21.04.2009

De l'art de manier les statistiques

N.S..jpgCet après-midi sur LCP j’ai vu, un peu par hasard je l’avoue, l’intervention de Nicolas Sarkozy sur la sécurité à Nice, et force est de constater que l’homme est doué  pour vendre ses statistiques sur la délinquance. Il l’est aussi pour tenir un discours qui se veut sécuritaire, où se mélange la franche démagogie avec l’apparence de remarques et de mesures de bon sens. Celles-ci ne peuvent que faire plaisir à une population qui se laisse facilement prendre à ce genre d’arguments, consistant à dire que la sécurité des personnes est très importante, qu’il faut penser aux victimes autant qu’aux délinquants au point que les victimes vont même avoir droit à un avocat dès l’agression, qu’un gouvernement a le devoir de lutter contre les bandes, et que le port de la cagoule dans les manifestations sera désormais considéré comme un délit.

Ce le sera parce qu’on va créer une nouvelle loi, la vingt troisième je crois depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy au ministère de l’Intérieur en 2002. A ce propos, puisque cela fait au moins six ans qu’il s’occupe de sécurité, on serait tenté de lui demander pourquoi il n’a pas fait tout cela avant, d’autant que jamais un ministre de l’Intérieur n’a eu autant de pouvoirs à sa disposition que lui à partir de 2002. Il lui a même été loisible de réaliser tout ce qu’il voulait mettre en place, comme il l’a souligné cet après-midi. Alors on ne peut que s’étonner des faibles progrès enregistrés depuis cette époque, car même s’il a habilement habillé ses statistiques, il n’en reste pas moins que les observateurs objectifs sont plutôt circonspects quant aux résultats. Et on ne parle même pas des émeutes dans les banlieues en 2005, qu’il avait largement contribuées à provoquer, et qui n’ont cessé que grâce à l’intervention du Premier ministre de l’époque Dominique de Villepin. De cela il ne parle jamais bien entendu.

En tout cas cette intervention sur la sécurité revêtait pour les responsables UMP une importance particulière…car elle lançait les élections européennes. Ce n’est pas moi qui l’affirme car je l’ai déjà entendu dire un peu partout à la radio ou à la télévision. Cela donne d’ailleurs une idée de l’importance que l’on accorde dans la majorité aux élections européennes. Mais qui en doutait ? Et puis après avoir fait son cinéma au G20 où il avait menacé de claquer la porte s’il n’était pas écouté, et qui soi-disant lui avait valu un regain de popularité, il fallait absolument qu’il redore à nouveau son blason après ses petites phrases sur les chefs d’Etat et de gouvernement américain, allemand, britannique ou espagnol qui ont pour le moins suscité la polémique. Or des polémiques en période électorale ce n’est jamais bon pour celui qui en est à l’origine.

Les Français sont-ils dupes pour autant ? Je ne sais pas, mais apparemment près de deux Français sur trois  jugent que « depuis septembre 2008, l’action du président de la République pour lutter contre la crise financière et économique » va « plutôt dans la mauvaise direction ». Ce n’est pas un résultat très brillant comparé à celui d’un Silvio Berlusconi en Italie, où la crise est encore plus sévère. En fait aujourd’hui le président de la République ne séduit plus que son seul électorat UMP, et là tous les sondages vont dans le même sens. Certes cet électorat est assez large pour lui permettre de dépasser 25% aux élections européennes, mais il faut savoir que de nos jours ces 25% rassemblent  presque toute la droite puisque le Front National est de plus en plus laminé. Il n’y a donc pas de quoi pavoiser pour Nicolas Sarkozy, même si on peut lui faire confiance, lui et ses amis, pour afficher sa satisfaction pour un résultat de cet ordre surtout si le P.S. ne dépasse pas 20%.

Cela veut dire que sa réthorique s’essouffle, et comme il gouverne seul il ne peut compter que sur lui-même pour se refaire une santé auprès de l’opinion. De toute façon vu la qualité de ses lieutenants  (Frédéric Lefèvre, Christian Estrosi, Nadine Morano, Xavier Bertrand ou François Fillon), il ne peut rien espérer d’eux. Il a donc intérêt à avoir « la banane » s’il veut continuer à esbrouffer les Français pour arriver en position de force pour l’élection présidentielle de 2012, car ce sera très difficile tellement sont patents ses échecs sur le plan économique et social. Le président de la République a même réussi l’exploit de fédérer les syndicats pour des manifestations unitaires les 29 janvier et 19 mars, avec pour point d’orgue  les défilés unitaires du 1er mai…ce qui n’avait jamais été fait depuis 1945, pas même en 1968. Il fallait le faire, et il l’a fait !

Et pourtant ce n’est pas faute d’essayer de calmer le jeu sur le plan social en étant présent partout dans les médias, en organisant plusieurs réunions avec les organisations syndicales, et en distribuant çà et là quelques subsides par l’intermédiaire de la création d’un fonds social de 2,5 milliards d’euros, comme si pareille somme allait limiter les effets des plans sociaux qui s’accumulent. En revanche il se refuse obstinément à adopter un vrai plan de relance à la hauteur des enjeux dans le contexte très particulier de la crise qui affecte l’économie mondiale. Du coup, pour l’opinion publique, il n’y a que les banques et quelques grands groupes qui peuvent bénéficier d’une aide importante de l’Etat.

Et pour couronner le tout Nicolas Sarkozy montre clairement de quel coté il est, celui des riches, en adoptant un très modeste dispositif temporaire d’encadrement des rémunérations patronales pour les seules entreprises aidées par l’Etat. A cela s’ajoute le fait qu’il se refuse obstinément à revenir sur le bouclier fiscal, contre l’avis d’une bonne partie de sa majorité. On devine aisément pourquoi il est aussi intransigeant sur ces sujets qui ne touchent que des gens fortunés. En revanche, malgré ses rodomontades, il ne cesse de reculer sur beaucoup d’autres dossiers, la Guadeloupe où après avoir rappelé son ministre des DOM, l’ineffable Jégo, il a fini par accorder un mois après ce que ce dernier avait accepté très rapidement dans les négociations avec ses interlocuteurs locaux.

Le même sort sera réservé à coup sûr à Valérie Pécresse et à sa réforme du statut des enseignants chercheurs. Par ailleurs le libéral bon teint qu’était Nicolas Sarkozy, n’ayant de cesse de fustiger l’assistanat, n’hésite pas à relancer « le traitement social du chômage ». Bref cette navigation à vue, ces retournements idéologiques, sont le signe de son impuissance faute d’avoir une vision claire de la politique à adopter. En fait il confirme ce que tout le monde reconnaît, à savoir que Nicolas Sarkozy est une « bête politique », mais qu’il n’a pas la carrure pour gouverner un pays. Personne d’ailleurs ne lui reprocherait d’adopter des mesures sociales tellement nécessaires en temps de crise, pas plus qu’on ne lui ferait grief d’être intransigeant sur les mesures à prendre pour ne pas creuser exagérément les déficits, mais chacun s’aperçoit qu’il subit la situation plus qu’il ne la contrôle. C’est toujours ce que j’ai pensé et cela ne me réjouit pas pour autant, car les dégâts vont être considérables pour le pays.

Michel Escatafal

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