26.04.2009

La France résiste toujours mieux que les autres...

"Nous sommes face à une crise très dure mais la France résiste mieux que ses voisins", affirme le secrétaire d'Etat à l'Emploi, Laurent Wauquiez. En disant cela il se rassure à titre personnel, car il ne fait que reproduire ce que ne cesse d’affirmer son maître, et chacun sait que la parole de Nicolas Sarkozy est synonyme de parole d’Evangile. Tout ce qu’il dit est juste et bon, et tout ce qu’il fait est frappé du bon sens. Et peu importe qu’il ne cesse de se contredire, l’essentiel est qu’il parle, tel un prédicateur, et que les Lagarde, Bertrand, Wauquiez, Morano et bien évidemment Frédéric Lefebvre, soient là pour reprendre les paroles du chef. Entrer à l’UMP est un peu comme entrer en religion. Et gare à ceux qui oseraient se poser des questions ! Comme disait  le Petit Père des peuples, "réfléchir c’est commencer à désobéir".

Si je parle de contradictions c’est parce que certains, y compris dans la majorité, affirment que si la crise frappe un peu moins notre pays que d’autres, c’est en raison de son système social. J’ai entendu cela encore hier soir sortant de la bouche de Charles Pasqua, toujours sénateur à 82 ans, un de ceux qui ont le plus aidé Nicolas Sarkozy dans sa quête de pouvoir. Le chef de l’Etat lui-même reconnaît que la Grande-Bretagne ne figure plus parmi ses modèles, alors qu’il y a à peine un an c’était l’exemple à suivre. Comprenne qui pourra, mais tout le monde a droit à l’erreur, d’autant que la crise est passée par là.

Le problème est qu’à coté de ces belles paroles, le pouvoir en place est en train de démanteler la fonction publique sous toutes ses formes (hôpital, justice, enseignement, recherche, systèmes de retraite, transports…), au bénéfice de quelques grands groupes privés. Comme si ces derniers avaient fait dernièrement la preuve de leur efficacité ! Cela dit, quand il n’y aura quasiment plus de fonction publique elle sera peut-être rentable…ce qui ne veut pas dire que cela coûtera moins cher à la collectivité, mais chut il ne faut pas le dire. Pourtant on n’a pas besoin d’être un économiste averti, pour savoir que ce qui intéresse les grandes compagnies d’assurance ou autres, c’est surtout les bénéfices qu’elles peuvent retirer de ce que l’Etat leur donne à gérer. En revanche pour ce qui est des infrastructures, c’est encore l’Etat qui se chargera de les entretenir ou d’en construire de nouvelles…aux normes et conditions décidées par le privé. 

Mais revenons à ce qu’a dit hier Laurent Wauquiez à propos du chômage, affirmant que " les chiffres seront mauvais au moins jusqu’à la fin de l’année ". Mais il ajoute aussitôt que " si on se bat, on peut amortir le choc". Il y a du Christine Lagarde, la ministre de l’Economie, dans ces phrases chocs…et creuses. Comme si les chiffres de l’emploi pouvaient cesser de se détériorer dès la fin de l’année ou même en 2010, et ce même en radiant des chômeurs à tour de bras. D’abord parce que la crise est toujours là, et ensuite parce que le système bancaire est loin d’être rétabli dans un fonctionnement normal, faute d’avoir apuré les milliers de milliards de dollars d’actifs toxiques. Alors même si quelques artifices comptables peuvent laisser penser qu’il y a du mieux en ce qui concerne les banques, la réalité est toute autre comme le souligne très justement le FMI.

Cela signifie que malgré les dénégations de Laurent Wauquiez et de Madame Lagarde, dont la seule fonction semble être d’affirmer des nouvelles anesthésiantes, les chiffres du chômage continueront, hélas, d’être mauvais longtemps encore, et que des mesures fortes doivent être prises sous peine de voir la situation se dégrader encore plus rapidement. Parmi ces mesures, comme je l’ai dit très souvent sur ce site, il y a d’abord l’obligation morale de faire en sorte que tout le monde participe à l’effort du pays, seul moyen de rétablir la confiance. Tant qu’il y aura des gens qui bénéficieront de passe-droits fiscaux, alors que tant d’autres doivent soit  mettre toujours davantage la main à la poche, soit se serrer chaque jour un peu plus la ceinture pour survivre, la confiance ne pourra pas être rétablie. Tout le reste, ce ne sont qu’élucubrations présidentielles ou ministérielles.

 Et en plus, sans vouloir jouer les Cassandre, ce qu’on ne nous dit pas c’est qu’il faudra bien que notre pays, comme les autres, remette en ordre ses finances publiques le jour où la crise commencera à s’estomper avec les sacrifices que cela suppose. On a l’air d’oublier que la France était un des rares pays de la Zone euro à n'avoir aucune marge de manœuvre budgétaire avant la crise, contrairement aux Pays-Bas ou à l’Allemagne, ce qui signifie que les dégâts vont être encore plus considérables d’ici deux ou trois ans. De cela on ne parle jamais, et pourtant il faut le dire et le répéter, comme il faut dire que le jour où le climat des affaires sera meilleur, nous aurons à faire face à des risques inflationnistes importants, ne serait-ce qu’en raison de la hausse des cours des matières premières, ce qui obligera les autorités monétaires à une extrême vigilance.

On le voit, la situation dans laquelle se trouve notre pays exigerait des gouvernants responsables, et non des communicants essayant quotidiennement de faire diversion. L’ennui est que les Français qui perdent chaque jour leur emploi, ceux qui sont expulsés de leur logement, n’ont que faire des illusions distillées par les faux marchands de bonheur. Ceux-là ne se rendent compte que les belles paroles ne sont plus de mise, et qu’il faut restaurer au plus vite un minimum de justice sociale pour que notre pays puisse sortir de la crise sans être trop affaibli. C’est hélas un vœu pieux avec des gens comme Nicolas Sarkozy et ses amis, arc-boutés sur leurs privilèges. Espérons que les électeurs ouvrent enfin les yeux sur une politique déjà vouée à l’échec avant même que la crise ne frappe le pays. Alors aujourd’hui…

Michel Escatafal

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