05.06.2009

Si l'abstention se porte bien, il doit y avoir des raisons...

Alors qu’une difficile enquête commence pour savoir pourquoi un Airbus A330 d’Air France s’est écrasé en pleine mer entre Rio et Paris, nombre de personnes se posent des questions sur la manière dont cette information a été traitée. Elles s’interrogent d’autant plus qu’on a l’impression que les chaînes de télévision ont fait de la surenchère sur le sujet alors que, malheureusement, personne n’était en mesure de dire ce qui s’était passé, et surtout pas les divers journalistes qui se prennent à tort pour des experts. Ce n’est pas parce qu’on a commenté quelques reportages sur l’aviation qu’on est capable pour cela de décrypter un évènement comme la chute d’un avion ultramoderne.

Pourquoi en effet déverser des tonnes de paroles sur un sujet qui mérite essentiellement de la retenue et du sérieux ? Pourquoi en faire un spectacle, et disons-le un spectacle de mauvais goût ?  Il y a je crois matière à réfléchir sur ce qu’est devenue l’information de nos jours…sur fond de politique. Car bien évidemment la politique n’est jamais bien loin dans des affaires de ce type. Et c’est peut-être cela qui est le plus choquant, surtout pour les personnes touchées directement par cette catastrophe. Un peu de décence ne ferait pas de mal car ce qui s’est passé entre Rio et Paris l’autre nuit, ce n’est pas du cinéma.

En faisant ce que certains appelleront de la démagogie,  je dirais que l’on peut hélas faire la comparaison avec les centaines de personnes mortes ces derniers mois au large des cotes africaines, en essayant de rallier l’Europe sur des radeaux de fortune, ou encore les milliers d’enfants qui meurent chaque jour de maladies  diverses dans les pays en voie de développement, simplement par manque d’hygiène la plus élémentaire. Dans ces cas-là  il n’y a pas d’enquête sur ce qui a pu se passer, ni de messe pour le repos de l'âme avec au premier rang des chefs d'Etat ou de gouvernement, des ministres ou des responsables de parti. Il est vrai que chacun connaît trop bien les causes de toutes ces catastrophes humanitaires dont personne ne parle ou presque, y compris et surtout ceux qui sont, ou ont été, en charge des affaires. 

Changeons de sujet pour parler de choses « plus terre à terre » pour les femmes et hommes politiques, à savoir les élections européennes, avec une campagne qui semble s’éterniser aux yeux des Français et des Européens, au point qu’à chaque sondage l’abstention fait un bond en avant. C’est d’ailleurs le seul parti (les abstentionnistes) qui progresse réellement en France, car tous les autres stagnent ou régressent, y compris apparemment le mien, même s’il faut attendre les résultats pour y voir plus clair. Ce n’est pas réjouissant comme constat, mais si on en est là il va falloir se poser des questions une fois passé le scrutin.

Lesquelles ? Je ne sais pas exactement, mais il est patent que les Français ne croient plus à rien venant de la classe politique…et ils ne vont pas voter. Et ce n’est pas le spectacle qu’ont donné les leaders politiques hier soir à la télévision (sur France 2) qui va contribuer à redorer le blason des politiciens. Une émission comme celle-là ne peut rien apporter de bon pour ceux qui y participent, surtout quand en plus l’animatrice ne remplit pas son rôle en matière d’animation. On aurait presque envie de dire qu’une émission comme celle-là était faite pour finir de décourager les gens d’aller voter.

Par exemple, combien de fois pendant l’émission avons-nous entendu parler sérieusement d’économie ? Certes comme le disait si bien Raymond Barre, un des rares grands hommes politiques de la Vè République, « les problèmes monétaires ou ceux du commerce international ne mobilisent pas l’opinion », mais j’aurais aimé entendre un ou plusieurs participants à l’émission insister sur les grands problèmes de notre temps, sur les faiblesses économiques de la France qui voit ses déficits et son chômage exploser,  plutôt que les voir s’enfoncer dans les petits intérêts politiciens ou la pure démagogie. Et pourquoi prendre les Français pour plus idiots qu’ils ne le sont ? Pourquoi seraient-ils incapables de comprendre un langage de responsabilité tant sur le plan national qu’européen ? Autant de questions que nous aurons le loisir de développer après les élections, car il y va de l’avenir de notre pays et de l'Union Européenne.

Décidément si alternance il y a en 2012, hautement souhaitable au vu des pitoyables résultats du pouvoir actuel, il y aura beaucoup de travail pour restaurer l’élément essentiel de toute politique, la confiance. Sans celle-ci rien n’est possible, on ne le répètera jamais assez, mais le désenchantement est tel de nos jours qu’il faudra peut-être des années pour donner aux gens l’impression qu’il est possible de « gouverner autrement ». De cela aussi nous reparlerons après le scrutin de dimanche, en espérant que les électeurs qui vont voter soient très nombreux à faire confiance aux listes MoDem.

Michel Escatafal

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