09.06.2009

La nouvelle star des médias ne nous rajeunit pas

Cette fois les médias français se sont trouvées « une nouvelle star », Daniel Cohn-Bendit, ce qui ne nous rajeunit pas. Celui-ci est en train de prendre la place d’Olivier Besancenot…pour le plus grand plaisir du pouvoir. Olivier Besancenot apparaissait certes sympathique, mais il restait d’abord et avant tout un homme appartenant à la mouvance d’extrême-gauche, dont les thèmes rabâchés à longueur de temps finissaient toujours par trouver quelque écho surtout dans le contexte de crise dans lequel nous vivons. Avec Daniel Cohn-Bendit il n’y a aucun risque de ce genre car il y a bien longtemps qu’il a oublié sa période révolutionnaire, au point d’être devenu une sorte de bobo incarnant l’avenir de ceux qui veulent un peu de social dans la société française, un minimum d’écologie à condition que celle-ci n’empiète pas sur leur confort personnel, sans trop se préoccuper des moyens financiers à mettre en œuvre pour y arriver. Bref avec lui c’est « il faut, y a qu’à ». Reconnaissons que pour le pouvoir, Daniel Cohn-Bendit est devenu très reposant.

Il l’est d’autant plus que les électeurs socialistes, écoeurés par les divisions et les querelles personnelles de ses leaders, ne savent plus trop à quel saint se vouer. Alors soit ces électeurs socialistes ne votent pas, soit ils se positionnent sur des listes à coté, et là manifestement ceux qui ont voté ont choisi pour une bonne part d’aller vers les listes Europe-Ecologie. Oh certes ils n’y sont pas allés de gaieté de cœur, car ils savaient bien que ce résultat n’aurait aucune conséquence à moyen et long terme sur la vie politique française, mais ils se sont dits, sans se faire d’illusion, que peut-être cela ferait réfléchir les dirigeants du Parti Socialiste.

L’autre parti victime des listes Europe-Ecologie c’est le MoDem. Là évidemment c’est plus douloureux encore pour nous, parce que c’est un coup d’arrêt dans la progression d’un parti qui représentait une forme d’espoir, entre une droite irréductiblement proche du patronat et une gauche qui n’est unie sur rien sauf, à la limite, pour garder des sièges de député ce qui, on en conviendra, n’est pas très glorieux. Je faisais partie de ceux qui croyaient que le MoDem était capable d’être cette force qui pouvait susciter de l’espoir pour ceux qui croient encore un peu à la politique.  Je m’imaginais que le MoDem était un parti capable de convaincre les Français qu’une autre politique était possible, avec à la fois une gestion rigoureuse des finances publiques et une politique sociale bénéficiant à l’ensemble de la population.

Tout cela pour dire que François Bayrou aurait dû rester dans le registre et la posture qu’il avait adoptés entre 2002 et 2007. Il lui fallait parler des problèmes de la France, souligner ses faiblesses, et surtout insister sur les propositions qu’il avait faites pendant la campagne présidentielle sur l'Europe. Il ne fallait pas qu’il se mette sans cesse en première ligne dans les médias en donnant l’impression qu’il était déjà en campagne présidentielle. Au lieu de multiplier les interventions sur les plateaux de télévision pour parler de tout et de rien, il valait mieux qu’il sillonne la France pour parler d’Europe et du respect des traités européens. 

En plus il savait parfaitement que les médias, dont la plupart sont au service du président de la République, ne lui feraient aucun cadeau à la plus petite erreur qu’il allait commettre. Et des erreurs on en fait toujours quand on se met la pression, comme on dit dans le sport. En fait François Bayrou n’a pas réalisé que nous étions en 2009 et que l’élection présidentielle c’était en 2012. Il n’a surtout pas compris que ce n’était pas son rôle de ferrailler avec l’UMP ou Cohn-Bendit. Il n’a pas réalisé non plus qu’il ne fallait surtout pas rentrer dans le jeu de la démagogie à outrance, car sur ce terrain Nicolas Sarkozy ou Cohn-Bendit seront toujours meilleurs que lui. Il aurait dû se rappeler que ce qui a sauvé Jacques Chirac à l’élection présidentielle de 1995, c’est sa relative absence pendant les deux ans d’exercice du pouvoir par Edouard Balladur. J’aurais bien d’autres choses à dire à propos de ces élections catastrophiques pour notre mouvement, mais si je disais tout ce que j’ai sur le cœur ce serait très long.

Le pire de tout cela est que nombre de Français pensaient n’avoir d’autre ressource que se réfugier dans l’abstention pour manifester leur inquiétude et leur mécontentement…faute d’alternative face à un pouvoir déjà largement essoufflé après deux ans d’exercice. Seulement ces Français oublient que quand on commente les résultats on ne parle absolument pas des 60% de gens qui ne sont pas allés voter. La preuve aujourd’hui les journaux ne parlent que de victoire pour l’UMP et des 16% de suffrages récoltés par les listes emmenées par Daniel Cohn-Bendit, en s’interrogeant pour savoir s’il peut devenir un présidentiable crédible. En tout cas si c’était le cas il y en aurait au moins un pour se réjouir, parce qu’il serait certain de rester à l’Elysée. Heureusement on n’en est pas encore là, et les résultats des élections européennes sont rarement confirmés aux élections suivantes. Raison de plus pour bien réfléchir à l’avenir de notre mouvement car en politique rien n'est jamais définitivement perdu. Qui aurait parié un franc en 1999 sur Nicolas Sarkozy après sa déroute aux élections européennes? Trois après c'était la figure de proue du parti majoritaire.

Michel Escatafal

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