25.06.2009

Une équipe plutôt défensive...

De quoi pourrions-nous parler aujourd’hui alors que l’actualité est très riche, du moins si l’on en croit les commentateurs. Je crois quand même qu’il faut évoquer le remaniement ministériel, parce qu’il démontre que le pouvoir sent que quelque chose lui échappe et qu’il ne peut plus s’en sortir avec la seule communication du chef. Cet exercice en effet a ses limites, même s’il faut reconnaître que c’est le seul domaine où il est performant. Alors il faut absolument qu’il ait autour de lui des fidèles parmi les fidèles, ne serait-ce que pour annihiler toute velléité de ceux qui paraissent moins sûrs en termes de fidélité, même si à mon avis il ne faut rien exagérer. Une Michelle Alliot-Marie, pour ne citer qu’elle, fera quoiqu’il arrive allégeance dans la mesure où ce qui l’intéresse avant tout est d’être au gouvernement. C’est d’ailleurs curieux comme elle peut être incontournable,  au même titre que Roselyne Bachelot, malgré des faiblesses reconnues par tous y compris au plus haut niveau de l’Etat. Cela étant son autorité politique reste très restreinte y compris dans son ministère.

 

En parlant d’allégeance je ne peux pas m’empêcher de penser à notre ex-trésorier, Michel Mercier, qui est à présent ministre de l’Espace rural et de l’Aménagement du Territoire. Encore un qui voulait de toutes forces un poste ministériel et qui s’est bien moqué de nous, adhérents et militants du Modem. On commence à avoir l’habitude dans la mesure où cela a commencé dès le 2è tour de l’élection présidentielle, pour se poursuivre avec des gens comme Cavada. Ces gens-là ont un caractère tellement fade qu’ils n’en ont aucun. Et dire que si François Bayrou avait gagné en 2007 nous aurions tous ces déserteurs au gouvernement ! On reproche à notre leader d’être seul aujourd’hui, mais je crois surtout qu’il y avait auparavant trop de monde autour de lui…sans qu’il s’en aperçoive. A méditer pour l’avenir.

 

Nicolas Sarkozy n’a pas encore de problèmes de cet ordre parce qu’il est le maître du pouvoir. Le jour où il ne le sera plus il découvrira à son tour l’ingratitude des femmes et des hommes qui composent sa cour aujourd’hui. Comme disait La Rochefoucauld dans ses Maximes : « On ne trouve guère d’ingrats tant qu’on est en mesure de faire du bien ». Cela dit, il gardera peut-être un petit noyau de fidèles qui lui doivent tout et qui ne seraient rien sans lui. Parmi ceux-ci il y a Brice Hortefeux qui réalise enfin son rêve de devenir ministre de l’Intérieur, poste clé s’il en est au moment des échéances électorales. On comprend dans ces conditions que Michelle Alliot-Marie n’ai pas fait le poids face à « l’ami Brice », d’autant que les chiffres de la délinquance ne sont pas bons.

 

On comprend aussi l’arrivée comme nouveaux ministres de gens comme Christian Estrosi qui se retrouve bombardé au ministère de l’Industrie, ou comme Pierre Lellouche, le très sarkolâtre nouveau ministre des Affaires européennes. Peu importe que l’un et l’autre aient un poste ne correspondant pas avec leurs présumées compétences ou convictions, d’autant que le vrai patron reste le chef de l’Etat qui est ministre de tutelle de tous les ministères. L’essentiel est qu’ils soient là pour appuyer constamment et sans faille toutes les décisions prises par le président de la République. La seule chose qui m’étonne est de ne pas trouver Frédéric Lefebvre dans ce gouvernement, mais je suis persuadé qu’on va lui trouver un poste de Haut commissaire à quelque chose, surtout s’il ne devait plus être député…ce qui n’est pas encore acquis.

 

Si j’évoque Pierre Lellouche, c’est pour montrer à quel point le président de la République ne se préoccupe absolument pas de l’environnement politique et international dans les fonctions qu’il attribue. Il y a quand même une sacrée  contradiction à voir un « atlantiste » comme Pierre Lellouche (il était pour la guerre en Irak en 2003)  occuper  ce ministère, théoriquement sensible, des Affaires européennes. En plus il remplace à ce poste Bruno Lemaire, un des rares ministres à avoir été apprécié pour sa compétence dans les milieux européens. Cet ancien collaborateur de Dominique de Villepin, récemment converti au « sarkozysme », avait notamment beaucoup contribué pendant les quelques mois où il avait exercé ses fonctions à recoller les morceaux du couple franco-allemand qui, il faut bien le dire, partait en lambeaux à la fin de l’année dernière. Cela n’était pas suffisant aux yeux de Nicolas Sarkozy pour le maintenir dans ses attributions, d’autant que son aura dans les milieux européens faisait de l’ombre à son ministre de tutelle, Bernard Kouchner. Du coup Bruno Lemaire se retrouve muté à l’Agriculture, ce qui ne semble pas le réjouir outre mesure.

 

Il sera donc remplacé par Pierre Lellouche qui n’est pas diplomate de formation, qui ne parle pas allemand contrairement à son prédécesseur, et qui a toujours été un partisan de l’entrée de la Turquie en Europe. Cette dernière remarque n’est pas neutre dans la mesure où Nicolas Sarkozy est…pour le moment hostile à cette intégration. Je dis pour le moment, car chacun sait que notre président de la République est quand même quelqu’un qui n’a pas des convictions bien ancrées, notamment sur le plan européen. Tantôt il se veut défenseur acharnée de l’Europe, par exemple quand il en assurait la présidence, mais en contre partie il est le premier à ne pas respecter la signature de la France, par exemple sur le respect du Pacte de Stabilité. Cela étant pour revenir à Pierre Lellouche, qu’on rassure tout de suite, ses convictions passent après son portefeuille ministériel puisqu’il a déjà indiqué que dans tous les cas, il défendrait « la position du gouvernement ». On s’en serait douté !

 

En résumé, Nicolas Sarkozy qui a désormais fait le plein en termes d’ouverture, mais qui est aussi confronté à des problèmes majeurs sur le plan économique, problèmes qui ne vont cesser de s’aggraver dans les mois et les années à venir, a surtout voulu former une équipe où les postes clés sont verrouillés par ses amis. Il est vrai qu’avec la perspective de voir le taux de chômage atteindre 10,5% fin 2010, avec un déficit qui va dépasser les 150 milliards d’euros dès cette année, une dette qui va allègrement vers les 80% de la richesse nationale produite, les défis ne manquent pas. Ils sont tellement importants, qu’hélas notre pays devient de plus en plus vulnérable et que toutes les barrières craquent les une après les autres. C’est le résultat d’une absence totale de ligne directrice en matière économique, où on a l’impression que les artifices de langage remplacent les initiatives économiques fondamentales. Et dire qu’il y en a encore au minimum pour trois ans ! En tout cas le réveil sera difficile à supporter pour notre pays car les dégâts seront considérables.

 

Michel Escatafal

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