22.04.2009
Des prévisions basées sur des résultats contestables
Dans la suite de ce que j’ai écrit il y a quelques jours, nombre d’observateurs croient ou font semblant de croire que le pire de la crise est derrière nous. Et de nouveau l’optimisme semble refleurir dans les gazettes comme dans les cercles gouvernementaux, y compris bien entendu dans notre pays. Cela permet à François Fillon ou Luc Chatel, le secrétaire d’Etat à la Consommation, de discourir, ce qui leur donne quelque peu l’impression d’exister entre le tintamarre provoqué par chaque parole de Nicolas Sarkozy, et les déclarations de Frédéric Lefèvre, l’accident politique de l’UMP, qui n’en finit plus de se ridiculiser dans les médias.
Mais au fait sur quoi se base-t-on pour affirmer que tout devrait aller mieux dans les mois à venir ? Une partie de la réponse provient des impressions de chefs d'entreprises, estimant que la chute des commandes et des chiffres d’affaires se ralentit, ce qui est une bonne nouvelle mais reste insuffisant pour dire que le pire est passé. Il faut savoir en effet, comme je l’ai dit à plusieurs reprises, qu’une hirondelle ne fait pas le printemps, et donc que même si nous devions avoir une inversion de conjoncture d’ici la fin de l’année, il serait malhonnête d’affirmer que cela aura de réelles conséquences sur la vie des gens, notamment sur l’emploi.
A propos de l’emploi je voudrais souligner que, contrairement à ce que l’on pourrait croire, notre pays est sans doute beaucoup plus touché qu’il ne devrait l’être. Raison de plus pour dénoncer la politique du gouvernement dans ce domaine, car nous avons de plus en plus l’impression que la désespérance fait place à la colère, devant la liste impressionnante de plans sociaux qui vident les bassins d'emplois de nos régions. Il semble d'ailleurs que les patrons des grandes entreprises ayant des unités de production dans notre pays profitent au maximum de la crise, pour opérer au nom de celle-ci des restructurations de plus en plus sévères, pour ne pas dire sauvages.
Bien entendu il n’est pas normal de voir des ouvriers en colère saccager des bâtiments préfectoraux, mais force est de constater qu’entre l’arrogance d’un certain patronat, et les promesses lancées dans la nature et jamais tenues par Nicolas Sarkozy et son gouvernement, il y a tous les ingrédients pour que la rage des victimes finisse par se manifester avec force. On aurait même tendance à dire que c’est le seul langage que puisse comprendre ce gouvernement autiste, face au désespoir d’une partie de plus en plus nombreuse de sa population.
J’observe qu’en Italie par exemple, pays dont je lis la presse chaque jour, on n’en arrive pas à ces extrémités ou en tout cas beaucoup plus rarement. Pourquoi ? Peut-être tout simplement parce que les entrepreneurs italiens, y compris le grand patronat, ont davantage le sens du dialogue que chez nous. Cela dit je tiens à préciser une nouvelle fois que je n’inclus pas dans l’arrogance patronale en France les patrons des petites PME qui, par parenthèse, sont les premiers à souffrir de la crise, et dont personne au gouvernement ne semble se préoccuper. D’ailleurs eux ne licencient pas, et s’ils finissent par le faire c’est parce qu’il leur est impossible d'agir autrement. En revanche quand on voit une multinationale fermer un site qui ne perd pas d’argent voire même qui en gagne, y compris en période de crise, pour délocaliser sa production, c'est tout simplement scandaleux.
Pour revenir à mon propos initial, il y a une autre raison à ce regain d’optimisme dans certains milieux, notamment aux Etats-Unis, à savoir l’amélioration du résultat de quelques banques, comme Citigroup ou Bank of America. Malheureusement en cherchant bien on s’aperçoit que cette amélioration est en partie liée… à de nouvelles règles comptables, ce qui explique les mouvements erratiques sur les marchés boursiers. Ces nouvelles règles établies par le Financial Accounting Standards Board ont notamment permis aux banques de comptabiliser leurs actifs toxiques à une certaine valeur qui, dans tous les cas, n’a rien à voir avec celle du marché. Dit autrement, les banques ont une certaine latitude pour estimer ces actifs pourris, dont personne ou presque ne veut pour le moment.
Une autre astuce comptable permet aux banques de sous-estimer leurs engagements, en particulier la dette obligataire. La valeur de marché des obligations d'un établissement en situation difficile est par essence faible compte tenu des risques, et les investisseurs infligent une décote à ses titres de créance. Or dans ce cas il est permis aux banques de comptabiliser leur dette obligataire… à valeur de marché, c'est à dire d'annuler la plupart des dettes affichées dans les bilans. En d’autres termes si aujourd’hui la banque rachetait sur le marché ses titres, elle s’épargnerait un remboursement que la législation comptable lui permet d’ajouter à son résultat. Il est donc autorisé par ce moyen de s’offrir une plus-value virtuelle qui certes peut leurrer provisoirement les marchés…mais qui n’améliore en rien la véritable situation de la banque. Ce doit être cela que Nicolas Sarkozy, le grand moralisateur du capitalisme financier, appelle plus de transparence, et nul doute qu’il a fait remarquer à Barack Obama que le Trésor américain a eu tort de permettre la mise en place de ces nouvelles règles comptables.
Bien évidemment ce manque de transparence est extrêmement préjudiciable à l'évolution des marchés financiers, et les épargnants comme les investisseurs n'ont aucun moyen de clairement distinguer les bonnes des mauvaises nouvelles. En fait certaines banques ont certes amélioré leur situation, d’autant qu’elles ont bénéficié des injections de liquidités de la Réserve Fédérale, mais cela n’empêchera en rien que la volatilité sur les marchés perdure encore pendant de longs mois. On peut donc se poser beaucoup de questions sur les résultats du G20, en précisant une nouvelle fois que le seul pays où on en a beaucoup parlé…est la France. Tout le monde a deviné pour quoi et pour qui. Cela dit notre président de la République est déjà passé à autre chose, et le G20 appartient désormais à l'histoire. Tout va tellement vite avec Nicolas Sarkozy, y compris la dégradation de la situation dans le pays !
Michel Escatafal
18:45 Publié dans économie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société



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