30.06.2009
Une crise inévitable? Oui, mais...
Avec une crise comme celle que nous connaissons chacun y va de son couplet pour l’expliquer, et ensuite pour faire en sorte qu’elle dure le moins longtemps possible. Bien entendu les mêmes qui ne l’ont pas vu venir sont parmi les premiers à expliquer doctement que cette crise était inévitable, et que tout concourait à faire en sorte qu’elle se développe comme une pandémie de grippe à l’échelle mondiale. Certains y voient une absence de régulation aux échelons nationaux ou internationaux. D’autres estiment qu’en fait cette crise, comme celle de 1929, est surtout le fait d’erreurs humaines ce qui explique leur réticence à vouloir changer le système capitaliste. Et puis il y en a quelques uns qui pensent que tout ceci ne serait pas arrivé, si ceux qui sont aux manettes de la finance internationale ne s’étaient pas comportés de manière aussi irresponsable.
Pour être franc, je crois sans risque de me tromper qu’il y a un peu de tout cela, et que manifestement c’est la faute d’abord des apprentis sorciers qui dirigeaient le monde. Parmi ceux-ci bien évidemment figurent l’ancien président (Alan Greenspan) de la Réserve Fédérale américaine, celle qui gère la principale monnaie de réserve du monde, et bien entendu l’ancien président (Georges W. Bush) de la première puissance économique dans le monde. En 1929 cela avait été à peu près le même scénario, à ceci près que le monde n’était pas tout à fait régi de la même manière, On était en effet dans un monde moins unipolaire que celui que l’on a connu dans les années 1990, et même au début de la décennie 2000.
La France comme la Grande-Bretagne, qui venaient de vaincre l’Empire allemand, étaient encore considérés comme des grandes puissances, ne serait-ce que par leur empire colonial. En plus les Etats-Unis avaient à leur tête un président qui n’a laissé que le souvenir d’un homme peu porté sur les grandes décisions, Herbert Hoover. Cela dit, qu’il s’agisse des leaders politiques ou des banquiers centraux, tous avaient pour caractéristiques de n’être pas de grands hommes d’action…ce qui signifie que le pouvoir économique, concentré dans les mains des grandes entreprises multinationales, avait primauté sur le pouvoir politique ou de régulation.
On était donc bien dans la même situation que ces dernières années, où les pouvoirs politiques et financiers suivaient aveuglément les desiderata des multinationales de l’économie et de la finance. Et le jour où le système s’est grippé il n’y avait bien sûr personne pour prendre la mesure de ce désastre financier , parce que personne dans le monde politique n’était capable de prendre les décisions qui s’imposaient, pour faire en sorte que les banques continuent à jouer leur rôle. On a même laissé mettre en faillite la banque Lehman Brothers, ce qui aurait pu avoir des conséquences encore plus dramatiques si les banques centrales n’avaient pas pris la mesure de leurs responsabilités.
A ce sujet, et n’en déplaise à Nicolas Sarkozy et à tous ceux qui crient sans connaître le sujet, on ne peut que souligner le rôle extrêmement positif joué par la Banque Centrale Européenne, qui a largement contribué à éviter une catastrophe plus importante encore. Et je dirais qu’heureusement, et sous l’impulsion de la BCE, les banquiers centraux ont pallié en partie les carences des décideurs politiques qui, aux dires de nombreux observateurs, n’ont pas su gérer la situation. C’est facile de vouloir refonder le capitalisme, mais c’est plus difficile de prendre les décisions qui permettent de redonner confiance aux investisseurs et plus encore aux citoyens, les uns et les autres ayant cru (les naïfs) que l’argent pouvait éternellement rester démesurément bas sans engendrer une spéculation effrénée, ce que Messieurs Greenspan et Bush n’avaient pas su ou voulu admettre.
On comprend mieux pourquoi un Nicolas Sarkozy n'a pas réalisé la portée de ses paroles quand il encourageait les Français à s’endetter, ou quand il considère que l’endettement public est un mal nécessaire.En tout cas sur ce plan c’est réussi, puisque selon le FMI la dette publique dans les 10 pays les plus riches du monde dépasse 78%. La France figure bien dans ce peloton et elle va même y figurer en très bonne place dès cette année et plus encore en 2010 et les années suivantes. Jamais en temps de paix notre pays n’a connu une telle situation, comme jamais depuis la deuxième guerre mondiale la France n’a perdu autant d’argent en si peu de temps. Dans ces conditions comment allons-nous pouvoir financer le traitement du chômage, le paiement des retraites, le déficit de la sécurité sociale, mais aussi l’effort de recherche et d’investissement, sans lequel notre système productif restera toujours à la traîne par rapport à nos voisins allemands pour ne citer qu’eux ?
Voilà une bonne question à se poser, au lieu de disserter sur la manière dont on va dépenser les 80 ou 100 milliards que va rapporter le grand emprunt national décidé par Nicolas Sarkozy. En fait, pas besoin de se poser la question puisque chacun sait que ces 100 milliards vont servir à préparer l’élection de 2012, puisqu’il est interdit d’évoquer toute augmentation des impôts pour les plus riches, comme il est proscrit d’employer le mot rigueur notamment pour financer les dépenses inutiles. Cela étant il faudra bien un jour ou l’autre payer l’addition, ne serait-ce que vis-à- vis de Bruxelles, et là ce sera très douloureux. Et si c’est Nicolas Sarkozy qui doit mettre en œuvre des mesures douloureuses, chacun sait bien qui paiera. Raison de plus pour affiner très vite nos propositions, en n’oubliant pas que la situation sera pire que ce que nous l’imaginons aujourd’hui.
Michel Escatafal
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28.06.2009
Ils ont perdu la notion des réalités
Parmi les informations qui méritent notre attention, il y en a au moins trois qui paraissent intéressantes à des titres divers. La première concerne la dépense des ménages américains qui a suscité l’enthousiasme de nombre de commentateurs, ces derniers se disant que si les ménages américains recommencent à dépenser c’est le signe que la crise commence à s’estomper. Preuve pour eux aussi, que les mesures extrêmement fortes prises par l’administration Obama (cadeaux fiscaux, politique d’investissements publics, facilités de crédit…) commencent à porter leurs fruits. Certes tout cela ne fait pas encore reculer le chômage, mais cela laisse un espoir de voir une petite reprise s’amorcer d’ici la fin de l’année, à la condition toutefois que les ménages outre-Atlantique ne continuent pas à épargner, comme c’est la tendance ces derniers mois. Dans ce cas en effet, la récession pourrait en être aggravée.
En France nous n’avons pas ce type de préoccupation, je veux parler de la consommation des ménages, parce que malgré un chômage qui s’avance allègrement vers les 10%, les ménages français continuent tant bien que mal à consommer… parce qu’ils ont encore quelques réserves d’épargne et surtout parce qu’ils ne sont pas encore trop endettés surtout par comparaison avec les Américains. Cela ne veut pas dire par parenthèse qu’ils vont souscrire sans trop regarder aux fameux emprunt que nous a promis Nicolas Sarkozy, pour la bonne raison que quand on parle de réserve d’épargne, cela veut dire avoir pour nombre de Français quelques centaines voire quelques milliers d’euros sur des livrets d’ épargne ou assimilés. Cela sera nettement insuffisant pour que ces petits épargnants souscrivent en masse à l’emprunt, celui-ci étant finalement réservé aux plus riches d’entre eux, avec tous les cadeaux fiscaux y afférent, comme je l’ai dit récemment.
Autre information déjà plus ou moins annoncée mais qui fait tranquillement son chemin, la question de l’âge légal de la retraite. Bien entendu pour le Premier ministre, François Fillon, « il n’y a pas d’autre solution pour sauver nos régimes de retraite que de travailler plus longtemps, alors même que la vie s’allonge ». Effectivement c’est une solution, sauf que nous enregistrons depuis quelques mois des vagues de licenciements considérables dont les aînés, comme les appelle le gouvernement, sont les premières victimes. Combien de personnes aimeraient garder leur travail parmi tous ces gens de plus de 50 ans que l’on met à la porte des entreprises, et peut-être bientôt des administrations ? Quelle duplicité de la part de ce gouvernement !
Il est vrai qu’il est plus facile de faire ce type de déclaration que de s’attaquer réellement au financement des régimes de retraite, comme il était très facile fin 2007 de faire de la démagogie sur les soi-disant avantages de ceux qui bénéficiaient des régimes spéciaux. Parmi ceux-là, précision importante, ne figuraient pas dans l’esprit du Premier ministre ou du président de la République, les nombreuses personnalités politiques (ministres, députés, sénateurs etc.) qui en réalité en sont les principaux bénéficiaires. Eux sont intouchables, contrairement par exemple aux cheminots ! En outre combien de parlementaires exercent leurs multiples mandats alors qu’ils ont largement dépassé les 70 ans. Il est vrai qu’eux ne sont pas concernés par la pénibilité du travail, ce qui explique que certains d’entre eux veuillent faire travailler les gens beaucoup plus tard sans réaliser qu’un maçon ou un déménageur, pour ne prendre que cet exemple, est beaucoup plus atteint physiquement à 60 ans qu’un homme politique, député-maire depuis 30 ou 40 ans.
Curieusement, quand ça l’arrange, le Premier ministre parle de ce qui se fait dans tous les pays voisins en disant que ces derniers avaient tous repoussé l’âge légal de la retraite. Certes, mais la France a un système de répartition non mixte qui fait précisément son originalité, et qui théoriquement devrait nous permettre de pouvoir assurer son financement…à condition de vouloir s’en donner les moyens. Le candidat Bayrou avait fait au moment de la dernière élection présidentielle des propositions qui demeurent valables, avec un système par points et des mesures pour assurer le financement au delà de la prochaine décennie. Evidemment là aussi, il est plus facile de faire en sorte que personne ou presque ne puisse bénéficier d’une retraite à taux plein, plutôt que prévoir l’avenir. Encore une fois on pourra remarquer que ce seront toujours les mêmes qui pourront s’offrir des retraites confortables ou dorées, parce qu’ils auront bénéficié de primes de départ très importantes ou parce qu’ils auront pu cotiser à des caisses complémentaires. C’est ce que l’on pourrait appeler un système de retraite à trois ou quatre vitesses, la quatrième étant évidemment la plus nombreuse.
Enfin comment ne pas noter l’insistance de Frédéric Lefebvre, que l’on n’avait plus entendu depuis quelque temps ce qui n’indignait personne, quant à son idée loufoque de vouloir faire travailler les gens en arrêt de maladie. Cette fois il a même obtenu le concours de Bernard Debré, chirurgien notoirement connu mais aussi député UMP, prêt à défendre avec lui ce projet parce que ce dernier estime que « ça peut-être un moyen de faire guérir un certain nombre de Français qui le souhaitent ». On croit rêver en lisant de pareilles âneries, car on a impression que pour ces messieurs les gens se mettent par millions en arrêt de maladie au moindre petit rhume. A croire que quand on fait de la politique on perd la notion du réel !
A ce propos je trouve surprenant de ne pas entendre davantage les responsables syndicaux sur le sujet, à moins qu’eux aussi n’aient perdu le sens des réalités, à force de fréquenter les divers ministres du travail. Bien entendu tout cela n’est pas anodin, dans la mesure où cela va dans le sens de ce que l’on appelle pudiquement la déréglementation du travail. Qui parmi ceux qui ont donné leur voix à Nicolas Sarkozy et à l’UMP aux dernières élections présidentielle ou législatives s’attendaient à cela ? Personne à coup sûr. Espérons qu’ils ne se diront pas une fois encore qu’avec d’autres ce serait pareil, sinon ce serait à désespérer de tout.
Michel Escatafal
16:04 Publié dans politique française | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société
25.06.2009
Une équipe plutôt défensive...
De quoi pourrions-nous parler aujourd’hui alors que l’actualité est très riche, du moins si l’on en croit les commentateurs. Je crois quand même qu’il faut évoquer le remaniement ministériel, parce qu’il démontre que le pouvoir sent que quelque chose lui échappe et qu’il ne peut plus s’en sortir avec la seule communication du chef. Cet exercice en effet a ses limites, même s’il faut reconnaître que c’est le seul domaine où il est performant. Alors il faut absolument qu’il ait autour de lui des fidèles parmi les fidèles, ne serait-ce que pour annihiler toute velléité de ceux qui paraissent moins sûrs en termes de fidélité, même si à mon avis il ne faut rien exagérer. Une Michelle Alliot-Marie, pour ne citer qu’elle, fera quoiqu’il arrive allégeance dans la mesure où ce qui l’intéresse avant tout est d’être au gouvernement. C’est d’ailleurs curieux comme elle peut être incontournable, au même titre que Roselyne Bachelot, malgré des faiblesses reconnues par tous y compris au plus haut niveau de l’Etat. Cela étant son autorité politique reste très restreinte y compris dans son ministère.
En parlant d’allégeance je ne peux pas m’empêcher de penser à notre ex-trésorier, Michel Mercier, qui est à présent ministre de l’Espace rural et de l’Aménagement du Territoire. Encore un qui voulait de toutes forces un poste ministériel et qui s’est bien moqué de nous, adhérents et militants du Modem. On commence à avoir l’habitude dans la mesure où cela a commencé dès le 2è tour de l’élection présidentielle, pour se poursuivre avec des gens comme Cavada. Ces gens-là ont un caractère tellement fade qu’ils n’en ont aucun. Et dire que si François Bayrou avait gagné en 2007 nous aurions tous ces déserteurs au gouvernement ! On reproche à notre leader d’être seul aujourd’hui, mais je crois surtout qu’il y avait auparavant trop de monde autour de lui…sans qu’il s’en aperçoive. A méditer pour l’avenir.
Nicolas Sarkozy n’a pas encore de problèmes de cet ordre parce qu’il est le maître du pouvoir. Le jour où il ne le sera plus il découvrira à son tour l’ingratitude des femmes et des hommes qui composent sa cour aujourd’hui. Comme disait La Rochefoucauld dans ses Maximes : « On ne trouve guère d’ingrats tant qu’on est en mesure de faire du bien ». Cela dit, il gardera peut-être un petit noyau de fidèles qui lui doivent tout et qui ne seraient rien sans lui. Parmi ceux-ci il y a Brice Hortefeux qui réalise enfin son rêve de devenir ministre de l’Intérieur, poste clé s’il en est au moment des échéances électorales. On comprend dans ces conditions que Michelle Alliot-Marie n’ai pas fait le poids face à « l’ami Brice », d’autant que les chiffres de la délinquance ne sont pas bons.
On comprend aussi l’arrivée comme nouveaux ministres de gens comme Christian Estrosi qui se retrouve bombardé au ministère de l’Industrie, ou comme Pierre Lellouche, le très sarkolâtre nouveau ministre des Affaires européennes. Peu importe que l’un et l’autre aient un poste ne correspondant pas avec leurs présumées compétences ou convictions, d’autant que le vrai patron reste le chef de l’Etat qui est ministre de tutelle de tous les ministères. L’essentiel est qu’ils soient là pour appuyer constamment et sans faille toutes les décisions prises par le président de la République. La seule chose qui m’étonne est de ne pas trouver Frédéric Lefebvre dans ce gouvernement, mais je suis persuadé qu’on va lui trouver un poste de Haut commissaire à quelque chose, surtout s’il ne devait plus être député…ce qui n’est pas encore acquis.
Si j’évoque Pierre Lellouche, c’est pour montrer à quel point le président de la République ne se préoccupe absolument pas de l’environnement politique et international dans les fonctions qu’il attribue. Il y a quand même une sacrée contradiction à voir un « atlantiste » comme Pierre Lellouche (il était pour la guerre en Irak en 2003) occuper ce ministère, théoriquement sensible, des Affaires européennes. En plus il remplace à ce poste Bruno Lemaire, un des rares ministres à avoir été apprécié pour sa compétence dans les milieux européens. Cet ancien collaborateur de Dominique de Villepin, récemment converti au « sarkozysme », avait notamment beaucoup contribué pendant les quelques mois où il avait exercé ses fonctions à recoller les morceaux du couple franco-allemand qui, il faut bien le dire, partait en lambeaux à la fin de l’année dernière. Cela n’était pas suffisant aux yeux de Nicolas Sarkozy pour le maintenir dans ses attributions, d’autant que son aura dans les milieux européens faisait de l’ombre à son ministre de tutelle, Bernard Kouchner. Du coup Bruno Lemaire se retrouve muté à l’Agriculture, ce qui ne semble pas le réjouir outre mesure.
Il sera donc remplacé par Pierre Lellouche qui n’est pas diplomate de formation, qui ne parle pas allemand contrairement à son prédécesseur, et qui a toujours été un partisan de l’entrée de la Turquie en Europe. Cette dernière remarque n’est pas neutre dans la mesure où Nicolas Sarkozy est…pour le moment hostile à cette intégration. Je dis pour le moment, car chacun sait que notre président de la République est quand même quelqu’un qui n’a pas des convictions bien ancrées, notamment sur le plan européen. Tantôt il se veut défenseur acharnée de l’Europe, par exemple quand il en assurait la présidence, mais en contre partie il est le premier à ne pas respecter la signature de la France, par exemple sur le respect du Pacte de Stabilité. Cela étant pour revenir à Pierre Lellouche, qu’on rassure tout de suite, ses convictions passent après son portefeuille ministériel puisqu’il a déjà indiqué que dans tous les cas, il défendrait « la position du gouvernement ». On s’en serait douté !
En résumé, Nicolas Sarkozy qui a désormais fait le plein en termes d’ouverture, mais qui est aussi confronté à des problèmes majeurs sur le plan économique, problèmes qui ne vont cesser de s’aggraver dans les mois et les années à venir, a surtout voulu former une équipe où les postes clés sont verrouillés par ses amis. Il est vrai qu’avec la perspective de voir le taux de chômage atteindre 10,5% fin 2010, avec un déficit qui va dépasser les 150 milliards d’euros dès cette année, une dette qui va allègrement vers les 80% de la richesse nationale produite, les défis ne manquent pas. Ils sont tellement importants, qu’hélas notre pays devient de plus en plus vulnérable et que toutes les barrières craquent les une après les autres. C’est le résultat d’une absence totale de ligne directrice en matière économique, où on a l’impression que les artifices de langage remplacent les initiatives économiques fondamentales. Et dire qu’il y en a encore au minimum pour trois ans ! En tout cas le réveil sera difficile à supporter pour notre pays car les dégâts seront considérables.
Michel Escatafal
17:53 Publié dans politique française | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société
23.06.2009
Versailles n'est pas Valmy...
"Rien ne sera jamais plus comme avant." Voilà comment Nicolas Sarkozy a débuté son discours hier à Versailles en évoquant la crise économique qui a frappé le monde. C’est pour le moins imprudent de parler ainsi dans la mesure où chacun sait bien, hélas, que dès que la reprise sera au rendez-vous les spéculations de toutes sortes reprendront leur cours habituel. On n’apprend jamais vraiment d’une crise, sinon il n’y aurait pas de crise. En revanche sur le plan de la politique, il faut espérer que l’on pourra opérer un retour en arrière quand l’heure de l’alternance sera venue. J’espère surtout qu’à ce moment-là notre pays pourra retrouver un fonctionnement davantage parlementaire de nos institutions. J’espère aussi que le remplaçant de Nicolas Sarkozy sera un homme courageux qui, par exemple, bannira tout déficit public dans un délai de 10 ans.
En disant cela je ne fais que reprendre une information donnée par le Financial Times d’hier…concernant l’Allemagne. Le gouvernement de coalition de ce pays vient en effet d’introduire un dispositif interdisant que le déficit public dépasse 0,35% à partir de 2016, et qu’il soit prohibé à partir de 2020. Et pour que ce dispositif soit gravé dans le marbre, seule une majorité des 2/3 des parlementaires pourra éventuellement revenir sur cette nouvelle loi budgétaire. Pour mémoire je rappelle que cela ressemble beaucoup à ce que proposait François Bayrou pendant sa dernière campagne présidentielle, qui voulait interdire que le déficit budgétaire résulte des dépenses de fonctionnement, ce qui était un premier pas vers l’objectif d’un budget en équilibre...qui ne l’a plus été depuis bientôt 30 ans. D’ailleurs cette proposition de notre leader n’a rien de nouveau si on se rappelle qu’en 1774, Turgot conseillait à Louis XVI de « réduire la dépense au niveau de la recette » sous peine de courir à la banqueroute.
Si je fais ce rappel c’est parce que tous ces derniers jours on n’a pas cessé de nous rabâcher que le discours d’hier après-midi à Versailles était historique. En effet c’était la première fois depuis Adolphe Thiers, en 1873, qu’un président de la République parlait devant députés et sénateurs réunis en congrès à Versailles. Comme aujourd’hui dans les faits sous la présidence de Nicolas Sarkozy, Adolphe Thiers était à la fois président de la République et chef du gouvernement. Cela dit personne ne se rappellera dans quelques années, quelques mois ou quelques jours, ce qu’a dit le président de la République tellement son intervention a ressemblé à un pétard mouillé. En fait elle s’est limitée à esquisser quelques promesses à caractère électoraliste, auxquelles s’ajoutent l’annonce d’un remaniement ministériel et le lancement d’un emprunt national, sans oublier l’inévitable tirade sur le port de la burqa qui n’est pas « la bienvenue sur le territoire de la République française », question dont le Parlement va se saisir pour organiser un débat. Comme si cela avait une importance capitale !
Bref, on aurait presque envie de crier : « Tout cela pour ça » ! Pour ma part, comme a très bien fait de le souligner François Bayrou, j’ai surtout retenu que l’on allait creuser un peu plus une dette qui devient abyssale. Au passage j’en profite pour dire que j’ai trouvé heureux que le leader du Modem évoque ce sujet, preuve si besoin en était qu’il a compris le message que lui ont adressé les électeurs et les militants. En tout cas il n’a pas mâché ses mots sur un sujet ô combien important pour l’avenir. Et quoiqu'en disent les amis du président, ce délabrement accéléré de nos finances publiques ne peut qu'hypothéquer pour de longues années le développement de notre pays. Cela dit si l’emprunt national est ouvert à tous, donc avec des taux d'intérêts plus élevés, cela permettra au moins aux plus riches de s’enrichir encore davantage, alors que le remboursement sera assuré par tous les Français. Il y a au moins un point sur lequel la logique présidentielle est sans faille !
Pour revenir sur le remaniement ministériel j’ai découvert dans les colonnes du Figaro, sur le web, l’angoisse…des ministres. Il paraît qu’à la fin du discours du président « c’était même leur sujet de conversation numéro un ». On s’en serait douté, mais ils n’y mettent même pas la forme ! En attendant la fin de ce suspens insoutenable pour certains, il y en a au moins un qui est tranquille, à savoir Frédéric Mitterrand qui va prendre la place de Christine Albanel. Du coup il va falloir trouver quelqu’un pour le remplacer à la Villa Médicis, à moins que ce ne soit Albanel Christine si j’en crois certaines rumeurs. Il eut mieux valu qu’on y pensât avant, cela aurait coûté moins cher. Cela étant, que peuvent représenter quelques dizaines de milliers d’euros quand on accumule autant de milliards de déficit ? En tout cas si c’est cela l’ouverture à gauche, comme je l’ai entendu ce matin, cela va faire sourire dans les chaumières…à moins que ce ne soit de l’humour. Pauvre France, pourquoi as-tu mis tes destinées à la discrétion d’un seul homme, sachant que cela ne donne jamais rien de bon ?
Michel Escatafal
18:35 Publié dans politique française | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débtas de société
22.06.2009
La politique est un métier que seuls les politiciens professionnels peuvent comprendre
Même si cela n’a pas valeur d’absolue référence, notamment parce qu’il n’intègre pas les inégalités de richesse au sein d’un pays, le rapport annuel de l’école de management de Lausanne (IMD) a quand même un coté intéressant pour deux raisons : la première parce que cette étude est réalisée depuis 1989, et la deuxième parce qu’elle accorde une importance prépondérante aux données statistiques, dites dures, qui mesurent la compétitivité. Voilà pourquoi à défaut d’être parfaite cette étude a de quoi nous faire réfléchir, d’autant que les résultats pour la France ne sont pas brillants surtout si l’on analyse l’évolution au cours des 10 dernières années. En effet sur 55 pays analysés, nous constatons que 40 progressent ou maintiennent leur compétitivité par rapport aux Etats-Unis qui sont en tête de ce classement sur la période, mais que 15 autres ont vu leur situation se dégrader, notamment l’Italie, le Brésil…et la France. On s’en serait douté !
Sans aller très loin à propos de notre pays, la situation s’est dégradée de nouveau selon le rapport de mai 2009, après un rebond entre 2006 et 2007. Aujourd’hui nous nous retrouvons à un niveau proche de celui de 2005 où nous étions à la 30è place, puisque nous sommes retombés au 28è rang après avoir été au 23è rang en 2007. C’est assez parlant et c’est surtout bien dommage que les gens ne le sachent pas. Il est vrai que parler des résultats de 2007 portant sur l’année 2006 c’est faire preuve de mauvais esprit, car à l’époque le Premier ministre s’appelait Dominique de Villepin. Quelle horreur ! En tout cas voilà au moins un sujet sur lequel ne s’étendra pas le président de la République lors de son intervention devant le Congrès à Versailles lundi, où il doit exposer son plan de bataille pour le reste du quinquennat, comme le disent pompeusement ses amis journalistes.
Pourtant il en aurait des choses à dire sur le sujet, car les résultats de cette enquête portent notamment sur la performance économique, la qualité des infrastructures et l’efficacité du gouvernement. Reconnaissons que ce classement reflète assez bien les évolutions ressenties dans le pays. Il est aussi pertinent, surtout si l’on regarde où se situe par exemple l’Allemagne qui est passée du 16è rang au 13è, ou encore la Grande-Bretagne, malgré son affaiblissement depuis le début de la crise, qui reste largement devant nous au 21è rang. Une consolation toutefois, l’Espagne et l’Italie sont derrière nous respectivement aux 39è et 50è rangs. Cela étant, si la dégringolade française continue tous les désespoirs sont permis, surtout si l’on regarde l’explosion de nos déficits sur lesquels je reviendrai, mais aussi notre balance commerciale qui elle aussi est historiquement déficitaire, sans parler de la dégradation continue de nos systèmes éducatifs et de santé. Et pourtant en termes de qualité de vie nous étions remarquablement placés il y a peu encore.
Plus inquiétant, l’étude fait ressortir l’avantage qu’ont les pays capables de se positionner sur les marchés régionaux, par exemple en Asie du Sud-Est, malgré la concurrence sino-japonaise. Sur ce plan l’Allemagne reste très bien placée, contrairement à la France qui souffre cruellement du manque d’investissements dans la recherche accumulé depuis des années, ce qui explique notre faible présence sur les marchés des pays en fort développement, et pas seulement la Chine ou l’Inde, mais aussi la Malaisie, la Corée du Sud ou Taïwan. La France qu’on le veuille ou non est resté un Etat interventionniste sans être capable de produire de l’intelligence, faute le plus souvent de moyens. Et ce n’est pas avec des « caisses déjà vides » que l’on vide chaque jour davantage que la situation va changer.
A ce sujet, nous n’avons même pas comme l’Allemagne l’excuse d’avoir eu à payer la colossale facture de l’absorption de l’ex-RDA, soit quelques 1600 milliards d’euros, ce qui ne l’empêche pas d’avoir un taux d’endettement public inférieur au notre. Certes l’Allemagne va voir elle aussi ses déficits se creuser, la crise ne l’ayant pas épargnée en raison de sa forte dépendance des marchés extérieurs, mais elle dispose d’atouts que nous n’aurons pas quand l’heure de la reprise sonnera. En France, pour le moment, la politique du gouvernement est d’augmenter les dépenses sans pour cela créer d’actifs, en maintenant des impôts bas, plus particulièrement pour ceux qui pourraient payer plus. C’est ce que j’appellerais du déficit idéologique. Et le jour où il faudra régler l’addition de tous ces déficits qui va payer ?
Nous connaissons la réponse, à savoir ceux qui sont déjà surtaxés par rapport à leurs revenus, et qui ne bénéficient aucunement des cadeaux en tous genres faits par Nicolas Sarkozy et son gouvernement à ceux qui forment le noyau dur du soutien à sa politique. En outre, quand les comptes sociaux atteindront des niveaux tels qu’il sera impossible par des prélèvements de boucher les trous, alors on nous dira qu’il faut augmenter les franchises sans pour cela appliquer une proportionnalité par rapport aux revenus, ce qui obligera les gens à souscrire une assurance privée…pour ceux qui en auront les moyens. Et tout cela pour avoir le droit d’aller se faire soigner…dans les cliniques privées qui pourront ainsi conforter leurs bénéfices. On dit merci qui ?
Voilà un autre sujet dont personne ne parle ou si peu, et qui pourtant intéresseraient les Français si cela était bien expliqué. C’est tellement facile pour nos gouvernants d’évoquer la crise pour justifier les 7,5% du PIB de déficit avoués par Eric Woerth, le ministre du Budget, pour l’année 2009. A ce propos, et cela ne me réjouit pas, il y a longtemps que je dis que nous allons vers des déficits dépassant les 7%, voire même atteignant 8 ou 9%, alors pourquoi mentir aussi effrontément aux Français ? Evidemment je conçois qu’il soit difficile d’expliquer pour un ministre du Budget qu’avec un déficit budgétaire de 7 ou 8%, quand l’Etat reçoit 100 euros il en dépense presque un tiers de plus. Tout cela pour montrer à quel point nous sommes (déjà) dans une situation catastrophique, comme nous en avons rarement connu dans notre histoire.
Toutefois, cela n’empêche pas notre président de la République de faire comme si de rien n’était. Il organise un congrès à Versailles, dont l’utilité est loin démontrée faute de débat, qui va coûter 400 ou 500.000 euros selon les sources. Une intervention à la télévision n’eut-elle pas été plus judicieuse ? En tout cas cela aurait coûté infiniment moins cher et, plus que cela, tous les Français qui le souhaitaient en auraient profité. Evidemment les gazettes et autres télévisions n’auraient pas pu évoquer la dimension historique de l’évènement, mais que retiendra l’histoire du quinquennat de Nicolas Sarkozy ? Qu’il a creusé les déficits et l’endettement de la France à des niveaux inimaginables, et qu’il n’a pas su faire les réformes nécessaires pour assurer l’avenir du pays. Alors que les médias nous épargnent ce lyrisme qui accompagne ce discours à Versailles !
Enfin et ce sera ma conclusion, j’en profite pour redire encore une fois qu’il ne faut pas que notre mouvement, le MoDem, se perde comme il semble en train de vouloir le faire dans de savantes stratégies politiciennes, comme celle que j’ai lue hier dans les journaux relative à une alliance éventuelle en vue des élections régionales avec Europe Ecologie. Comme si les résultats des élections européennes pouvaient être pris réellement en considération avec 60% d’abstentions ! Combien pèserait électoralement dans une élection nationale (législative ou présidentielle) cet ensemble disparate et improbable que représentait Europe-Ecologie ? Ne ferions-nous pas mieux de préparer un projet pour l’avenir, à la fois sur le plan économique, social et environnemental, au sens large du terme, seuls sujets qui intéressent les Français ? N’est-ce pas parce que François Bayrou était le seul à parler ce langage qu’il a réalisé plus de 18% des voix à la dernière élection présidentielle ? Décidément je finis par croire que je ne comprendrais jamais « les professionnels de la politique » !
Michel Escatafal
10:43 Publié dans économie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société
18.06.2009
O laïcité, que d'âneries on écrit en ton nom !
Ce que je vais écrire aujourd’hui est un sentiment personnel et donc n’engage que moi. Si je prends la précaution de le préciser, c’est bien parce que le sujet est par essence polémique. De quoi s’agit-il ? Tout simplement du port de la burqa, à propos de laquelle 58 députés, emmenés par André Gérin (député communiste de Vénissieux), veulent créer « une commission d’enquête », car pour eux le port de la burqa et du niqab est assimilé à des « prisons ambulantes ». Tout cela bien entendu au nom de la laïcité.
Ce député-maire juge cette tenue « vestimentaire dégradante », et estime qu’elle est totalement inacceptable sur le sol de la République française ». Rien que ça! De fait il souhaite qu’une commission définisse « des propositions pour lutter contre ces méthodes qui constituent une atteinte aux libertés individuelles sur le territoire national ». Le député-maire Gérin a reçu le soutien de 58 députés comme je l’ai déjà indiqué, toutes tendances confondues nous dit-on, mais avec une forte majorité de parlementaires appartenant à l’UMP et assimilé NC (45). Les autres sont issus de la gauche (3 PC et 7 PS) ou non inscrits (3).
En lisant cela un peu partout dans les journaux, j’ai immédiatement envie de dire : « Mais de quoi je me mêle » ? Et j’ajouterai pour bien me faire comprendre que je suis persuadé que dans notre pays il y a beaucoup mieux à faire que s’occuper du port de la burqa. Quand on voit les problèmes que rencontre la France en termes d’éducation, de recherche, de santé, d’emploi, d’environnement, de recherche etc., je pense effectivement qu’il ne sert à rien de dépenser son énergie sur un sujet qui n’intéresse personne ou si peu, sauf à faire resurgir des relents de xénophobie. A ce propos, je suis assez d’accord avec ce qu’a dit le député PS, Claude Bartolone, qui ne voudrait pas « qu’en se saisissant de manière spectaculaire de ce dossier, on fasse reculer l’intégration républicaine ».
En revanche quand je lis la déclaration du député UMP, Pierre Lelouche, cosignataire du texte, j’ai plutôt envie de sourire : « Si je me bats au quotidien pour le droit des femmes en Afghanistan, vous comprendrez bien que je souhaiterais que toutes les femmes en France aient droit à leur corps et à leur personne ». C’est beau comme l’antique, mais que fait-il de tellement important pour le droit des femmes en Afghanistan ? Combien de femmes le connaissent dans ce pays, même s’il a été nommé représentant spécial de la France pour l’Afghanistan et le Pakistan ?
Pour ma part je pense que la laïcité a bon dos dans cette affaire. J’ai été élevé dans une famille chrétienne et j’ai été élève chez les Frères de Saint-Jean Baptiste de la Salle. J’en connais donc un rayon sur le port de vêtements religieux, et j’avoue que tout cela m’a toujours laissé indifférent. De même que je ne faisais pas attention quand j’apercevais dans la rue des religieuses avec leurs cornettes. J’ai même connu l’époque où les prêtres portaient encore la soutane, sans que cela ne m’interpelle. Je vivais ma vie de collégien qui aimait plus particulièrement l’histoire et la littérature, et plus encore peut-être le sport. A ce propos, bien qu’ayant porté le costume et la cravate durant toute ma carrière professionnelle, la tenue que j’ai toujours préférée a été et reste le survêtement.
Tout cela pour dire que je considère que chacun est en droit de s’habiller comme il veut dans la rue. La tolérance c’est de laisser les gens vivre en toute liberté, sauf entrave à l’ordre public...ce qui n'est pas le cas pour le sujet que j'évoque. En plus combien parmi ceux qui discutent doctement sur le port du voile ou de la burqa ont déjà discuté avec des femmes portant ces habits, y compris parmi les parlementaires qui ont signé le texte proposé par le député Gérin ? Qui pourrait m’affirmer que ces femmes sont réellement dans des prisons ambulantes? Voilà quelques bonnes questions auxquelles j’aimerais bien qu’on m’apporte une vraie réponse. C’est tellement facile de faire de la démagogie par les temps qui courent !
Bien sûr certains vont me dire que moi aussi je n’apporte pas de réponse. Certes, mais moi je ne préjuge pas de choses que je ne connais pas. Je suis profondément républicain, je suis pour une république laïque donc pour une république du respect de l’autre. Chacun a le droit de penser ce qu’il veut, qu’il croit au ciel ou qu’il n’y croit pas, et si quelqu’un veut porter une médaille ou une croix offertes à l’occasion de sa communion, ou une étoile de David, ou une main de Fatima ou… rien du tout, libre à lui. C’est cela la laïcité bien comprise, et c’est valable aussi pour la tenue vestimentaire.
Alors tous ces moulinets faits par quelques hommes politiques ressemblent beaucoup à une manière de faire parler d’eux. Pour ma part, et je le redis encore une fois, je préfèrerais que l’on s’attaque aux vrais problèmes qui assaillent notre société, une société où on interdit de plus en plus au point que notre liberté individuelle s’effiloche chaque jour davantage. Et je ne parle pas des droits sociaux qui, crise aidant, sont de plus en plus malmenés. Cela dit et ce sera ma conclusion, pour une fois je serais pleinement d’accord avec le président de la République quand il affirmait au moment de la visite de Barack Obama le 6 juin : « En France une jeune fille qui veut porter le voile peut le faire. C’est sa liberté ». Et il ajoutait simplement deux limites, à savoir dans les administrations et si cela émane de leur libre choix. Il avait simplement oublié l’école…parce qu'il y a une loi à propos de laquelle en 2004 le ministre de l'Intérieur, Sarkozy Nicolas, avait émis quelques doutes. Je ne lui en voudrais pas pour cet oubli.
Michel Escatafal
16.06.2009
Les mauvaises nouvelles se ramassent à la pelle
Maintenant que les élections européennes sont passées, les mauvaises nouvelles vont tomber les une après les autres. Cela dit quand je parle de « mauvaises nouvelles » cela ne signifie pas pour autant toutes les « mauvaises nouvelles ». Non, nous avons droit simplement à quelques unes, parce qu’on ne veut pas les annoncer toutes en même temps. La plus récente concerne les prévisions de déficit budgétaire, qui étaient déjà passées entre le 18 décembre 2008 et le 4 mars 2009, de 79,3 milliards d’euros à 103,8 milliards d’euros (on remarque la précision avec la virgule), ce qui faisait un déficit atteignant 5,6% du PIB. Aujourd’hui, le gouvernement avoue que l’on atteindra sans doute 6% de déficit.
En réalité ce n’est pas 6% de déficit que l’on aura en 2009, mais bien, hélas, 7% au minimum. Pour un peu on en arriverait presque à se demander comment le gouvernement s’y prend pour en arriver à ces extrémités, mais pour lui la réponse est toute trouvée : c’est la faute de la crise. On s’en serait douté, mais avouons-le cette crise a quand même bon dos. Cependant cela n’empêche pas le ministre du Budget, Eric Woerth, de s’attribuer un satisfecit en affirmant qu’aujourd’hui « la dépense de l’Etat est contenue comme jamais». Défense de rire pour les mots « comme jamais ». Ensuite le ministre du Budget nous dit que nous avons un problème de recettes, notamment celui de l’impôt sur les sociétés…lié à la crise bien entendu. Et pour l’année 2008 où le déficit atteignait 3,4% du PIB contre 2,7% en 2007, en rappelant que nous étions à 2,3% en 2006, quelle excuse ?
Dans ces conditions on pourrait imaginer qu’Eric Woerth envisage de prendre certaines mesures pour faire en sorte que le déficit ne dérape pas davantage, par exemple augmenter les impôts des catégories les plus fortunées, celles qui en réalité paient le moins d’impôts par rapport à leurs revenus. Réponse d’Eric Woerth, en écho à la voix de son maître il y a quelques semaines : « le gouvernement n’augmentera pas les impôts car ce serait une solution de facilité ». C’est vrai, il faut reconnaître que c’est plus facile d’abaisser le bouclier fiscal à 50% qu’augmenter les prélèvements de ceux qui bénéficient de ce bouclier fiscal.
En fait nous dit-on, le gouvernement attend la reprise qui, comme par enchantement, va régler tous les problèmes. C’est ce que j’ai entendu hier sur une radio qui évoquait les problèmes de la sécurité sociale, dont le déficit va doubler en 2009…pour dépasser le chiffre extravagant de 20 milliards d’euros. En disant dépasser je m’aperçois que je répète mot pour mot ce que dit le gouvernement, ce qui signifie que l’on sera en réalité plus près de 25 milliards que de 20 milliards. Pourtant il y a peu on nous avait annoncé qu’avec les mesures prises par la ministre de la Santé, le déficit serait réduit à 8 milliards d’euros. Ce sera trois fois plus…mais c’est la faute de la crise. Et on va s’attaquer au problème, promis, juré, quand la reprise sera là. En attendant on va augmenter les contrôles pour diminuer le nombre de fraudeurs…comme si cela pouvait représenter des sommes considérables !
Autre nouvelle, pas encore officielle mais « le sujet n’est pas tabou » comme dit le Premier ministre : il va bien falloir relancer le débat sur l’âge de départ à la retraite, car les retraites coûtent cher, avec un déficit de 7 à 8 milliards d’euros pour la branche vieillesse. Effectivement il va bien falloir trouver les financements pour les années à venir. Mais au fait, en dehors des cadres dirigeants et des politiques, qui a l’assurance dans notre beau pays de pouvoir travailler au-delà de 60 ans, et même de 50 ans pour qui n’est pas titulaire dans la fonction publique ? A moins que repousser l’âge légal de la retraite signifie baisser le montant des pensions, car il sera très difficile, voire impossible, de bénéficier d’une retraite à taux plein sauf pour ceux qui auront les moyens de s’offrir des compléments de retraite…de loin les moins nombreux. Encore une inégalité qui va se creuser !
Pourquoi ne nous a-t-on pas dit tout cela avant les élections ? Pourquoi ne nous a-t-on pas dit que le changement de statut de la Poste était imminent, avec à terme une ouverture du capital au privé, seul moyen avec la poursuite de la privatisation d’EDF de contenir l’augmentation du taux d’endettement public, qui inquiète de plus en plus Bruxelles. Et oui, puisqu’on ne veut pas augmenter les impôts des plus riches, puisqu’on n’a pas les moyens (je suis gentil !) de s’attaquer sérieusement à la fraude fiscale, puisqu’on ne veut pas réviser notre système de sécurité sociale où sont mis à contribution essentiellement les revenus du travail, puisqu’on ne veut pas achever la réforme des retraites avec la mise en œuvre pour tous d’une « retraite par points », bref puisqu’on ne veut pas faire les vraies réformes qui nous permettraient de desserrer l’étreinte budgétaire, il ne sera pas étonnant de voir notre pays condamné au déclin, et être incapable d’assurer un fonctionnement harmonieux de notre société.
A l’évidence la tâche du gouvernement qui succèdera à Nicolas Sarkozy sera extraordinairement difficile. Comment en effet réduire simultanément notre endettement, mais aussi les prélèvements sur les classes moyennes… qui bientôt n’existeront plus, les dépenses publiques, le déficit budgétaire, tout en se donnant les moyens de ranimer le marché de l’emploi ? L’effort sera difficile et long à coup sûr. Espérons que les Français le comprennent dès 2012, mais pour cela il faut s’y préparer…et le mériter en faisant des propositions sérieuses. Ces propositions nous les avons. A nous de le faire savoir.
Michel Escatafal
18:47 Publié dans politique française | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
14.06.2009
En politique, rien n'est jamais perdu...
En lisant ce qui se dit çà et là sur les divers sites du MoDem, je suis surpris qu’on se laisse aller à attribuer la cruelle défaite de notre mouvement au fait que la campagne de François Bayrou ait été centrée sur l’antisarkozysme primaire. Cela c’est ce que disent les commentateurs à la solde de l’UMP, et chacun sait qu’ils sont très nombreux. En effet, à qui fera-t-on croire qu’il ne soit pas normal de s’opposer au gouvernement quand on est dans l’opposition ? Serait-ce que chez nous il y ait encore des nostalgiques de l’ancienne UDF arrimée au RPR ? Je pense pour ma part que ce n’est pas là l’erreur de François Bayrou…pour la bonne raison que cela lui réussissait plutôt bien au début de la campagne.
En fait je persiste à penser que si l’on regarde les choses objectivement, la première grosse erreur de François Bayrou a été de se tromper d’élection et de se comporter déjà en candidat à l’élection présidentielle, avec tout ce que cela comporte au niveau médiatique. Déjà il n’aurait pas dû sortir son livre « Abus de pouvoir » à cette période. Ce livre aurait dû être publié en novembre ou décembre, c’est-à-dire à une période où les journalistes politiques ne s’intéressent pas au MoDem. En période électorale, l’exposition médiatique du MoDem est nécessairement plus importante que le reste du temps.
Ensuite la deuxième erreur de François Bayrou a été de ne pas assez parler d’Europe, et plus encore de ne pas la défendre. Pendant sa campagne présidentielle François Bayrou n’avait de cesse quand il parlait d’Europe de dire « qu’il n’est pas un sujet de notre avenir national qui puisse trouver une réponse durable sans la dimension européenne ». Et il ajoutait que « l’avenir de la planète dépendra du rôle que l’Europe acceptera de tenir dans les affaires du monde ». Cela il fallait le marteler pendant la campagne, en insistant lourdement sur le respect des traités que la France a signés…et qu’elle ne respecte pas. Au passage, souligner encore et encore qu’il est tout à fait anormal que notre pays figure parmi les quatre pays à propos desquels l’union Européenne a lancé des procédures pour déficit excessif. Quelle peut-être notre crédibilité en Europe dans un tel cas de figure ?
En parlant de cela les commentateurs pouvaient dire ce qu’ils voulaient, et notamment que faire ce type de reproche au président de la République c’est donner dans l’antisarkozysme primaire, mais les faits sont là. On peut utiliser toutes les ficelles de la communication, mais avec les déficits de 2009 et 2010 qui vont s’accumuler notre dette publique va se retrouver à un niveau sans précédent, sans doute proche de 80% du PIB, c’est-à-dire très au dessus des critères de Maastricht. En disant cela on évoque en priorité l’Europe. Mieux encore, personne d’autre que nous aurait parlé de ces choses, parce que la classe politique de notre pays trouve normal que la France puisse vivre à crédit depuis une trentaine d’années.
Enfin dernière erreur manifeste de notre leader, ne pas avoir délégué certaines participations dans les réunions avec les médias. Je pense notamment à cette émission de France 2 où ce n’était pas la place d’un présidentiable d’y participer, mais plutôt celle de Jean-François Kahn, Marielle de Sarnez, Corinne Lepage, ou Jean-Luc Benhamias. Quand on veut devenir président de la République, et qu’en plus on a contre soi la quasi-totalité des médias, on ne participe pas à ce type de foire d’empoigne. Comme le Géronte de Molière dans les Fourberies de Scapin je dirais : «Mais que diable allait-il faire dans cette galère » ? Certes, il ne songeait pas à ce qui allait arriver…mais il aurait pu s’en douter. Et comme Scapin j’ajouterai : « Une méchante destinée conduit quelquefois les personnes ».
Cependant comme je l’ai déjà dit dans mon précédent article les observateurs, ou ceux qui se considèrent comme tels, oublient simplement qu’une élection européenne est toujours très atypique, comme en témoignent certains résultats plus ou moins extravagants en dehors de ceux de 1979. Par exemple les 12% de Nicolas Sarkozy en 1999 à qui certains prédisaient la fin de ses espoirs quant à la possibilité d’avoir un destin national. Et que dire des 10% de la liste Waechter, liste des Verts (déjà), en 1989. Enfin comment oublier la bouffonnerie de 1994 où la liste RPR-UDF de Baudis fait 25% (presque autant que l’UMP cette année), celle de Rocard (PS) 14%, talonné par celle de Tapie 13%. En outre à droite la liste de Villiers avait fait aussi 13% et celle de Le Pen 11%. Quand au PC, il existait encore un peu avec ses 6%, comme le Front de Gauche aujourd’hui.
Qu’est-il resté de tout cela un an après au moment de l’élection présidentielle ? Rien ou si peu, avec une élection tronquée par le refus de se présenter, certains diront la désertion, du seul candidat (J. Delors) capable de battre le parti majoritaire (RPR) à cette époque. On le voit en politique rien n'est jamais perdu. C’est pour cela qu’il va falloir que notre mouvement se mobilise de nouveau, juste après les vacances et avant une rentrée qui sera sans doute très difficile pour le pouvoir. Raison de plus pour ne pas nous désespérer, d’autant que nous sommes les seuls à avoir dans nos cartons un vrai projet économique et social, qu’il suffira de mettre à jour au fur et à mesure de l’évolution de la situation économique dans notre pays.
Michel Escatafal
10:37 Publié dans politique française | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société
11.06.2009
Un petit rappel historique
Cette fois les élections sont passées et on recommence à nous donner quelques nouvelles économiques. Oh certes on ne les commente pas outre mesure, mais les chiffres se suffisent à eux-mêmes pour voir l’étendue du désastre. Par exemple l’INSEE annonce près de 190.000 emplois détruits au premier trimestre, ce qui constitue un record absolu dans l’histoire économique de notre pays. Voilà un beau résultat qu’on s’efforce évidemment de relativiser en disant qu’il est dû uniquement à la crise. En est-on bien sûr ? A-t-on su prendre les mesures depuis le milieu de l’année 2007 pour faire en sorte que la crise soit la moins douloureuse possible ? Etait-il raisonnable de se priver de ressources budgétaires tout de suite après les élections présidentielles et législatives, alors que de lourds nuages noirs s’amoncelaient sur la planète économique ? Voilà quelques bonnes questions dont il faudra bien parler dans les mois à venir, car le pire est sans doute encore devant nous.
Autre nouvelle plus réjouissante celle-là : la fameuse loi HADOPI a été retoquée par le Conseil Constitutionnel, notamment le dispositif prévoyant que le titulaire d’un abonnement à internet devait fournir lui-même la preuve qu’il n’était pas l’auteur des téléchargements illégaux, ce qui est contraire aux principes les plus élémentaires du droit, car c’est toujours à l’accusation d’apporter la preuve et non à l’accusé. Cette fois on ne pourra pas dire que les gardiens de la Constitution française ne servent à rien, ce qui est une bonne chose, même s’il n’est pas sûr que Nicolas Sarkozy laisse tomber l’affaire. Apparemment les artistes font partie d’une « famille » qui a l’air de beaucoup compter à ses yeux !
A propos de Conseil Constitutionnel, il y a dans cette institution deux personnages qui manifestement n’ont pas enterré la hache de guerre depuis plus de 35 ans. Ce sont les deux anciens présidents de la République, Valéry Giscard d’Estaing et Jacques Chirac. VGE a la rancune tenace vis-à-vis de son ancien Premier ministre et cela durera jusqu’à la fin de ses jours…car il est convaincu que c’est Jacques Chirac qui l’a empêché de faire un second mandat en 1981. Même s’il n’est pas le seul à le penser, cela commence à dater et nombre de Français n’étaient pas nés à cette époque. C’est pour cela que cette guéguerre entre les deux anciens présidents devient de plus en plus ridicule. Elle l’est d’autant plus que celui qui se dit constamment offensé dans cette affaire, VGE, n’a jamais lui-même été très net avec son autre ancien Premier ministre, Raymond Barre, quand celui-ci s’est présenté à l’élection présidentielle de 1988.
Faisons un peu d’histoire et rappelons-nous comment Valéry Giscard d’Estaing s’est comporté à cette époque. Compte tenu des relations exécrables qu’il entretenait avec Jacques Chirac ceux qui, comme moi, soutenaient et faisaient campagne pour Raymond Barre pensaient qu’il manifesterait au minimum une neutralité bienveillante vis-à-vis d’un homme qui lui avait toujours été loyal. Or à notre grande surprise ce ne fut nullement le cas, et j’aurais même tendance à dire que ce fut le contraire qui se passa. En disant cela je ne fais que répéter ce que Raymond Barre lui-même a raconté dans son dernier livre L’expérience du pouvoir.
Valéry Giscard d’Estaing a eu constamment des attitudes pour le moins équivoques pendant cette campagne présidentielle. Par exemple lors d’un meeting à Clermont-Ferrand où, tout de suite après avoir écouté le discours de Raymond Barre, il s’en est allé sans dire un mot…sous le prétexte qu’il avait fait de même avec Jacques Chirac juste avant. Paraît-il qu’il ne voulait pas prendre position entre ses deux anciens Premiers ministres. A qui pouvait-il faire croire cela ? Pourquoi prenait-il les gens pour des imbéciles ? En fait, comme l’a dit très justement Raymond Barre, VGE ne supportait sans doute pas l’idée qu’un de ses anciens Premiers ministres puisse devenir président.
Et pour le prouver Raymond Barre raconte une autre anecdote qui en dit long sur la duplicité de Giscard à l’occasion de cette élection. Au début de la campagne présidentielle, des sénateurs et des présidents de conseils généraux UDF s’étaient réunis au Sénat pour faire une déclaration en faveur du candidat Barre, ce qui était normal puisque ce dernier avait largement contribué à la création de ce mouvement. Or, à la fin de la réunion, Giscard intervint pour les dissuader de publier leur déclaration, ce qu’ils finirent par faire. C’était à la fois petit et minable de la part d’un homme qui, grâce à son ancien Premier ministre, affiche le meilleur bilan économique et social de l’histoire de la Vè République. Ce l’était d’autant plus que VGE savait bien que sa carrière politique était terminée et qu’il ne pourrait jamais plus revendiquer le pouvoir, y compris comme Premier ministre en cas de cohabitation.
Enfin tout cela appartient à l’histoire, mais il est bon parfois de s’appuyer dessus pour comprendre que la politique est « un vrai métier » ou si l’on préfère, que pour parvenir au sommet de l’Etat il faut être un « professionnel »…que n’a jamais été Raymond Barre. Cela ne l’a pas empêché toutefois de réaliser 16,5% des voix à l’élection présidentielle, à peine trois points de moins que Jacques Chirac à la tête de son armada RPR. En fait il était trop seul face à deux grands partis (PS et RPR), mais si VGE avait vraiment joué le jeu de la candidature Barre au lieu d’être l’allié objectif de Jacques Chirac au premier tour, sachant que ce dernier serait écrasé par François Mitterrand au second, le destin de la France en aurait peut-être été changé.
C’est la raison pour laquelle je pense qu’après avoir manifesté ma mauvaise humeur après les élections européennes, je suis encore convaincu que rien n’est perdu pour le MoDem…à condition de parler uniquement des sujets qui concernent les Français, et de leur dire la vérité sur ce que nous ferons s’ils nous font confiance. Par exemple leur faire comprendre, ce qui paraît une évidence mais que personne n’a osé dire parmi nos dirigeants à part Raymond Barre, que l’Etat doit « créer des conditions favorables à la formation du surplus économique avant de le distribuer ou de le redistribuer », ou encore « être le garant de la solidarité nationale par sa politique fiscale et sociale », sans oublier « les nécessaires équilibres fondamentaux de l’économie ». Sans cela nous resterons vulnérables à la moindre variation conjoncturelle, parce que nous sommes beaucoup trop dépendants de la bonne santé des pays qui nous entourent. Quel autre parti tient un tel langage ? Aucun, et c’est normal puisque ces propositions de bon sens n’ont jamais été appliquées depuis 1981.
Michel Escatafal
17:32 Publié dans politique française | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société
10.06.2009
Pourquoi les oppositions aux conservateurs n'existent plus?
Il y a une dizaine d’années, époque où la croissance était forte (plus de 3%) la plupart des pays composant l’UE (11 sur 15) étaient gouvernés par des partis sociaux-démocrates. Aujourd’hui alors que la croissance est en berne partout en Europe, et notamment dans la Zone euro, les élections européennes marquent une forte poussée des partis conservateurs. Tel est le constat brut du scrutin de dimanche dernier, à ceci près qu’il faut nécessairement relativiser ces victoires de la droite par une abstention massive. N’oublions pas que presque deux électeurs sur trois ne se sont pas déplacés pour voter.
Si nous rentrons un peu plus dans le détail on notera également que dans plusieurs pays, et notamment en France ou en Italie, le score enregistré par la droite est quasiment celui d’un seul parti. Et si l’on pousse plus loin l’analyse on peut constater que la gauche émiettée représente un total de voix supérieur à celui de la droite. Dit autrement, la droite devient de plus en plus une et la gauche de plus en plus plurielle. En France par exemple, ce qui est rarement souligné, l’ancienne gauche plurielle à la mode Jospin est largement devant la majorité présidentielle qui regroupe toute la droite parlementaire. En outre, même en ajoutant le Front National à l’UMP et ses satellites, c’est-à-dire en faisant le total de toutes les droites, celles-ci ne dépassent pas 40% des voix.
Voilà pourquoi les commentateurs ont bien tort de vouloir faire de ces élections un triomphe UMP, même si nous savons bien pourquoi ils le font. C’était écrit d’avance, et en plus une liste improbable comme celle d’Europe-Ecologie arrive quasiment en deuxième position à égalité avec le PS. Or, où se situent sur l'échiquier politique ceux qui ont voté pour Europe-Ecologie ? Au Parti Socialiste pour une bonne partie d’entre eux, et pour le MoDem depuis 2007. Cela signifie que ceux qui ont déposé un bulletin Europe-Ecologie dans l’urne avec des gens aussi différents qu’Eva Joly, le nouveau Cohn-Bendit ou José Bové, se sont défoulés…comme ils le font généralement à ces élections européennes.
Cela dit cette analyse est bien jolie mais elle n’explique pas le phénomène droitier que l’on constate chaque fois qu’une grave crise frappe le monde de l’économie. En commençant mon propos, je disais que les sociaux-démocrates avaient raflé toutes les mises électorales à la fin des 90 en période de forte croissance contrairement à ce qui se passe aujourd’hui, où pourtant le capitalisme qui est le principal soutien des partis conservateurs est plus que jamais mis en accusation. Voilà une bonne réflexion pour tous ceux qui sont à la tête des partis politiques, au lieu d’essayer de voir si on a bien ou mal communiqué ou si on a bien fait de mettre un tel sur une liste plutôt qu’une autre. Les électeurs attendent autre chose de ceux qui sont censés représenter les partis dits de gauche ou ceux qui ont la prétention de gouverner autrement.
L’histoire récente nous apprend que ceux qui ont gouverné les pays européens à la fin de la décennie précédente les ont très mal gouvernés, alors que la richesse nationale s’accroissait fortement. En France par exemple, au lieu d’assainir ses finances publiques ou bien de mettre en place un vrai fonds de retraite, le gouvernement de Lionel Jospin n’a rien fait pour ceux que l’on appelle les travailleurs. Pire même, ce gouvernement a infligé à ces travailleurs les 35h à des conditions telles que celles-ci ont profité essentiellement au…grand patronat, aux cadres et aux fonctionnaires. En revanche, elles ont contribué à l’affaissement des salaires, et notamment des plus petits d’entre eux.
En fait il n’y a guère qu’en Allemagne où des réformes importantes ont été mises en place, mais à cette époque l’Allemagne était encore largement impactée par le coût de la réunification. En fait les réformes mises en place par le gouvernement Schroeder ont surtout profité à Angela Merkel. Elle en a d’autant plus profité que Gerhard Schroeder n’avait pas hésité à tailler dans les dépenses sociales à un niveau jugé impensable et inacceptable pour nombre de partis au pouvoir…ce qui ne l’avait pas empêché d’être à presque égalité (1% des voix) avec sa rivale aux dernières élections en Allemagne en 2005.
Tout cela pour dire que le peuple exige de ceux qui sont au pouvoir un minimum de cohérence. Il n’attend rien ou si peu de certains, mais il est beaucoup plus exigeant avec d’autres…parce qu’il s’imagine que ceux-ci vont gouverner pour lui et avec lui. Force est de reconnaître que c’est rarement le cas parce que le pouvoir grise ceux qui le détiennent. Qui a voté pour Nicolas Sarkozy à la dernière élection présidentielle ? Les personnes âgées, les rentiers, plus ceux qui ont été séduits par des slogans populistes du type « travailler plus pour gagner plus » ou encore « si certains n’aiment pas la France, qu’ils ne se gênent pas pour la quitter ». Qui a voté pour Ségolène Royal ou François Bayrou ? Nombre de jeunes, et des gens très exigeants en matière de service public, d‘enseignement, de justice et de démocratie.
Problème, Nicolas Sarkozy a été élu et il gouverne pour et avec ceux qui l’ont soutenu et qui le soutiennent encore. En face, on propose quoi ? Rien au PS, ou si peu au MoDem qui avait pourtant un vrai projet en 2007, à la fois sur le plan économique et social. Il était tellement vrai ce projet que plus de 18% des électeurs l’avaient adopté, et que les militants affluaient dans notre mouvement dès la création du Mouvement Démocrate. Qu’en reste-t-il aux yeux des gens ? Je préfère n’en point parler, mais je persiste à penser que ce que nous proposions en 2007 reste valable que ce soit sur la place de l’Etat, sur l’idée que la justice doit être sereine et égale pour tous, sur les nécessaires régulations à mettre en place dans une économie mondialisée, sur une solidarité refondée, sur une école de la réussite, sur un enseignement supérieur et une recherche d’excellence, sur la place de la France en Europe et l’exemple qu’elle doit être pour être respectée.
Michel Escatafal
08:38 Publié dans politique française | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société


