28.04.2009
Des chiffres édifiants dont on ne se vante pas
Quand le peuple est en colère, quand la médecine descend dans la rue, quand les chercheurs protestent, quand les étudiants n’étudient plus, quand certains retraités et les plus bas salaires (smic) sont en partie condamnés à faire les poubelles, de quoi nous parle-ton ? Réponse, du voyage de Nicolas Sarkozy en Espagne et des tenues de Carla avec force photos à l’appui. Mais ce n’est pas tout, car on nous dit aussi que la popularité du président de la République se maintient et que celle du Premier ministre est en hausse, et tout cela au moment où Christine Lagarde parle de chiffres « pas catastrophiques » du chômage, tout en reconnaissant quand même qu’ils ne sont « pas bons non plus ». Et pour faire bonne mesure la ministre des Finances nous recommande d’être un peu patient parce qu’aucune embellie n’est à attendre avant 2010.
Quand on connaît la qualité des prévisions de ce gouvernement, on ne peut qu’être inquiet. En effet cette même Christine Lagarde et le Premier ministre lui-même, ne nous prédisaient-ils pas, il y a à peine quelques mois (en septembre), une croissance de 0,5% pour 2009. On connaît hélas les résultats de ces prévisions, pour ne pas dire de ces divagations, puisque la baisse du PIB cette année devrait atteindre au moins 2,5%. En tout cas si 63400 demandeurs d’emplois supplémentaires ce n’est pas un chiffre catastrophique, à combien doit se situer la hausse pour que cela puisse le devenir ? Si le sujet n’était pas aussi grave et sérieux, les paroles de Christine Lagarde seraient risibles.
Hélas quand on regarde les chiffres de plus près on s’aperçoit qu’en réalité le chiffre total des inscrits au Pôle emploi représente 3,5 millions de personnes. Il n’y a vraiment pas de quoi pavoiser, même si Laurent Wauquiez et ses collègues ne cessent de nous dire que l’on fait mieux que les autres…ce qui n'est pas vrai. Il suffit en effet de faire un rapide examen des chiffres de la Zone Euro, en prenant pour source les statistiques Eurostat, pour s’apercevoir que non seulement nous ne faisons pas mieux que les autres, mais qu’en plus nous sommes globalement dans une situation plus difficile qu’en 2006 par rapport aux autres pays de la Zone euro.
Prenons le cas de la croissance, et nous verrons que même si nous avons quelque peu amélioré notre position par rapport à 2006, nous arrivions fin 2008 à la 11è place sur 16 dans la Zone euro, avec une moyenne annuelle de 0,7%. Certes nous sommes un peu mieux placés qu’en 2006, où nous étions 13è sur les 16 pays qui composent aujourd’hui la zone, mais notre classement reste peu reluisant. Seule consolation, si j’ose dire, nous étions en fin d’année juste dans la moyenne européenne, ce qui n’était pas le cas en 2006 où nous étions en deçà de cette moyenne. Je vois d’ici les UMP se réjouir, mais ils ne devraient pas s’emballer, parce que c’est un des rares domaines où il y a un semblant d’amélioration par rapport à fin 2006.
D’ailleurs, s’il le fallait, les chiffres du commerce extérieur sont là pour nous rappeler qu’il n’y a pas de réelle amélioration depuis 2006. En 2006 les résultats du solde des transactions courantes étaient de – 2,1% du PIB contre -0,2% à la Zone euro à 16. En 2008 nous en étions à -3,5% contre -0,3% pour la Zone, donc l’écart avec la moyenne de la Zone s’est largement creusé. La situation s’est donc bel et bien détériorée, même si notre rang est resté le même (8è).
Et pourtant, ce qu’on ne nous dit jamais, le coût total horaire de la main d’œuvre (incluant les coûts indirects) a progressé moins vite en pourcentage dans notre pays depuis 2006, que partout ailleurs sauf en Grèce et en Irlande, avec un net infléchissement en 2008. Seule l’Allemagne en 2008 a une variation en pourcentage inférieure à la notre (2,5% contre 2,6% pour la France), après deux années de faible variation en 2006 et 2007. En 2006 en revanche il n’y avait que les pays en forte croissance à l’époque (Espagne, Grèce, Irlande, Slovénie) qui avaient des pourcentages supérieurs aux nôtres. Cela signifierait qu’avec Nicolas Sarkozy plus le coût du travail diminue par rapport aux autres pays de la Zone, et moins bonnes sont nos performances économiques.
D’ailleurs en 2008, malgré la plus faible progression du coût salarial horaire (2,8%) loin de la moyenne européenne (3,6%), la France a vu les prix à la production industrielle hors construction, sur le marché domestique, progresser de 5,4% en 2008, à peine 0,5% de moins que la moyenne de la Zone euro. Au fait, comment se fait-il qu’aucun commentateur ne se pose de questions sur ces évolutions ? Ce serait d’autant plus intéressant que depuis le début de l’année nous enregistrons une chute sévère sur ces prix à la production en glissement annuel, preuve que la crise touche très fortement nos entreprises, sans doute plus qu’on ne le dit.
Sur les prix à la consommation nous sommes passés en moyenne annuelle de la 5è place en 2006 dans la Zone euro à la 6è en 2008. Par ailleurs en 2006 la hausse en France, en indices harmonisées, était inférieure de 0,3 points à celle de la Zone euro à 16 alors qu’en 2008 nous sommes quasiment au niveau des pourcentages moyens de la Zone. En outre, preuve que la crise est bien installée dans notre pays, nous faisons partie de 9 pays qui ont connu une baisse des prix en mars (en variation mensuelle) confirmation d’une tendance lourde depuis le mois d’octobre…comme dans le reste de la Zone euro. Alors déflation ou désinflation ? Pour le moment il semble que l’on soit davantage dans un mouvement de désinflation lié notamment à une régulation ponctuelle de certains prix, notamment l’énergie.
Sur le front de l’emploi la situation comme nous l’avons vu n’est pas brillante, les chiffres mensuels du début de l’année en cours confirmant et amplifiant les données de la fin d’année 2008. A cette date comme fin 2006 nous étions positionnés au 14è rang de la Zone euro, seules l’Espagne et la Slovaquie faisant plus mal que nous. Aujourd’hui nous avons gagné un rang car le chômage explose en Irlande depuis la fin de l’été dernier, mais ce n’est pas une consolation. En tout cas c’est la preuve que la loi TEPA est aussi inefficace pour combattre le chômage qu’elle est coûteuse pour les finances publiques, et que par conséquent Nicolas Sarkozy et le gouvernement nous mentent quand ils prétendent le contraire.
Et puisque nous parlons des finances publiques, comment ne pas évoquer l’extraordinaire envolée de nos déficits et de la dette. Là aussi la situation ne s’améliore pas puisque nous étions à la 7è place en ce qui concerne la dette en 2006 sur la Zone à 16 avec 63,7% du PIB, loin derrière la moyenne de la Zone euro (68,3%), alors que fin 2008 selon les chiffres d’Eurostat nous nous situons au 4è rang, quasiment à la moyenne de la Zone ce qui est sans précédent. Seules l’Italie, la Grèce et la Belgique ont une dette supérieure à la notre dans la Zone euro.
Et ce n’est pas fini quand on évoque les déficits vertigineux que nous annonce le gouvernement pour 2009 (5,8% du PIB), qui en fait seront bien supérieurs. Pour ma part je parierais plutôt sur un chiffre entre 7 et 8%. Et dire que Raymond Barre qui n’a jamais été élu président de la République, mais qui était à la fois extrêmement intelligent et compétent, avait laissé le pays avec un taux d’endettement de moins de 20% et un budget quasiment à l’équilibre ! Ce ne sera pas le cas de Nicolas Sarkozy, infiniment moins brillant sur le plan intellectuel que Raymond Barre, mais qui hélas fera tout pour se faire réélire et s’accrocher au pouvoir, et qui nous laissera une situation désastreuse.
Michel Escatafal
| France | Rang Z.E. | Zone euro | ||
| Croissance (moy.annuelle)en % | ||||
| 2006 | 2,40% | 13è | 3% | |
| 2008 | 0,70% | 11è | 0,70% | |
| Solde transactions ctes en % PIB | ||||
| 2006 | -2,10% | 8è | -0,20% | |
| 2008 | -3,50% | 8è | -0,30% | |
| Coût total horaire M.O.variation en % | ||||
| 2006 | 3,40% | 5è | 2,50% | |
| 2008 | 2,60% | 10è | 3,50% | |
| Coût salarial horaire variation en % | ||||
| 2006 | 3,70% | 5è | 2,60% | |
| 2008 | 2,80% | 12è | 3,60% | |
| Prix product. ind.H.C. variation en % | ||||
| 2006 | 3,80% | 9è | 5,10% | |
| 2008 | 5,40% | 10è | 5,90% | |
| Indice harm. des prix variation en % | ||||
| 2006 | 1,90% | 5è | 2,20% | |
| 2008 | 3,20% | 6è | 3,30% | |
| Taux de chômage % de la pop.active | ||||
| 2006 | 9,20% | 14è | 8,30% | |
| 2008 | 7,80% | 14è | 7,20% | |
| Déficits en % du PIB | ||||
| 2006 | -2,30% | 6è | -1,30% | |
| 2008 | -3,40% | 5è | -1,90% | |
| Dette brute APU en % du PIB | ||||
| 2006 | 63,70% | 7è | 68,30% | |
| 2008 | 68% | 4è | 69,30% | |
| Source : Eurostat | ||||
17:38 Publié dans économie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société



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