23.06.2009

Versailles n'est pas Valmy...

"Rien ne sera jamais plus comme avant." Voilà comment Nicolas Sarkozy a débuté son discours hier à Versailles en évoquant la crise économique qui a frappé le monde. C’est pour le moins imprudent de parler ainsi dans la mesure où chacun sait bien, hélas, que dès que la reprise sera au rendez-vous les spéculations de toutes sortes reprendront leur cours habituel. On n’apprend jamais vraiment d’une crise, sinon il n’y aurait pas de crise. En revanche sur le plan de la politique, il faut espérer que l’on pourra opérer un retour en arrière quand l’heure de l’alternance sera venue. J’espère surtout qu’à ce moment-là notre pays pourra retrouver un fonctionnement davantage parlementaire de nos institutions. J’espère aussi que le remplaçant de Nicolas Sarkozy sera un homme courageux qui, par exemple, bannira tout déficit public dans un délai de 10 ans.

En disant cela je ne fais que reprendre une information donnée par le Financial Times d’hier…concernant l’Allemagne. Le gouvernement de coalition de ce pays vient en effet d’introduire un dispositif interdisant que le déficit public dépasse 0,35% à partir de 2016, et qu’il soit prohibé à partir de 2020. Et pour que ce dispositif soit gravé dans le marbre, seule une majorité des 2/3 des parlementaires pourra éventuellement revenir sur cette nouvelle loi budgétaire. Pour mémoire je rappelle que cela ressemble beaucoup à ce que proposait François Bayrou pendant sa dernière campagne présidentielle, qui voulait interdire que le déficit budgétaire résulte des dépenses de fonctionnement, ce qui était un premier pas vers l’objectif d’un budget en équilibre...qui ne l’a plus été depuis bientôt 30 ans. D’ailleurs cette proposition de notre leader n’a rien de nouveau si on se rappelle qu’en 1774, Turgot conseillait à Louis XVI de « réduire la dépense au niveau de la recette » sous peine de courir à la banqueroute.

Si je fais ce rappel c’est parce que tous ces derniers jours on n’a pas cessé de nous rabâcher que le discours d’hier après-midi à Versailles était historique. En effet c’était la première fois depuis Adolphe Thiers, en 1873, qu’un président de la République parlait devant députés et sénateurs réunis en congrès à Versailles. Comme aujourd’hui dans les faits sous la présidence de Nicolas Sarkozy, Adolphe Thiers était à la fois président de la République et chef du gouvernement. Cela dit personne ne se rappellera dans quelques années, quelques mois ou quelques jours, ce qu’a dit le président de la République tellement son intervention a ressemblé à un pétard mouillé. En fait elle s’est limitée à esquisser quelques promesses à caractère électoraliste, auxquelles s’ajoutent l’annonce d’un remaniement ministériel et le lancement d’un emprunt national, sans oublier l’inévitable tirade sur le port de la burqa qui n’est pas « la bienvenue sur le territoire de la République française », question dont le Parlement va se saisir pour organiser un débat. Comme si cela avait une importance capitale !

Bref, on aurait presque envie de crier : « Tout cela pour ça » ! Pour ma part, comme a très bien fait de le souligner François Bayrou, j’ai surtout retenu que l’on allait creuser un peu plus une dette qui devient abyssale. Au passage j’en profite pour dire que j’ai trouvé heureux que le leader du Modem évoque ce sujet, preuve si besoin en était qu’il a compris le message que lui ont adressé les électeurs et les militants. En tout cas il n’a pas mâché ses mots sur un sujet ô combien important pour l’avenir. Et quoiqu'en disent les amis du président, ce délabrement accéléré de nos finances publiques ne peut qu'hypothéquer pour de longues années le développement de notre pays. Cela dit si l’emprunt national est ouvert à tous, donc avec des taux d'intérêts plus élevés, cela permettra au moins aux plus riches de s’enrichir encore davantage, alors que le remboursement sera assuré par tous les Français. Il y a au moins un point sur lequel la logique présidentielle est sans faille !

Pour revenir sur le remaniement ministériel j’ai découvert dans les colonnes du Figaro, sur le web, l’angoisse…des ministres.   Il paraît qu’à la fin du discours du président « c’était même leur sujet de conversation numéro un ». On s’en serait douté, mais ils n’y mettent même pas la forme ! En attendant la fin de ce suspens insoutenable pour certains, il y en a au moins un qui est tranquille, à savoir Frédéric Mitterrand qui va prendre la place de Christine Albanel. Du coup il va falloir trouver quelqu’un pour le remplacer à la Villa Médicis, à moins que ce ne soit  Albanel Christine si j’en crois certaines rumeurs. Il eut mieux valu qu’on y pensât avant, cela aurait coûté moins cher. Cela étant, que peuvent représenter quelques dizaines de milliers d’euros quand on accumule autant de milliards de déficit ? En tout cas si c’est cela l’ouverture à gauche, comme je l’ai entendu ce matin, cela va faire sourire dans les chaumières…à moins que ce ne soit de l’humour. Pauvre France, pourquoi as-tu mis tes destinées à la discrétion d’un seul homme, sachant que cela ne donne jamais rien de bon ?

Michel Escatafal

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