16.06.2009

Les mauvaises nouvelles se ramassent à la pelle

Maintenant que les élections européennes sont passées, les mauvaises nouvelles vont tomber les une après les autres. Cela dit quand je parle de « mauvaises nouvelles » cela ne signifie pas pour autant toutes les « mauvaises nouvelles ». Non, nous avons droit simplement à quelques unes, parce qu’on ne veut pas les annoncer toutes en même temps.  La plus récente concerne les prévisions de déficit budgétaire,  qui étaient déjà passées entre le 18 décembre 2008 et le 4 mars 2009, de 79,3  milliards d’euros à 103,8 milliards d’euros (on remarque la précision avec la virgule), ce qui faisait un déficit atteignant 5,6% du PIB. Aujourd’hui, le gouvernement avoue que l’on atteindra sans doute 6% de déficit.

En réalité ce n’est pas 6% de déficit que l’on aura en 2009,  mais bien, hélas, 7% au minimum. Pour un peu on en arriverait presque  à se demander comment le gouvernement s’y prend pour en arriver à ces extrémités, mais pour lui la réponse est toute trouvée : c’est la faute de la crise. On s’en serait douté, mais avouons-le cette crise a quand même bon dos. Cependant cela n’empêche pas le ministre du Budget, Eric Woerth, de s’attribuer  un satisfecit en affirmant  qu’aujourd’hui «  la dépense de l’Etat est contenue comme jamais». Défense de rire pour les mots « comme jamais ». Ensuite le ministre du Budget nous dit que nous avons un problème de recettes, notamment celui de l’impôt sur les sociétés…lié à la crise bien entendu. Et pour l’année 2008 où le déficit atteignait 3,4% du PIB contre 2,7% en 2007, en rappelant que nous étions à 2,3% en 2006, quelle excuse ? 

Dans ces conditions on pourrait imaginer qu’Eric Woerth envisage de prendre certaines mesures pour faire en sorte que le déficit ne dérape pas davantage, par exemple augmenter les impôts des catégories les plus fortunées, celles qui en réalité paient le moins d’impôts par rapport à leurs revenus. Réponse d’Eric Woerth, en écho à la voix de son maître il y a quelques semaines : « le gouvernement n’augmentera pas les impôts car ce serait une solution de facilité ». C’est vrai, il faut reconnaître que c’est plus facile d’abaisser le bouclier fiscal à 50% qu’augmenter les prélèvements de ceux qui bénéficient de ce bouclier fiscal.

En fait nous dit-on, le gouvernement attend la reprise qui, comme par enchantement, va régler tous les problèmes. C’est ce que j’ai entendu hier sur une radio qui évoquait les problèmes de la sécurité sociale, dont le déficit va doubler en 2009…pour dépasser le chiffre extravagant de 20 milliards d’euros.  En disant dépasser je m’aperçois que je répète mot pour mot ce que dit le gouvernement, ce qui signifie que l’on sera en réalité plus près de 25 milliards que de 20 milliards. Pourtant il y a peu on nous avait annoncé qu’avec les mesures prises par la ministre de la Santé, le déficit serait réduit à 8 milliards d’euros. Ce sera trois fois plus…mais c’est la faute de la crise. Et on va s’attaquer au problème, promis, juré, quand la reprise sera là. En attendant on va augmenter les contrôles pour diminuer le nombre de fraudeurs…comme si cela pouvait représenter des sommes considérables !

Autre nouvelle, pas encore officielle mais « le sujet n’est pas tabou » comme dit le Premier ministre : il va bien falloir relancer le débat sur l’âge de départ à la retraite, car les retraites coûtent cher, avec un déficit de 7 à 8 milliards d’euros pour la branche vieillesse. Effectivement il va bien falloir trouver les financements pour les années à venir.  Mais au fait, en dehors des cadres dirigeants et des politiques, qui a l’assurance dans notre beau pays de pouvoir travailler au-delà de 60 ans, et même de 50 ans pour qui n’est pas titulaire dans la fonction publique ? A moins que repousser l’âge légal de la retraite signifie baisser le montant des pensions,  car il sera très difficile, voire impossible, de bénéficier d’une retraite à taux plein sauf pour ceux qui auront les moyens de s’offrir des compléments de retraite…de loin les moins nombreux. Encore une inégalité qui va se creuser !

Pourquoi ne nous a-t-on pas dit tout cela avant les élections ? Pourquoi ne nous a-t-on pas dit que le changement de statut de la Poste était imminent, avec à terme une ouverture du capital au privé, seul moyen avec la poursuite de la privatisation d’EDF de contenir l’augmentation du taux d’endettement public, qui inquiète de plus en plus Bruxelles. Et oui, puisqu’on ne veut pas augmenter les impôts des plus riches, puisqu’on n’a pas les moyens (je suis gentil !) de s’attaquer sérieusement à la fraude fiscale, puisqu’on ne veut pas réviser notre système de sécurité sociale où sont mis à contribution essentiellement les revenus du travail, puisqu’on ne veut pas achever la réforme des retraites avec la mise en œuvre pour tous d’une « retraite par points », bref puisqu’on ne veut pas faire les vraies réformes qui nous permettraient de desserrer l’étreinte budgétaire, il ne sera pas étonnant de voir notre pays condamné au déclin, et être incapable d’assurer un fonctionnement harmonieux de notre société. 

A l’évidence la tâche du gouvernement qui succèdera à Nicolas Sarkozy sera extraordinairement difficile. Comment en effet réduire simultanément notre endettement, mais aussi les prélèvements sur les classes moyennes… qui bientôt n’existeront plus, les dépenses publiques, le déficit budgétaire, tout en se donnant les moyens de ranimer le marché de l’emploi ?  L’effort sera difficile et long à coup sûr. Espérons que les Français le comprennent dès 2012, mais pour cela il faut s’y préparer…et le mériter en faisant des propositions sérieuses. Ces propositions nous les avons. A nous de le faire savoir.

Michel Escatafal

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