20.04.2009
Et si nous parlions d'économie...
Aujourd’hui nous n’allons pas parler de politique politicienne et des soubresauts provoqués par les phrases puériles de Nicolas Sarkozy sur ses pairs, américain, anglais, allemand ou espagnol. Simplement, et je n’en dirai pas plus, je trouve stupéfiant que certains à l’Elysée y compris des députés socialistes puissent démentir les propos incriminés…que d’autres ont parfaitement entendus. Dans ce cas ce n’est pas démentir le terme adéquat, mais mentir. Hélas, nous ne sommes plus à un mensonge près avec ce pouvoir qui nous mène en bateau depuis deux ans, et avec ces opposants qui font semblant de s’opposer…pour leur plus grand confort. En attendant pour un dirigeant « inexpérimenté », Barack Obama s’en sort plutôt bien sur le plan diplomatique au point que les chefs d’Etat des pays d’Amérique Latine, y compris les plus antiaméricains, n’échappent pas à « l’Obamania ». N’en déplaise à Nicolas Sarkozy, il semble que les Etats-Unis aient élu un président qui veut marquer son époque…et qui semble vouloir s’en donner les moyens. Même Israël semble plier devant les exigences américaines vis-à-vis des Palestiniens. Barack Obama n’a pas besoin de fanfaronnades pour s’imposer sur la scène internationale !
Là où ce sera moins facile pour lui c’est sur l’économie, car les dégâts ont été considérables depuis le début de la crise. Certes les marchés boursiers ont retrouvé depuis quelques semaines le chemin de la hausse, malgré d'inévitables soubresauts comme ce matin, en raison essentiellement de certains résultats flatteurs en provenance des banques. Cependant, comme pour doucher l’enthousiasme de ceux qui font preuve d’optimisme, les derniers chiffres publiés sur la production industrielle et les ventes de commerce de détail aux Etats-Unis, viennent apporter un sérieux bémol à ceux qui voyaient poindre à l’horizon l’esquisse du début de l’amorce du commencent d‘une reprise…à l’instar de Barack Obama lui-même, affirmant qu’il y avait « une lueur d’espoir » dans la crise que subissait son pays. On oubliait simplement que ce dernier en parlant ainsi ne faisait que jouer son rôle.
En tout cas lueur d’espoir ou pas, l’économie sera pratiquement partout en recul à la fin de l’année par rapport à janvier et ce, même si le second semestre devait s’avérer positif, hypothèse encore optimiste y compris aux yeux de la Réserve fédérale américaine, qui table sur une stabilisation du PIB américain vers la fin de l’année, puis sur une progression lente en 2010. Cela veut dire au mieux une croissance molle qui n’empêchera pas le taux de chômage de dépasser les 10% aux Etats-Unis. D’ailleurs comment pourrait-il en être autrement tant que les consommateurs américains n’auront pas rétabli un minimum de capacité d’épargne, seule condition pour qu’ils puissent consommer et de nouveau investir dans l’immobilier. J’ai bien dit capacité d’épargne ce qui signifie désendettement, auxquelles les aides diverses ou les baisses d’impôts ne peuvent évidemment pas contribuer.
On le voit la situation reste sombre sur le front de l’économie, non seulement aux Etats-Unis mais aussi ailleurs dans le monde. Certes le ralentissement chinois est moins marqué au premier trimestre de cette année qu’au dernier de 2008, mais il sera difficile malgré les plans de relance intérieur de voir le PIB chinois progresser en 2009 de 8% comme espéré ou souhaité par les autorités, condition sine qua non pour éviter une nouvelle dégradation du marché du travail chinois. Quant à l’Europe, même si l’on n’en parle pas beaucoup en France et pour cause, la reprise est encore loin de se manifester. Et même si elle intervient l’an prochain, elle ne suffira pas à enrayer l’inexorable hausse du chômage. A ce propos je voudrais souligner une nouvelle fois que si la France était bien gouvernée, si le pouvoir avait anticipé comme il aurait dû le faire sur la crise, et s’il ne se dispersait pas sur tous les sujets ayant trait pour une bonne part à la cuisine politicienne, notre pays devrait supporter beaucoup mieux que d’autres les effets de cette crise, compte tenu du taux d’épargne des ménages français qui sont, dans l’ensemble, dans une situation infiniment meilleure que celle des pays anglosaxons.
Hélas, Nicolas Sarkozy et son gouvernement apparaissent complètement désarmés devant les mesures à prendre pour atténuer les effets nocifs de cette crise sur la population. Il suffit de voir les hésitations du pouvoir sur l’attitude à prendre sur les mesures de relance, au point que ni les Français, ni l’investissement ne vont profiter réellement des interventions étatiques. Et pourtant les déficits et la dette explosent, ce qui a pour conséquence de voir le capital alimenter le financement de cette dette, au lieu de servir l’investissement de croissance dans les unités de production. Par ailleurs les Français sont convaincus, qu’un jour ou l’autre, il faudra bien que les impôts augmentent pour contrecarrer l’envolée des déficits, sachant en outre que ce seront les classes moyennes qui paieront au prix fort ces hausses d’impôts, bouclier fiscal oblige. Dans ces conditions, on peut craindre que ces Français essaient d’épargner encore un peu plus, ce qui limiterait d’autant la reprise économique. Je pense sincèrement que dans notre pays, avec la complaisance coupable de la plupart des médias, on ne réalise pas à quel point la politique économique qui est menée va à contre courant de ce qu’il faudrait faire.
Heureusement si j’ose dire, l’inflation par la force des choses reste à un niveau très bas…pour le moment, car il faudra être extrêmement vigilant le jour où la sortie de crise sera effective, mais sur ce plan on peut faire confiance à la BCE. Et puisque je parle de la Banque Centrale Européenne, cela nous ramène à une autre condition pour que la sortie de crise puisse s’accélérer, à savoir l’assainissement du système financier. Pour le FMI les débats sur les plans de relance seront vains tant que le système financier n’aura pas été débarrassé de tous ces actifs toxiques qui empoisonnent les structures des banques. L’exemple japonais est là pour démontrer que les milliards dépensés en plans de relance ne servent pas à grand-chose…si les banques ne peuvent pas jouer leur rôle de prêteur. On est loin sur ces sujets des incantations de Nicolas Sarkozy sur la refondation du capitalisme financier ou ses régulations, dont je redis une nouvelle fois qu’elles existaient, notamment en France, mais qui souffraient d’un manque évident de moyens humains et législatifs.
Pour cela les gendarmes des marchés financiers doivent être mieux armés qu’ils ne l’ont été. Cela signifie renforcer encore davantage l’arsenal de contrôle de l’ensemble du marché bancaire et de l’assurance. Dit autrement, ces contrôles doivent pouvoir aller jusqu’ à vérifier certains aspects de la stratégie des grands groupes financiers. Problème en France comme dans d’autres pays cela a un coût, notamment en termes d’effectifs. Or vu l’état des finances publiques d’un pays comme la France, avec ses probables 8% de déficit public à la fin de l’année, cela semble difficile d’envisager de recruter des équipes d’analystes financiers expérimentés pour mettre en place une vraie politique d’études de risques des institutions financières. Encore une fois on peut s’apercevoir qu’il y a un océan entre les déclarations de Nicolas Sarkozy et sa volonté de lutter efficacement contre les dérives de la finance internationale. Pourtant il devrait savoir que de belles paroles prononcées devant les caméras de télévision sont insuffisantes pour « rétablir la confiance des agents économiques à court, moyen et long terme » pour parler comme J.C. Trichet.
Michel Escatafal
12:32 Publié dans économie | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société



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Commentaires
Je préfère quand vous parlez économie. Vous pouvez en parler plus souvent ça ne dérange pas au contraire.
Ecrit par : Mario Cp | 20.04.2009
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