14.06.2009
En politique, rien n'est jamais perdu...
En lisant ce qui se dit çà et là sur les divers sites du MoDem, je suis surpris qu’on se laisse aller à attribuer la cruelle défaite de notre mouvement au fait que la campagne de François Bayrou ait été centrée sur l’antisarkozysme primaire. Cela c’est ce que disent les commentateurs à la solde de l’UMP, et chacun sait qu’ils sont très nombreux. En effet, à qui fera-t-on croire qu’il ne soit pas normal de s’opposer au gouvernement quand on est dans l’opposition ? Serait-ce que chez nous il y ait encore des nostalgiques de l’ancienne UDF arrimée au RPR ? Je pense pour ma part que ce n’est pas là l’erreur de François Bayrou…pour la bonne raison que cela lui réussissait plutôt bien au début de la campagne.
En fait je persiste à penser que si l’on regarde les choses objectivement, la première grosse erreur de François Bayrou a été de se tromper d’élection et de se comporter déjà en candidat à l’élection présidentielle, avec tout ce que cela comporte au niveau médiatique. Déjà il n’aurait pas dû sortir son livre « Abus de pouvoir » à cette période. Ce livre aurait dû être publié en novembre ou décembre, c’est-à-dire à une période où les journalistes politiques ne s’intéressent pas au MoDem. En période électorale, l’exposition médiatique du MoDem est nécessairement plus importante que le reste du temps.
Ensuite la deuxième erreur de François Bayrou a été de ne pas assez parler d’Europe, et plus encore de ne pas la défendre. Pendant sa campagne présidentielle François Bayrou n’avait de cesse quand il parlait d’Europe de dire « qu’il n’est pas un sujet de notre avenir national qui puisse trouver une réponse durable sans la dimension européenne ». Et il ajoutait que « l’avenir de la planète dépendra du rôle que l’Europe acceptera de tenir dans les affaires du monde ». Cela il fallait le marteler pendant la campagne, en insistant lourdement sur le respect des traités que la France a signés…et qu’elle ne respecte pas. Au passage, souligner encore et encore qu’il est tout à fait anormal que notre pays figure parmi les quatre pays à propos desquels l’union Européenne a lancé des procédures pour déficit excessif. Quelle peut-être notre crédibilité en Europe dans un tel cas de figure ?
En parlant de cela les commentateurs pouvaient dire ce qu’ils voulaient, et notamment que faire ce type de reproche au président de la République c’est donner dans l’antisarkozysme primaire, mais les faits sont là. On peut utiliser toutes les ficelles de la communication, mais avec les déficits de 2009 et 2010 qui vont s’accumuler notre dette publique va se retrouver à un niveau sans précédent, sans doute proche de 80% du PIB, c’est-à-dire très au dessus des critères de Maastricht. En disant cela on évoque en priorité l’Europe. Mieux encore, personne d’autre que nous aurait parlé de ces choses, parce que la classe politique de notre pays trouve normal que la France puisse vivre à crédit depuis une trentaine d’années.
Enfin dernière erreur manifeste de notre leader, ne pas avoir délégué certaines participations dans les réunions avec les médias. Je pense notamment à cette émission de France 2 où ce n’était pas la place d’un présidentiable d’y participer, mais plutôt celle de Jean-François Kahn, Marielle de Sarnez, Corinne Lepage, ou Jean-Luc Benhamias. Quand on veut devenir président de la République, et qu’en plus on a contre soi la quasi-totalité des médias, on ne participe pas à ce type de foire d’empoigne. Comme le Géronte de Molière dans les Fourberies de Scapin je dirais : «Mais que diable allait-il faire dans cette galère » ? Certes, il ne songeait pas à ce qui allait arriver…mais il aurait pu s’en douter. Et comme Scapin j’ajouterai : « Une méchante destinée conduit quelquefois les personnes ».
Cependant comme je l’ai déjà dit dans mon précédent article les observateurs, ou ceux qui se considèrent comme tels, oublient simplement qu’une élection européenne est toujours très atypique, comme en témoignent certains résultats plus ou moins extravagants en dehors de ceux de 1979. Par exemple les 12% de Nicolas Sarkozy en 1999 à qui certains prédisaient la fin de ses espoirs quant à la possibilité d’avoir un destin national. Et que dire des 10% de la liste Waechter, liste des Verts (déjà), en 1989. Enfin comment oublier la bouffonnerie de 1994 où la liste RPR-UDF de Baudis fait 25% (presque autant que l’UMP cette année), celle de Rocard (PS) 14%, talonné par celle de Tapie 13%. En outre à droite la liste de Villiers avait fait aussi 13% et celle de Le Pen 11%. Quand au PC, il existait encore un peu avec ses 6%, comme le Front de Gauche aujourd’hui.
Qu’est-il resté de tout cela un an après au moment de l’élection présidentielle ? Rien ou si peu, avec une élection tronquée par le refus de se présenter, certains diront la désertion, du seul candidat (J. Delors) capable de battre le parti majoritaire (RPR) à cette époque. On le voit en politique rien n'est jamais perdu. C’est pour cela qu’il va falloir que notre mouvement se mobilise de nouveau, juste après les vacances et avant une rentrée qui sera sans doute très difficile pour le pouvoir. Raison de plus pour ne pas nous désespérer, d’autant que nous sommes les seuls à avoir dans nos cartons un vrai projet économique et social, qu’il suffira de mettre à jour au fur et à mesure de l’évolution de la situation économique dans notre pays.
Michel Escatafal
10:37 Publié dans politique française | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société



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Commentaires
Je pense dans l'ensemble comme vous et si on rajoute que 28% par 40% de bulletins de votes vous donne 11% d'électeurs cela ne fait pas un plébicite...Pareil pour nous ou les écolo qui ont peut-être eu leur électorat plus mobilisé ce coup-ci mais qui font finalement 5,5% d'inscrits...
Cordialement à Bientôt
Marien
Ecrit par : Marien Lovichi | 16.06.2009
Pour garantir la représentativité des élus, pour les élections cantonales, il est obligatoire que la vainqueur rassemble plus de 12,5 % des inscrits.
En appliquant cette règle, aucune liste même celle de l'UMP n'aurait d'élu...
Il se pose une vraie question de légitimité des élus européens.
Le MoDem ne rassemble que 4% des inscrits.
Mais nous ne décollons pas des 8% (législatives, municipales, européennes) avec une disparité certaine :
je reviens sur le fait des campagnes où la participation est plus forte qu'en ville.
Si dans les grandes villes où le MoDem atteignait des scores de plus de 15% la baisse est significative (nous y partageons le même électorat que Europe Ecologie) dans les campagnes (je parle de chez moi, la Corrèze) nos positions se sont renforcées et nos résultats meilleurs qu'aux législatives (où le MoDem avait fait 8%)
Ecrit par : Guillaume Massoni | 17.06.2009
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