22.06.2009
La politique est un métier que seuls les politiciens professionnels peuvent comprendre
Même si cela n’a pas valeur d’absolue référence, notamment parce qu’il n’intègre pas les inégalités de richesse au sein d’un pays, le rapport annuel de l’école de management de Lausanne (IMD) a quand même un coté intéressant pour deux raisons : la première parce que cette étude est réalisée depuis 1989, et la deuxième parce qu’elle accorde une importance prépondérante aux données statistiques, dites dures, qui mesurent la compétitivité. Voilà pourquoi à défaut d’être parfaite cette étude a de quoi nous faire réfléchir, d’autant que les résultats pour la France ne sont pas brillants surtout si l’on analyse l’évolution au cours des 10 dernières années. En effet sur 55 pays analysés, nous constatons que 40 progressent ou maintiennent leur compétitivité par rapport aux Etats-Unis qui sont en tête de ce classement sur la période, mais que 15 autres ont vu leur situation se dégrader, notamment l’Italie, le Brésil…et la France. On s’en serait douté !
Sans aller très loin à propos de notre pays, la situation s’est dégradée de nouveau selon le rapport de mai 2009, après un rebond entre 2006 et 2007. Aujourd’hui nous nous retrouvons à un niveau proche de celui de 2005 où nous étions à la 30è place, puisque nous sommes retombés au 28è rang après avoir été au 23è rang en 2007. C’est assez parlant et c’est surtout bien dommage que les gens ne le sachent pas. Il est vrai que parler des résultats de 2007 portant sur l’année 2006 c’est faire preuve de mauvais esprit, car à l’époque le Premier ministre s’appelait Dominique de Villepin. Quelle horreur ! En tout cas voilà au moins un sujet sur lequel ne s’étendra pas le président de la République lors de son intervention devant le Congrès à Versailles lundi, où il doit exposer son plan de bataille pour le reste du quinquennat, comme le disent pompeusement ses amis journalistes.
Pourtant il en aurait des choses à dire sur le sujet, car les résultats de cette enquête portent notamment sur la performance économique, la qualité des infrastructures et l’efficacité du gouvernement. Reconnaissons que ce classement reflète assez bien les évolutions ressenties dans le pays. Il est aussi pertinent, surtout si l’on regarde où se situe par exemple l’Allemagne qui est passée du 16è rang au 13è, ou encore la Grande-Bretagne, malgré son affaiblissement depuis le début de la crise, qui reste largement devant nous au 21è rang. Une consolation toutefois, l’Espagne et l’Italie sont derrière nous respectivement aux 39è et 50è rangs. Cela étant, si la dégringolade française continue tous les désespoirs sont permis, surtout si l’on regarde l’explosion de nos déficits sur lesquels je reviendrai, mais aussi notre balance commerciale qui elle aussi est historiquement déficitaire, sans parler de la dégradation continue de nos systèmes éducatifs et de santé. Et pourtant en termes de qualité de vie nous étions remarquablement placés il y a peu encore.
Plus inquiétant, l’étude fait ressortir l’avantage qu’ont les pays capables de se positionner sur les marchés régionaux, par exemple en Asie du Sud-Est, malgré la concurrence sino-japonaise. Sur ce plan l’Allemagne reste très bien placée, contrairement à la France qui souffre cruellement du manque d’investissements dans la recherche accumulé depuis des années, ce qui explique notre faible présence sur les marchés des pays en fort développement, et pas seulement la Chine ou l’Inde, mais aussi la Malaisie, la Corée du Sud ou Taïwan. La France qu’on le veuille ou non est resté un Etat interventionniste sans être capable de produire de l’intelligence, faute le plus souvent de moyens. Et ce n’est pas avec des « caisses déjà vides » que l’on vide chaque jour davantage que la situation va changer.
A ce sujet, nous n’avons même pas comme l’Allemagne l’excuse d’avoir eu à payer la colossale facture de l’absorption de l’ex-RDA, soit quelques 1600 milliards d’euros, ce qui ne l’empêche pas d’avoir un taux d’endettement public inférieur au notre. Certes l’Allemagne va voir elle aussi ses déficits se creuser, la crise ne l’ayant pas épargnée en raison de sa forte dépendance des marchés extérieurs, mais elle dispose d’atouts que nous n’aurons pas quand l’heure de la reprise sonnera. En France, pour le moment, la politique du gouvernement est d’augmenter les dépenses sans pour cela créer d’actifs, en maintenant des impôts bas, plus particulièrement pour ceux qui pourraient payer plus. C’est ce que j’appellerais du déficit idéologique. Et le jour où il faudra régler l’addition de tous ces déficits qui va payer ?
Nous connaissons la réponse, à savoir ceux qui sont déjà surtaxés par rapport à leurs revenus, et qui ne bénéficient aucunement des cadeaux en tous genres faits par Nicolas Sarkozy et son gouvernement à ceux qui forment le noyau dur du soutien à sa politique. En outre, quand les comptes sociaux atteindront des niveaux tels qu’il sera impossible par des prélèvements de boucher les trous, alors on nous dira qu’il faut augmenter les franchises sans pour cela appliquer une proportionnalité par rapport aux revenus, ce qui obligera les gens à souscrire une assurance privée…pour ceux qui en auront les moyens. Et tout cela pour avoir le droit d’aller se faire soigner…dans les cliniques privées qui pourront ainsi conforter leurs bénéfices. On dit merci qui ?
Voilà un autre sujet dont personne ne parle ou si peu, et qui pourtant intéresseraient les Français si cela était bien expliqué. C’est tellement facile pour nos gouvernants d’évoquer la crise pour justifier les 7,5% du PIB de déficit avoués par Eric Woerth, le ministre du Budget, pour l’année 2009. A ce propos, et cela ne me réjouit pas, il y a longtemps que je dis que nous allons vers des déficits dépassant les 7%, voire même atteignant 8 ou 9%, alors pourquoi mentir aussi effrontément aux Français ? Evidemment je conçois qu’il soit difficile d’expliquer pour un ministre du Budget qu’avec un déficit budgétaire de 7 ou 8%, quand l’Etat reçoit 100 euros il en dépense presque un tiers de plus. Tout cela pour montrer à quel point nous sommes (déjà) dans une situation catastrophique, comme nous en avons rarement connu dans notre histoire.
Toutefois, cela n’empêche pas notre président de la République de faire comme si de rien n’était. Il organise un congrès à Versailles, dont l’utilité est loin démontrée faute de débat, qui va coûter 400 ou 500.000 euros selon les sources. Une intervention à la télévision n’eut-elle pas été plus judicieuse ? En tout cas cela aurait coûté infiniment moins cher et, plus que cela, tous les Français qui le souhaitaient en auraient profité. Evidemment les gazettes et autres télévisions n’auraient pas pu évoquer la dimension historique de l’évènement, mais que retiendra l’histoire du quinquennat de Nicolas Sarkozy ? Qu’il a creusé les déficits et l’endettement de la France à des niveaux inimaginables, et qu’il n’a pas su faire les réformes nécessaires pour assurer l’avenir du pays. Alors que les médias nous épargnent ce lyrisme qui accompagne ce discours à Versailles !
Enfin et ce sera ma conclusion, j’en profite pour redire encore une fois qu’il ne faut pas que notre mouvement, le MoDem, se perde comme il semble en train de vouloir le faire dans de savantes stratégies politiciennes, comme celle que j’ai lue hier dans les journaux relative à une alliance éventuelle en vue des élections régionales avec Europe Ecologie. Comme si les résultats des élections européennes pouvaient être pris réellement en considération avec 60% d’abstentions ! Combien pèserait électoralement dans une élection nationale (législative ou présidentielle) cet ensemble disparate et improbable que représentait Europe-Ecologie ? Ne ferions-nous pas mieux de préparer un projet pour l’avenir, à la fois sur le plan économique, social et environnemental, au sens large du terme, seuls sujets qui intéressent les Français ? N’est-ce pas parce que François Bayrou était le seul à parler ce langage qu’il a réalisé plus de 18% des voix à la dernière élection présidentielle ? Décidément je finis par croire que je ne comprendrais jamais « les professionnels de la politique » !
Michel Escatafal
10:43 Publié dans économie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société



Trackbacks
Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://michelescatafal.hautetfort.com/trackback/2253800
Ecrire un commentaire