25.07.2009

Qu'il est difficile d'essayer de gouverner autrement !

B. Obama.jpgQu’il est dur d’être à la fois président des Etats-Unis, de surcroit de race noire et plus encore de vouloir essayer de gouverner autrement. C’est tellement plus facile d’être démago, de vider les caisses et de jouer l’air de la liberté partout dans le monde, sur le modèle américain bien sûr. On a vu ce que cela a donné pendant la presque totalité du mandat de Georges Bush, avec fin 2008 une Amérique quasiment en faillite, décriée et déconsidérée dans le monde entier, et sur les bras deux guerres qui n’en finissent pas. Mais de cela les riches Américains ne s’en soucient pas, d’où leur lobbying pour empêcher Barack Obama de faire aboutir quelques unes de ses promesses de campagne. Lui d’ailleurs, par rapport à quelqu’un que nous connaissons bien ici, notre président de la République française, n’évoque pas une multitude de réformes à réaliser en même temps, mais plutôt essaie de se fixer comme objectif d’en réaliser quelques unes…susceptibles de changer la vie des Américains.

 

Oh certes je ne suis pas naïf, comme je l’avais dit après l’élection de Barack Obama en novembre dernier, et je sais bien que même ces réformes-là ne seront pas réalisées exactement comme il l’avait envisagé. Il sera obligé de lâcher un peu de lest s’il veut qu’elles puissent passer. Malgré tout, même quelque peu édulcorées, elles représenteront un plus indéniable pour les Américains, comme par exemple la réforme du système de santé qui va bénéficier aux malades d’un grand pays comme les Etats-Unis d’Amérique, qui vivent depuis des années avec un système parmi les plus chers et les moins performants des pays industrialisés. Reconnaissons que si Barack Obama arrive à ses fins, c’est-à-dire s’il fait adopter une réforme diminuant les coûts et octroyant une couverture médicale aux 46 millions d’Américains qui en sont dépourvus (15% de la population !) ce sera une belle réussite, et cela aura une autre allure que faire adopter la loi Hadopi.

 

Cependant ce n’est pas encore gagné car ce projet se heurte à l’opposition farouche…de ceux qui n’ont aucun problème pour s’assurer un service de soin performant, et il y en a chez les républicains comme chez les démocrates. Ceux-ci en effet dans un même élan s’inquiètent du coût d’une mesure qui va fatalement coûter cher dans un premier temps, alors que le déficit fédéral dépasse les 1000 milliards de dollars par rapport à un PIB qui était en 2008 de 13700 milliards. Par parenthèse en France cette année nous serons également dans un rapport de cette ordre, mais apparemment cela ne semble pas inquiéter grand-monde et surtout pas Nicolas Sarkozy et Madame Lagarde. On les comprend, c’est un sujet qu’il faut  aborder avec beaucoup de circonspection jusqu’en 2012. Fermons la parenthèse.

 

Cela dit cette réforme du système de santé, si elle réussit, pourrait très vite s’avérer rentable pour les finances publiques des Etats-Unis, car en fait de plus en plus de familles ne se soignent pas faute de moyens pour le faire avec toutes les conséquences que cela peut avoir sur le plan économique et social. En fait, avec  le système actuel, les seuls qui s’enrichissent sont les compagnies d’assurance. J’ai lu quelque part qu’une femme atteinte d’un cancer dans l’Etat du Colorado, qui payait 700 dollars par mois d’assurance (492 euros) n’était même pas couverte pour le traitement de son cancer. Et dire que c’est ce modèle que nous vantait Nicolas Sarkozy il y a quelque mois ! Certes il a un peu évolué ces derniers temps, mais s’il avait été élu en 2002 il aurait eu le temps de faire suffisamment de transformations pour que le modèle français soit démantelé. On l’a échappé belle…jusqu’à présent !

 

 

Barack Obama voudrait pour sa part essayer de changer autant que faire se peut un système économique global qui a mené son pays à la faillite. C’est la raison pour laquelle il défend bec et ongles son gigantesque plan de relance, mais aussi ses mesures de stabilisation du système financier, et celles relatives à la régulation des activités financières. Là aussi gageons qu’il sera obligé de lâcher du lest, ce qu’il a déjà commencé à faire, mais souhaitons lui plein succès dans sa démarche volontariste. Il n’a jamais dit comme Nicolas Sarkozy qu’il voulait être « le refondateur du capitalisme », mais il essaie de faire au moins le minimum pour éviter que les aberrations qui ont conduit le monde dans la situation que l’on connaît aujourd’hui ne puissent se renouveler. Mais là aussi ce n’est pas gagné car on entend de nouveau les gens de mauvaise foi regretter « qu’on crée de nouveau une catégorie d’assistés et de parasites de la société ». Pour ces Américains, mais il y en a aussi en France, on trouve normal qu’il faille payer toujours plus avec de moins en moins de prestations.

 

Néanmoins si certaines réformes suscitent la sympathie de beaucoup de ses électeurs, il en est d’autres qui auront davantage de mal à être acceptées, plus particulièrement celle relative à l’éducation qui va entraîner une compétition entre Etats, les subventions étant versées prioritairement là où il y aura les meilleurs résultats. Dit autrement le président veut voir les Etats s’engager dans cette course aux dollars, ce qui implique pour chaque Etat de lier la rémunération des enseignants à la performance des élèves. C’est évidemment une conception très libérale de l’enseignement, mais cela prouve au moins que ceux qui pensaient que Barack Obama était un vrai socialiste se trompaient. Il a simplement une conception de la société un peu moins inégalitaire que son prédécesseur, et il a pour lui un charisme que même ses adversaires les plus acharnés lui reconnaissent.

 

Un dernier mot enfin, même si Barack Obama est devenu président des Etats-Unis, nombreux sont encore ceux qui vivent avec des préjugés raciaux y compris dans les services de l’Etat. On a pu le constater cette semaine à propos de l’arrestation d’un professeur noir à son domicile, alors qu’il forçait l’entrée de son domicile parce que la serrure était grippée. Cette scène ayant été vue par une voisine, celle-ci s’est empressée de prévenir la police…qui arrive alors que le propriétaire était dans l’entrée de la maison. On devine la suite, le propriétaire des lieux est interpellé par un officier, blanc, qui lui demande ses papiers ce que l’autre ne fait qu’avec réticence car il est chez lui, et il est emmené au poste de police menotté.

 

Or il se trouve que le propriétaire en question est un professeur de Harvard, un des universitaires noirs les plus influents du pays. Du coup Barack Obama s’empare de l’affaire sans connaître les faits dans le détail, et il tance vertement les policiers qui selon lui ont agi « de manière stupide ». Les policiers se sentant insultés ont demandé à Barack Obama des excuses qu’il n’a d’ailleurs pas faites, mais il a été obligé de reconnaître que le mot « stupide » était un peu fort. En attendant cela a suffi pour réveiller les vieux démons liés aux querelles raciales, qui montrent à l’évidence que les Etats-Unis ne sont pas encore guéris de tous leurs maux. Toutefois, est-ce que chez nous on a beaucoup de leçons à donner aux Américains ? En tout cas les Américains savent mieux que personne que les évolutions sur ce plan seront très lentes, puisque selon un sondage 62% des Noirs et 61% des Blancs pensent que rien n’a changé depuis l’élection de Barack Obama. Le contraire nous aurait étonnés !

 

Michel Escatafal

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