30.04.2009

On n'empêchera pas F. Bayrou de parler

abus de pouvoir.jpgQui connaît Dominique Paillé qui est, paraît-il, porte-parole adjoint de l’UMP ? A peu près personne y compris au MoDem alors qu’il était autrefois à l’UDF. Cela dit il faut reconnaître que le MoDem n’a strictement rien à voir avec l’UDF, ne serait-ce que par le nombre de ses militants, et surtout par l’idée que ces militants se font de la politique. Si je devais faire un reproche à François Bayrou, ce serait celui d’avoir traîné avec lui pendant des années une masse informe d’élus et de faux militants, embusqués derrière un parti qui avait peu à peu perdu à la fois ses valeurs et sa dignité. Et pour bien prouver que je ne radote pas, je précise que j’étais adhérent de l’UDF avant de l’être du MoDem.

Cela dit Nicolas Sarkozy aura beau envoyer tous les Paillé qu’il voudra, il ne contrariera en rien la marche de François Bayrou vers l’élection de 2012. Au contraire tous les Paillé, Lachaud, Morin, Santini, Sauvadet ou Cavada, qui critiquent aujourd’hui celui qui les a faits sur le plan politique, ne font que se déconsidérer en essayant de faire plaisir à leur nouveau maître, Nicolas Sarkozy, ce qui ne peut in fine que nuire à ce dernier. On ne va pas le plaindre pour autant! D’ailleurs que dit-on de ces renégats qui ont changé de camp en moins de 48h au moment de l’élection présidentielle ? Qu’ils ont trahi leur camp et qu’ils ne sont aucunement fiables.

A ce propos le président de la République lui-même, à qui on ne peut dénier un sens politique aiguisé, semble avoir davantage de mépris pour eux que d’amitié, comme en témoigne la place qu’il concède aux élections européennes au Nouveau Centre…dont plus personne ne parle. Pour tout le monde en effet, contrairement à Besson ou Kouchner, ces gens-là n’existent pas puisqu’ils font partie de l’UMP, seul parti de la majorité. Au moins quand on parle des anciens socialistes, on les considère comme des traîtres, ce qui signifie qu’ils ont un minimum d’existence. En revanche les anciens « bayrouistes » ralliés à N. Sarkozy n’existent plus tout simplement, sinon dans leur circonscription, et encore. De quoi les dégoûter de trahir leur camp !

En tout cas, si François Bayrou devenait le 7è président de la 5è République il saurait au moins, dans le nécessaire rassemblement qu’il souhaite voir mis en œuvre, sur qui il ne faut surtout pas compter. Si je dis cela c’est parce que je suis sûr que certains de ces ex-UDF, devenus des supplétifs de l’UMP, n’hésiteraient pas à changer de camp une nouvelle fois s’ils en avaient l’opportunité. Après tout la faiblesse de certains hommes n’a pas de limite, surtout quand il y a un portefeuille ministériel au bout. Et cela m’amène à dire, en tant que militant du MoDem, que François Bayrou devra s’appuyer au maximum sur ceux qui se sont battus pour lui en 2007, qui se sont investis dans les nouvelles structures du Mouvement Démocrate, et qui sont prêts à l’aider de toutes leurs forces pour gagner l’élection présidentielle de 2012.

C’est avec eux que notre leader devra composer et avec personne d’autre. C’est avec ceux-là qu’il pourra faire de la politique autrement, et c’est sur ceux-là qu’il pourra compter le moment venu…parce que même élu, on ne lui fera pas de cadeaux. François Bayrou n’a pas avec lui, et n’aura pas comme Nicolas Sarkozy, le soutien indéfectible des puissances d’argent. Certes s’il va à l’Elysée, certains essaieront de prendre le train en marche, mais jamais il n’aura le soutien inconditionnel des médias…qui pour beaucoup feront tout pour lui pourrir la vie. Et l’influence des médias est beaucoup plus grande qu’on ne le croit sur les électeurs.

D’ailleurs sans les médias, et sans ses opérations permanentes de communication, où se situerait la cote de popularité de Nicolas Sarkozy ? Infiniment plus bas qu’elle ne peut l’être. Par ailleurs, imagine-t-on un instant quelle pourrait être l’attitude de TF1 pour ne citer qu’elle si, dans la crise actuelle, François Bayrou ou Ségolène Royal avaient été élus, ce qui voudrait dire avec Nicolas Sarkozy dans l’opposition. Si je dis cela c’est parce que j’ai le souvenir de la période 2001-2002…où les médias dans leur ensemble ont tellement instrumentalisé l’insécurité en ville et dans les campagnes, que l’on s’est retrouvé avec J.M. Le Pen au second tour de l’élection présidentielle.

Je veux bien que le bilan de Lionel Jospin n’ait pas été excellent sur tous les plans, je veux bien aussi qu’il ait eu tort de ne pas engager plus avant certaines réformes indispensables, comme par exemple celle sur le financement des retraites qui par parenthèse est loin d’être terminée, mais voir le candidat du Front National le reléguer en 3è position relevait du grotesque. Résultat pour les Français, après cinq ans où Jacques Chirac a plus géré qu’il n’a gouverné, avec à ses cotés un adversaire redoutable au ministère de l’Intérieur, depuis l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy on a détricoté une bonne partie de notre modèle social et républicain. Et encore heureusement que la crise est passée par là car les dégâts, pour importants qu’ils soient, sont infiniment moindres que si l’économie mondiale avait maintenu encore deux ou trois ans son niveau de croissance antérieur.

Certes il va y avoir de la casse, si j’ose dire, mais on aura préservé en partie l’essentiel, notamment notre régime de sécurité sociale et la retraite par répartition. Et si je dis cela c’est parce que, même en période de crise, le pouvoir n’hésite pas à s’attaquer à la justice, à l’enseignement, à la santé, à l’information etc. Mieux même, il trouve le moyen pour faire plaisir à quelques amis concernés, de faire passer une loi qui va faire de la France le premier Etat occidental à couper l’accès à internet. Bref on accumule les lois répressives…heureusement inapplicables dans de nombreux cas. Voilà où nous en sommes après deux ans de « sarkozysme ». Oui François Bayrou a bien raison de dire que le président de la République abandonne le modèle républicain, qu’il a fait « le choix d’une société d’inégalités », et que « partout la France se range du coté des puissants ». J’ajouterai pour ma part que faire plaisir aux riches a un coût énorme pour la société, comme en témoigne l’explosion de la dette et des déficits publics. Décidément nous sommes mal partis !

Michel Escatafal

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