28.06.2009

Ils ont perdu la notion des réalités

Parmi les informations qui méritent notre attention, il y en a au moins trois qui paraissent intéressantes à des titres divers. La première concerne la dépense des ménages américains qui a suscité l’enthousiasme de nombre de commentateurs, ces derniers se disant que si les ménages américains recommencent à dépenser c’est le signe que la crise commence à s’estomper. Preuve pour eux aussi, que les mesures extrêmement fortes prises par l’administration Obama (cadeaux fiscaux, politique d’investissements publics, facilités de crédit…)  commencent à porter leurs fruits. Certes tout cela ne fait pas encore reculer le chômage, mais cela laisse un espoir de voir une petite reprise s’amorcer d’ici la fin de l’année, à la condition toutefois que les ménages outre-Atlantique ne continuent pas à épargner, comme c’est la tendance ces derniers mois. Dans ce cas en effet, la récession pourrait en être aggravée.

En France nous n’avons pas ce type de préoccupation, je veux parler de la consommation des ménages, parce que malgré un chômage qui s’avance allègrement vers les 10%, les ménages français continuent tant bien que mal à consommer… parce qu’ils ont encore quelques réserves d’épargne et surtout parce qu’ils ne sont pas encore trop endettés surtout par comparaison avec les Américains. Cela ne veut pas dire par parenthèse qu’ils vont souscrire sans trop regarder aux fameux emprunt que nous a promis Nicolas Sarkozy, pour la bonne raison que quand on parle de réserve d’épargne, cela veut dire avoir pour nombre de Français quelques centaines voire quelques milliers d’euros sur des livrets d’ épargne ou assimilés. Cela sera nettement insuffisant pour que ces petits épargnants souscrivent en masse à l’emprunt, celui-ci étant finalement réservé aux plus riches d’entre eux, avec tous les cadeaux fiscaux y afférent, comme je l’ai dit récemment.

Autre information déjà plus ou moins annoncée mais qui fait tranquillement son chemin, la question de l’âge légal de la retraite. Bien entendu pour le Premier ministre, François Fillon, « il n’y a pas d’autre solution pour sauver nos régimes de retraite que de travailler plus longtemps, alors même que la vie s’allonge ». Effectivement c’est une solution, sauf que nous enregistrons depuis quelques mois des vagues de licenciements considérables dont les aînés, comme les appelle le gouvernement, sont les premières victimes. Combien de personnes aimeraient garder leur travail parmi tous ces gens de plus de 50 ans que l’on met à la porte des entreprises, et peut-être bientôt des administrations ? Quelle duplicité de la part de ce gouvernement !

 

Il est vrai qu’il est plus facile de faire ce type de déclaration que de s’attaquer réellement au financement des régimes de retraite, comme il était très facile fin 2007 de faire de la démagogie sur les soi-disant avantages de ceux qui bénéficiaient des régimes spéciaux. Parmi ceux-là, précision importante, ne figuraient pas dans l’esprit du Premier ministre ou du président de la République, les nombreuses personnalités politiques (ministres, députés, sénateurs etc.) qui en réalité en sont les principaux bénéficiaires. Eux sont intouchables, contrairement par exemple aux cheminots ! En outre combien de parlementaires exercent leurs multiples mandats alors qu’ils ont largement dépassé les 70 ans. Il est vrai qu’eux ne sont pas concernés par la pénibilité du travail, ce qui explique que certains d’entre eux veuillent faire travailler les gens beaucoup plus tard sans réaliser qu’un maçon ou un déménageur, pour ne prendre que cet exemple, est beaucoup plus atteint physiquement à 60 ans qu’un homme politique, député-maire depuis 30 ou 40 ans.

 

Curieusement, quand ça l’arrange, le Premier ministre parle de ce qui se fait dans tous les pays voisins en disant que ces derniers avaient tous repoussé l’âge légal de la retraite. Certes, mais la France a un système de répartition non mixte  qui fait précisément son originalité, et qui théoriquement devrait nous permettre de pouvoir assurer son financement…à condition de vouloir s’en donner les moyens. Le candidat Bayrou avait fait au moment de la dernière élection présidentielle des propositions qui demeurent valables, avec un système par points et des mesures pour assurer le financement au delà de la prochaine décennie. Evidemment là aussi, il est plus facile de faire en sorte que personne ou presque ne puisse bénéficier d’une retraite à taux plein, plutôt que prévoir l’avenir. Encore une fois on pourra remarquer que ce seront toujours les mêmes qui pourront s’offrir des retraites confortables ou dorées, parce qu’ils auront bénéficié de primes de départ très importantes ou parce qu’ils auront pu cotiser à des caisses complémentaires. C’est ce que l’on pourrait appeler un système de retraite à trois ou quatre vitesses, la quatrième étant évidemment la plus nombreuse.

 

Enfin comment ne pas noter l’insistance de Frédéric Lefebvre, que l’on n’avait plus entendu depuis quelque temps ce qui n’indignait personne, quant à son idée loufoque de vouloir faire travailler les gens en arrêt de maladie. Cette fois il a même obtenu le concours de Bernard Debré, chirurgien notoirement connu mais aussi député UMP, prêt à défendre avec lui ce projet parce que ce dernier estime que « ça peut-être un moyen de faire guérir un certain nombre de Français qui le souhaitent ». On croit rêver en lisant de pareilles âneries, car on a impression que pour ces messieurs les gens se mettent par millions en arrêt de maladie au moindre petit rhume. A croire que quand on fait de la politique on perd la notion du réel ! 

 

A ce propos je trouve surprenant de ne pas entendre davantage les responsables syndicaux sur le sujet, à moins qu’eux aussi n’aient perdu le sens des réalités, à force de fréquenter les divers ministres du travail. Bien entendu tout cela n’est pas anodin, dans la mesure où cela va  dans le sens de ce que l’on appelle pudiquement la déréglementation du travail. Qui parmi ceux qui ont donné leur voix à Nicolas Sarkozy et à l’UMP aux dernières élections présidentielle ou législatives s’attendaient à cela ? Personne à coup sûr. Espérons qu’ils ne se diront pas une fois encore qu’avec d’autres ce serait pareil, sinon ce serait à désespérer de tout.

 

Michel Escatafal

Trackbacks

Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://michelescatafal.hautetfort.com/trackback/2263005

Ecrire un commentaire