08.06.2009
Il faut savoir tirer les leçons d'un scrutin désastreux
Heureusement que Roger Federer a gagné enfin Roland-Garros sinon je crois que j’aurais passé une très mauvaise soirée hier soir. En effet les résultats des élections européennes ont été exécrables pour le MoDem avec ses misérables 8,5% de voix. Oui je dis bien exécrable car c’est l’adjectif qui convient, vu que cela ne pouvait pas être plus mauvais pour notre mouvement. Il est vrai qu’avec une abstention de presque 60% la moindre erreur se paie cash, et des erreurs notre mouvement en a fait beaucoup à commencer par François Bayrou lui-même. J’y reviendrai. En attendant quand on regarde d’un peu près les résultats, le moins que l’on puisse dire est qu’ils sont à la fois logiques et contradictoires.
Logiques parce qu’avec une telle abstention, il est normal que le parti au pouvoir en tire profit le premier. Presque deux électeurs sur trois ne sont pas allés voter, ce qui montre qu’ils ne se sentaient pas concernés parce que pour eux, quel que soit le résultat du vote, cela ne changera rien à leur situation qui restera très précaire. Et comme en face on ne proposait rien de neuf ou presque, à quoi bon se déplacer pour élire des gens dont une bonne partie étaient des chevaux de retour, qui comptaient sur ces élections pour continuer à exister encore un peu. Contradictoires parce que finalement en France le parti (de droite) au pouvoir est loin de faire un très bon score comparé à ce qui se passe dans d’autres pays, par exemple l’Allemagne ou l’Italie qui atteignent ou frôlent les 40% de voix.
En disant cela je ne veux pas paraître mauvais joueur, mais l’UMP obtient moins de 28% des voix ce qui fait peu pour appeler cela un triomphe comme le font certains commentateurs. Certes les militants ou sympathisants du MoDem se seraient contentés de la moitié de ce score, mais cela reste un résultat qui n’a rien d’une victoire éclatante dans la mesure où la totalité des voix de la majorité présidentielle représente moins de 33% des voix. Et tout cela en incorporant les électeurs ayant voté pour la liste Libertas (De Villiers et les chasseurs). A coté de cela la gauche ex-plurielle atteint presque 39% des voix, ce qu’on souligne rarement tellement leurs querelles de personnes et de stratégie occultent tout le reste. Vu sous cet angle le triomphe de l’UMP doit être très modeste, et d’ailleurs on sentait confusément hier soir à travers certains débats que les dirigeants du parti majoritaire étaient plus mesurés…que les commentateurs.
A ce propos je voudrais rappeler qu’en 1979, ces mêmes élections européennes s’étaient soldées par une victoire aussi importante en pourcentage du parti au pouvoir, l’UDF, avec 27,5% des voix. Cela dit il y avait deux grosses différences par rapport aux résultats de cette année, à savoir que la participation à ces élections était presque deux fois supérieure, et que l’ensemble de la majorité présidentielle atteignait presque 44% des voix. Là effectivement on pouvait parler de grande victoire. Il est vrai que la France était infiniment mieux gouvernée à cette époque que de nos jours, et que ses fondamentaux économiques étaient incomparablement plus sains qu’aujourd’hui. N’oublions pas qu’à cette époque la France était un modèle sur le plan européen et mondial. N’est pas Raymond Barre qui veut !
Et puisque je parle de Raymond Barre je voudrais en profiter pour dire qu’en 1979, il a lui-même souvent affirmé avoir soutenu non pas seulement la liste UDF, mais la liste de l’Union pour la France en Europe. Cette liste était conduite par un membre éminent de son gouvernement, Simone Veil, mais aussi par des personnalités de provenance très diverses qui toutes se prononçaient sans équivoque pour une politique européenne dynamique. On avait beaucoup parlé d'Europe à cette époque parce que le président de la République et son Premier ministre étaient d’authentiques européens, et plus encore parce le chef du gouvernement avait une loyauté totale à l’égard des institutions européennes. Je sais, en rappelant ces faits on va me dire que c’était il y a 30 ans, et que le monde a bien changé depuis. Et bien non, le monde n’a pas tellement changé, mais la France manque d'un véritable d’homme d’Etat pour la gouverner.
Il est facile de critiquer Nicolas Sarkozy, et pour ma part je le fais régulièrement, mais il faut proposer aux Français une alternative. Il faut parler aux Français de l'Europe, notamment au moment des élections européennes, mais pas seulement. Il faut aussi leur parler d’économie et ce, même si le sujet paraît peu engageant. Après tout si les Français ont donné une majorité à l’UDF-RPR aux élections législatives de 1978, et s’ils ont donné la victoire au parti que soutenait le Premier ministre aux élections européennes en 1979, après deux et trois ans de pouvoir, c’est bien parce qu’ils avaient confiance en leurs gouvernants, plus particulièrement pour ce qui concernait l’économique et le social. En revanche les Français se méfient toujours des marchands d’illusion, même si parfois il leur arrive de se laisser berner.
En tout cas, pour ce qui concerne le MoDem, je souhaite qu’on s’inspire de l’exemple de Raymond Barre que, par parenthèse, on n’évoque quasiment jamais dans les réunions du mouvement, ce qui est un comble. Et pourtant si le MoDem avait fait une campagne sur les thèmes chers à Raymond Barre, je suis convaincu que nous aurions fait un bien meilleur score. Parler de la crise qui est mondiale donc nécessairement européenne, du respect des traités que nous avons signés dans le cadre de l’Union Européenne, et de la nécessaire convergence économique et sociale, nous aurait apporté beaucoup plus que d’essayer de faire de la communication et donc de rentrer dans le jeu des autres partis. Dans le même ordre d’idées il fallait affirmer l’absolue nécessité pour notre pays de respecter les critères de Maastricht, donc faire comprendre à tout le monde que notre pays ne peut pas impunément s’autoriser des déficits considérables qui vont limiter pour des années notre marge de manœuvre budgétaire.
Comme le disait Raymond Barre, toujours lui, c’est à ce prix que nous pourrons maintenir notre pouvoir d’achat, notre niveau de vie par notre travail, notre capacité d’adaptation, notre épargne tellement utile par ces temps de crise. A l’évidence toutes ses questions ne sont pas la priorité du gouvernement actuel, mais on ne sent pas non plus qu’elles le sont des opposants. Voilà pourquoi les deux partis que l’on disait en position de malmener Nicolas Sarkozy et l’UMP à ces élections européennes ont subi une terrible déconvenue. Je pense pour ma part que François Bayrou doit comprendre que s’il veut être président de la République en 2012, il va falloir qu’il prenne un peu de recul, sans pour cela feindre de ne rien entendre.
Il devra se comporter en véritable présidentiable comme il a su le faire en 2007, tout en essayant d’écouter davantage ceux qui sont prêts à s‘investir pour l’aider dans sa quête du pouvoir. Je suis persuadé qu’en cherchant un peu il trouvera facilement les bonnes personnes, même si elles ne sont pas dans son entourage. Je suis certain qu’il y a beaucoup de talents cachés au MoDem…et qu’il ne le sait pas. Si j’étais cruel je dirais qu’il faudrait qu’il passe plus de temps à lire ce qu’écrivent les militants de son mouvement, quitte à en avoir moins pour lire ou relire des textes sans intérêt publiés par ses adversaires politiques.
Michel Escatafal
13:33 Publié dans politique française | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société



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Commentaires
J'ai découvert il y a peu de temps ce site qui regroupe quelques enregistrements audios avec Raymond Barre,
http://www.canalacademie.com/+-Raymond-Barre-+.html
d'une grande qualité
Ecrit par : Jerome HUBERT | 08.06.2009
Juste une peite réflexion :
le MoDem ne s'écroule pas, il ne décolle pas, car aux législatives le résultat était 7,9% (8,5 uniquement sur les circonscriptions concernées), aux municipales (pour les villes de plus de 10000 habitants) 8% pour les Européennes 8,5%.
On avait tout pour décoller et on s'est pris les pieds en bout de piste, un véritable albatros, de trop grandes ailes et des pattes trop petites.
L'analyse était bonne la preuve le PS sombre, il y avait un boulevard et les électeurs déçus du PS ne voulant plus du Parti d'Epinay ont boudé le NPA et le Front de Gauche.
Cohn-Bendit ne s'était pas trompé d'adversaire en laissant les autres attaquer Sarkozy, lui il a très vite attaqué François Bayrou l'insultant "d'illuminé touché par la Vierge" au cours de ses meetings. L'homme visé a été blessé car il n'avait pas vu venir le coup et il s'entendait bien avec son agresseur...
Tout s'est pourtant joué sur Sarkozy (Bayrou avait encore raison) : l'UMP a 4 semaines du vote n'avait toujours pas de progranne européen ! ni de listes publiées !
Pourtant il était en tête dans les sondages. Ils ont répété en boucle "Sarko a fait, nous avons fait" : c'est un bilan non un programme. Conformément aux prédictions de Bayrou le gouvernement crie victoire et veut aller plus loin dans ses réformes ("deuxième phase du quinquennat" disent-ils).
Mais la critique ne suffit pas il faut proposer.
Là le MoDem s'est trompé. il a cru son image européenne plus forte qu'elle ne l'était réellement dans l'opinion et l'a trop délaissé.
Trop Bayroucentré, ses têtes de listes n'ont pas pu s'imposer médiatiquement.
Le temps de parole du parti a été raccourci de toutes les interventions sur le livre "Abus de Pouvoir", sorti beaucoup trop tôt (là Cohn-Bendit avait raison).
Mais tout n'est pas négatif : le MoDem régresse dans les grandes villes où il partage le même électorat avec les écologistes, mais il progresse dans les campagnes (très manifeste ici en Corrèze), j'y vois le signe d'un enracinement intéressant pour l'avenir.
François Bayrou a déjà survécu à plusieurs mort politique, c'est sa trroisième annoncée en deux ans, bref on continue.
Ecrit par : Guillaume Massoni | 15.06.2009
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