17.07.2009

Sur la complaisance des médias...

Une fois de plus on est surpris à l’étranger par la relation de Nicolas Sarkozy avec les médias audiovisuels, en raison du portrait-interview fatalement complaisant diffusé lundi soir sur France 5. Certes c’est la période des vacances, et pour peu qu’il fasse beau nombre de gens n’ont pas vu ce portrait plus que consensuel du chef de l’Etat. Toutefois on peut quand même regretter que Nicolas Sarkozy ait décidé d’arrêter  l’interview habituelle des présidents de la République le jour du 14 juillet à 13h. Oh certes on savait bien que les journalistes qui intervenaient ce jour-là avec le président n’allaient pas être trop méchants, mais c’était quand même mieux qu’un cirage de bottes en règle.

Décidément le président de la République aime les médias…quand il est sûr que ceux-ci vont le servir. La semaine dernière il a réalisé une longue interview pour le Nouvel Observateur, interrogé par un ami de son épouse ce qui excluait par avance tout risque de dérapage de la part du journaliste. Pauvre Nouvel Obs, et surtout pauvre presse indépendante ! Que reste-t-il comme journaux réellement indépendants ? Le Canard Enchaîné sans doute, tout comme Siné Hebdo qui est en train de se faire une petite place dans la presse hebdomadaire. Tant mieux même si évidemment je crois être assez averti « pour en prendre et en laisser » dans ce qui est écrit. Cela dit, combien de lecteurs ces deux journaux représentent-ils ? Au maximum 500.000, et encore certaines semaines pour atteindre ce chiffre il faudrait peut-être y ajouter Marianne.

Dans ces conditions il est aisé de comprendre pourquoi les Français sont si mal informés. Entre les journaux télévisés de TF1, France 2 et FR3 qui a eux seuls doivent faire presque les 3/4 de parts de marché, plus la grande presse régionale en province, y compris avec ses petits hebdomadaires locaux qui ont quasiment tous été absorbés par les grands groupes, qu’est-ce que le lecteur peut se mettre sous la dent pour savoir ce qui se passe dans le pays, et à plus forte raison dans le monde ? Rien ou presque. Presque parce qu'il y a internet, mais si internet a un succès de plus en plus évident pour l’achat de biens de consommation, en revanche rares sont les Français qui passent du temps pour s’informer sur la situation réelle en France, en Europe ou dans le monde. Bien entendu quand je parle d’internet j’y ajoute tous les blogs, mais au final tout cela ne fait pas grand-monde.

Que retiennent les gens en priorité dans ce qu’ils entendent, voient ou lisent ? Des titres plus ou moins racoleurs destinés à frapper l’imagination. Un accident d’avion, surtout si parmi les victimes il y a des Français, va occuper des heures et des heures d’antenne. Ce sera la même chose pour la mort d’un chanteur de variétés, surtout si c’est une vedette internationale. Et puis il y a le tout venant des informations locales, mais pas grand-chose sur la politique sauf au moment des élections, ou alors des niaiseries destinées à détourner l’attention. Hier par exemple,  on ne parlait presque que des 14.000 euros rendus par Nicolas Sarkozy suite au rapport de la Cour des Comptes sur le budget de l’Elysée. A ce propos je ne dis pas que les travaux de la Cour des Comptes ne sont pas de qualité, mais ce qui en est distillé dans la presse est orienté…dans le bons sens pour le président de la République.

D’ailleurs qui se préoccupe dans notre pays des dépenses de l’Elysée ? Personne jusqu’à ce jour, d’autant que tout dépend de la personnalité de celui qui l’occupe. En regardant l’autre soir le documentaire sur le général de Gaulle, j’ai eu confirmation qu’il payait lui-même son électricité et sa taxe d’habitation pour les locaux qu’il occupait avec sa famille. On n’en demande pas tant, car ce que l’on veut c’est que le pays soit bien géré, et qu’il y ait des résultats en matière de chômage, de développement durable, de balance commerciale, de déficits publics, de recherche et développement etc., bref tout ce qui porte notre pays vers des lendemains meilleurs ou pires. Je suis persuadé que personne ne s’est inquiété des dépenses de Matignon à l’époque où Raymond Barre en était le locataire, parce qu’il avait assuré le redressement du pays (stabilité du franc, ralentissement de la progression du crédit, maîtrise des finances publiques et de la sécurité sociale, rétablissement de l’équilibre extérieur). Tout le reste ce n’étaient que billevesées.

Et puisque je parle encore une fois de Raymond Barre et du général de Gaulle, je voudrais en profiter pour dire que l’un et l’autre ont eu pour caractéristique commune de n’avoir jamais eu d’extrême sensibilité au moindre commentaire d’un journaliste.  Au contraire, comme le préconisait François Mauriac, ils ont su « s’établir dans un état d’indifférence, opposer une surface lisse et ne retenir des attaques subies que ce qui peut les aider à voir plus clair ». C’est une attitude totalement opposé à celle de Nicolas Sarkozy, qui n’écoute que les « coups de clairons » que ne manquent pas de lui donner ses thuriféraires et ses obligés. Hélas on en voit les résultats, et malgré les apparences, avec des réformes qui se transforment toutes en réformettes pour parler comme Dominique de Villepin, c’est plus que jamais l’immobilisme dans lequel se complaît le président de la République qui fait perdre chaque jour du terrain à notre pays dans la compétition internationale.

Michel Escatafal

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