06.08.2009

C'est un vrai métier que d'être ministre de l'Agriculture

Bruno Lemaire.jpgtomates.jpgJ’ai toujours dit sur ce site que jamais notre pays n’avait autant donné l’impression d’avoir à sa tête aussi peu de gens compétents. Et plus on va dans le temps, plus cela se vérifie. Pour moi les seuls ministres à qui on ne pouvait faire grief de ne pas connaître leur sujet étaient Bernard Laporte et Bruno Lemaire. En parlant de Bernard Laporte certains vont se moquer de moi, mais force est de constater qu’il connaissait au moins le sport de haut niveau puisqu’il avait été champion de France de rugby, entraîneur d’une équipe qui l’avait été et sélectionneur de l’Equipe de France. Cela dit il ne connaissait rien à la politique, et je ne crois pas que sur ce plan il ait beaucoup progressé pendant son passage au gouvernement, où il donnait l’impression d’être inutile. Quand à Bruno Lemaire, chacun sait qu’il avait contribué positivement à « rabibocher » quelque peu un couple franco-allemand qui ne l’était plus, à force d’incompréhension entre la chancelière et notre président de la République.

 

Ces états de service ou compétences n’ont finalement servi ni à l’un, ni à l’autre. Laporte a été débarqué sans ménagement pour être remplacé par…Rama Yade, ce qui démontre le mépris dans lequel on tient le sport au gouvernement, et la manière dont on attribue les postes ministériels. Quant à Bruno Lemaire, il est devenu à son grand regret ministre de l’Agriculture, alors qu’il aurait bien aimé conserver son poste de secrétaire d’Etat chargé des Affaires européennes, ce que tout un chacun peut comprendre. Cet agrégé de lettres, né à Neuilly sur Seine, ne s’était jusque là pas particulièrement signalé par sa connaissance du monde agricole. Je pense que parmi le personnel politique de notre pays, il doit y avoir quand même des gens qui ont une meilleure appréciation des vrais problèmes des agriculteurs.

 

On a pu, hélas, s’en rendre compte très vite, et les paysans ne sont pas prêts à pardonner à Bruno Lemaire son extrême réactivité face à la demande de la Commission Européenne de rembourser des aides indûment perçues, selon elle, par les producteurs français de fruits et légumes. Dit autrement, dans cette affaire notre ministre de l'Agriculture s’est comporté en bon apparatchik bruxellois, comme il l’a expliqué dans le journal Le Monde préférant « éviter une guerre perdue contre la Commission et agir avec responsabilité, sans prendre Bruxelles comme bouc émissaire, pour s’attaquer aux problèmes structurels de la filière ». Voilà qui est bien parlé…quand on n’est pas paysan, et qu’on n’a pas à affronter chaque jour les difficultés du métier !

 

Bien évidemment le conflit entre le ministre, qui entend faire respecter la décision européenne, et les paysans forcés de rembourser les aides indument perçues (de l’ordre de 500 à 700 millions d’euros avec les pénalités) est inévitable, ces derniers prédisant « un été brûlant », et affirmant qu’ils ne paieront pas. La maladresse de Bruno Lemaire est d’autant plus grave qu’il s’agit d’une très vieille affaire, les aides publiques ayant été versées entre 1992 et 2002. Manifestement ce pauvre ministre ignorait tout, ou presque, d’un dossier à propos duquel le gouvernement Raffarin avait déjà donné des explications le 26 décembre 2002, justifiant ces mesures parce qu’elles atténuaient les effets d’excédents momentanés de l’offre par rapport à la demande. On ne peut pas tout savoir !

 

Problème, la Commission européenne ne veut rien entendre parce qu’elle assimile ces mesures à des aides d’Etat susceptibles de fausser la concurrence, ce que d’ailleurs ne conteste pas la FNSEA qui, par l’intermédiaire de son président, n’hésite pas à affirmer que « cela nous permis de faire face à la concurrence espagnole et portugaise ». En outre, si j’ai tout compris, la France avait omis de notifier ces aides à la Commission européenne, avertie par une plainte anonyme sur la foi de documents où les autorités françaises qualifiaient ces aides de « largement anti communautaires ». Pire même, sur ces papiers à en-têtes gouvernementaux, il était écrit qu’il y avait une réelle menace de faire rembourser par les producteurs les sommes versées.

 

Dans ces conditions il est aisé de comprendre pourquoi les syndicats agricoles refusent d’avance tout remboursement car, comme le dit la FNSEA, « si les autorités françaises n’ont pas cru bon de prévenir Bruxelles, c’est donc leur faute, pas la nôtre ». A la Commission européenne on ne veut pas rentrer dans ce type de considération, et les agriculteurs doivent payer parce qu’il y va de « la survie de l’agriculture dans l’Union » selon les termes du porte-parole de la Commission. En attendant le gouvernement français va devoir établir la liste des bénéficiaires des aides et des montants reçus, ainsi que les mesures prévues. Les services de Bruno Lemaire vont avoir du travail dans les semaines à venir, même si ce dernier a demandé un délai !

 

En tout cas le ministre s’est mis tout seul dans une position très inconfortable, ce qu’il n’aurait pas fait s’il était né dans un village du Lot-et-Garonne ou du Vaucluse. D’un coté il y a le gendarme européen qui ne fait qu’appliquer les directives acceptées et votées par les gouvernements des pays qui composent l’Union Européenne, et de l’autre les agriculteurs déjà en grande difficulté avec la baisse des prix des fruits et légumes qui ne peuvent, en aucun cas, rembourser ces 500 ou 700 millions d’euros. Je ne sais pas comment se terminera cette affaire, même si j’en ai une petite idée. Une chose est sûre, on n’a pas encore entendu François Fillon, ni le président de la République sur le sujet. Il est vrai qu’ils étaient au courant de tout cela puisque Bruno Lemaire affirme avoir agi « en plein accord avec Matignon et l’Elysée ». Et puis ils sont en vacances !

 

Michel Escatafal

Trackbacks

Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://michelescatafal.hautetfort.com/trackback/2317016

Ecrire un commentaire