03.07.2009

De la présidence française de l'UE à la présidence suédoise

Il y a un an très exactement Nicolas Sarkozy prenait la présidence de l’Union Européenne pour une durée de six mois, et bien évidemment il voulait que celle-ci fût flamboyante…comme d’habitude. Du coup, de tiède européen il s’est tout de suite voulu plus européen en apparence que le plus européen des européens. Et de fait il fut servi par les circonstances, la guerre en Géorgie et la crise financière qui s’amplifiait, pour se mettre en avant au point que les médias Français se mirent presque à comparer le président de la République à Napoléon 1er. Rien que ça ! La France n’avait jamais été aussi grande qu’en 2007 puisqu’elle était la maîtresse de l’Europe tout entière ou presque, à l’exception de la Russie.

 

Mieux même, toujours à en croire les commentateurs, même la grande Russie s’était pliée aux desiderata du nouveau guide de l’Europe. Bref, pendant ces six mois notre pays était redevenu ce qu’il était entre 1804 et 1812, plus grand encore qu’entre 1794 et 1797. Balayé le souvenir des victoires de Fleurus, Arcole, Rivoli, puis plus tard Ulm, Austerlitz, Iena, Eylau, Friedland, Wagram ou la Moskowa. Cela dit, trêve de plaisanterie, que reste-t-il un an après de cette épopée, qui n’en était pas une, pour l’Europe ?  Peu de chose, et en disant cela je suis gentil.

 

Dans les provinces sécessionnistes de la Géorgie (Abkazie et Ossetie du Sud) l’ordre russe règne, au point que désormais plus personne n’en parle, et pour ce qui concerne la crise financière et économique ce sont plus que jamais les solutions nationales qui s’imposent, ce qui ne fait que contribuer à éloigner les Européens de l’Union Européenne. Si les Pays baltes connaissent une crise sans précédent personne ne s’en soucie en France, en Espagne ou en Italie…parce que dans tous ces pays il y a aussi de gros problèmes.

 

Disons que l’on est de nouveau entré dans le règne du « chacun pour soi ». Et s’il fallait avoir confirmation que l’Europe n’a pas vraiment le vent en poupe en ce moment, les élections européennes de début juin en ont apporté une claire confirmation avec une abstention massive dans tous les pays. On en conviendra le résultat n’est pas brillant, et pour clôturer le tout la présidence tchèque qui a succédé à la présidence française a tourné au cauchemar pour l’Europe, avec un gouvernement démissionnaire en plein mandat. C’est d’ailleurs pour cela que la présidence suédoise est attendue dans les milieux européens avec une certaine impatience.

 

En effet après l’esbrouffe perpétuelle qui a servi de mode de gouvernement à Nicolas Sarkozy, avec pour seul souci de tirer la couverture à lui, et l’immobilisme pour ne pas dire l’irresponsabilité des Tchèques, il y a besoin effectivement d’une présidence raisonnable. Et qui mieux qu’un pays nordique peut a priori offrir cette perspective, à ceci près que la Suède est loin d'être un pays farouchement européen. D’ailleurs si elle l’était, il y a longtemps qu’elle aurait adopté l’euro, ce qui aurait été une bonne chose ne serait-ce que pour augmenter encore un peu plus le poids des pays vertueux en matière de finances publiques.

 

Et cela m’amène à évoquer la rencontre qui doit avoir lieu aujourd’hui entre Français et Suédois, c’est-à-dire entre Nicolas Sarkozy et le Premier ministre suédois. De quoi les deux hommes vont-ils bien pouvoir parler, alors qu’ils ne sont pas d’accord sur grand-chose en dehors de la nécessité de prendre des mesures relatives au réchauffement climatique, ce qui ne mange pas de pain. Les Suédois sont européens surtout dans une vision libre-échangiste, ce qui explique leur désir de continuer l’élargissement de l’Union...qui permettrait une adhésion rapide de leurs amis islandais, alors que les Français sont beaucoup plus restrictifs, d’autant que dans l’esprit de Nicolas Sarkozy, l’élargissement signifie l’adhésion à l’UE de la Turquie dont il affirme ne pas vouloir, sans que l’on sache quelle est sa réelle conviction sur le sujet.

 

Autre point de discorde, après les gros problèmes budgétaires rencontrés par la Suède au début des années 1990 ( déficit supérieur à 10% du PIB), les dirigeants de ce pays font à présent une fixation sur la discipline budgétaire….ce qui on en conviendra est loin d’être le souci premier de Nicolas Sarkozy.  Et oui, c’est aussi ça l’Europe, mais malheureusement cela ne la fait pas avancer. Preuve si besoin en était que l’on a mis la charrue avant les boeufs, avec les élargissement successifs et sans discernement depuis 1973, date de l’entrée de la Grande-Bretagne dans l’Union. Résultat, on se retrouve avec une masse informe d’Etats composant une Union, où l’on n’est même pas capable de s’accorder a minima sur les problèmes de politique budgétaire ou de politique étrangère. On est vraiment très loin du rêve que formaient les pionniers de l’Europe quant à la naissance des Etats-Unis d’Europe !

 

Michel Escatafal

Trackbacks

Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://michelescatafal.hautetfort.com/trackback/2270758

Ecrire un commentaire