dit, comment interpréter la réduction du dispositif public français de soutien aux entreprises françaises encore présentes en Afrique. N’y aurait-il pas davantage d’efforts à faire pour nos entrepreneurs, surtout les PME, pour développer les échanges avec les pays africains, francophones et autres, plutôt qu’aller ouvrir des bases militaires au Moyen-Orient ? Voilà un sujet qui mériterait d’être développé dans nos médias, même si on me répondra que nous sommes au mois d’août, et qu’il ne faut surtout pas aborder les sujets trop sérieux. L’ennui c’est que personne n’en parle à aucun moment de l’année. Et pendant ce temps, ce sont les entreprises des autres pays qui en profitent !
Michel Escatafal
15:09 Publié dans géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société



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